03/02/2010

Une adolescence perdue dans la nuit des camps

Une adolescence perdue dans la nuit des camps

 

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 Les mots suffisent-ils pour appréhender l’indicible ?Pas vraiment sans doute ! Et pourtant, avec son histoire authentique  et bouleversante, Henri Kichka nous emmène aux confins d’une horreur à peine imaginable…tellement incroyable que certains tentent déjà d’en travestir ou d’en nier l’existence.

 Les nazis ont volés l’adolescence d’un être humain. Aujourd’hui, cet homme se dévoile enfin, au nom de tous les siens et des millions d’autres victimes de la barbarie.

On côtoie l’immonde. On en appelle à la vengeance… mais la vie est la plus forte, malgré tout. Et c’est l’espoir que l’on rencontre au fil d’un récit qui nous renvoie sans complaisance l’image de notre propre conscience.

Le message de ce survivant est à présent transmis. Il réveille en nous l’obligation de rester vigilant et l’urgence de résister à tous ces prédateurs de libertés qui imposent la haine et le mépris d’une idéologie aux contours définitivement inacceptables !

Extrait du livre.

Le train à peine arrêté, déjà retentissaient les aboiements des chiens et les hurlements gutturaux de la soldatesque nazie.

En plein bois au milieu de la nuit, ces beuglements nous déboussolèrent complètement et nous retournèrent les tripes.

Nous sentions que les instants qui allaient suivre, scelleraient notre destin, et annonceraient des catastrophes irrémédiables.

Mais que pouvions-nous y changer ?

Par les fenêtres nous vîmes avec terreur qu’un officier passait d’un wagon à l’autre, et ouvrait brutalement les portières en braillant comme les boches savaient le faire. « Alle Juden von sechzehn bis fünf und fünfzig jahren, raus aus dem Zug ! » (Tous les juifs de 16 à 55 ans sortez des Wagons). Les femmes, les vieux et les enfants devaient rester dans le train! A ces mots, ma pauvre et malheureuse maman m’ordonna de m’allonger sous la banquette et de me taire. Nicha, tante Esther et Maman me cachait de leurs jambes. Mon père était déjà parti. J’avais la tête du côté de la portière et je priais pour que l’on m’oublie. Soudain l’officier, qui était muni d’une puissante lampe torche, la dirigea sur mon visage. Le wagon était assez haut au –dessus de la voie. Furibond, il m’attrapa brutalement par l’encolure et, me tirant vers lui, me jeta hors du wagon. Je mesurais déjà un mètre soixante-quinze-, il me frappa plusieurs fois, très violemment, avec sa torche, en m’injuriant. « Du Schweinehund der du bist, also du bist ein Kind, schnell geh mit den Männern!“ (Chien de cochon que tu es, tu prétends être un enfant, va rejoindre les hommes, et en vitesse!)

Les femmes et les enfants hurlaient dans la nuit le nom des êtres chers qu’on leur arrachait. J’ai voulu me retourner pour apercevoir les miens, mais l’allemand me malmenait.

Parmi les cris affreux qui déjà s’éloignaient derrière moi, je crois avoir entendu ceux, déchirants, de maman qui hurlait : « Joseph, Henri, ne nous abandonnez pas, revenez ! » Je n’avais pas encore réalisé que cet allemand venait de me sauver la vie, sans le savoir, en m’arrachant dessous ma banquette. J’ai rejoint en courant le groupe où se trouvait mon père. Nous avancions en plein bois à la lueur des torches, au milieu des soldats formant une haie, mitraillettes braquées sur nous. A leurs pieds, les chiens aboyaient aussi fort que leurs maîtres.

C’était le cauchemar absolu, un scénario de film d’épouvante. A partir de cet instant, mon père et moi avons compris que nous étions tombés dans le piège diabolique que les nazis devaient avoir préparé de très longue date.  

Autre extrait

Au camp de Buchenwald :

La taille de l’immense place d’appel où nous étions parqués nous impressionna. Les maîtres du lieu ainsi que le nombres de kapos, s’affairaient à compter les morts et les survivants, ces miraculés rescapés. Hélas, au moment où allait nous diriger vers nos blocs, un kapo détacha du lot, ce qui restait de mon malheureux père, devinant le triste sort qui lui était réservé. Je pus le serrer sur mon cœur en lui donnant l’assurance que nous nous reverrions encore. Ce fut un vœu pieux. Mon père n’était plus que » l’ombre de lui-même. Je ne l’ai plus jamais revu. Finir ainsi après 37 mois de souffrances insoutenables.

Je n’avais même plus la force de verser des larmes, tout sentiment, toute émotion, toute capacité de réaction, tout cela était mort en moi.               

 

 

20:42 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wagon, camp, buchenwald |  Facebook |

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