05/02/2010

Ce qu’il reste de nous

Ce qu’il reste de nous

Ce qu'il reste de nous 2

écrit par Murielle Allouche et Jean-Yves Masson.

Il est des héritages qui n’épargnent pas, des pans de l’histoire que l’on ne peut oublier. Pour la première fois, trois générations sons rassemblées dans un même ouvrage et nous font par de leur expérience de la Shoah. Les uns ont échappé par miracle à une mort programmée par le régime nazi, les autres ont grandi et construit leur identité avec le lourd passé de leurs parents : jamais des déportés n’avaient témoigné aux côtés de leurs enfants et de leurs petits enfants. Personnages médiatisés ou témoins inconnus, tous se sont confiés à Murielle Allouche et Jean-Yves Masson qui nous transmettent ici leurs lettres inédites, accompagnées de dessins d’un implacable réalisme. Des récits poignants, des dessins extraordinaires, un bouleversant travail de mémoire.

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Les nazis considéraient les juifs comme des sous-hommes, des bêtes malfaisantes et les massacraient de sang-froid, indifférents. Leurs crimes devenaient ainsi légitimes à leurs yeux. Cela semble invraisemblable et, pourtant, ces nazis qui étaient de vulgaires assassins arrivaient à se comporter en bon pères de famille en rentrant chez eux.

Lorsque je vais dans les écoles pour témoigner devant des jeunes entre 11 et 17 ans, ils me demandent souvent si je ressens de la haine aujourd’hui. Je donne généralement en réponse ce que j’ai écrit dans mon livre, «  le Soleil voilé :

«  La haine résulte plus d’un trait de caractère que d’expérience, aussi dramatique soit-elle. Les gens haineux sont malheureux et le resteront même lorsque leur haine sera temporairement assouvie. Je les plains. La religion juive, tout comme la religion chrétienne, recommandent d’aimer son prochain. En guise d’interprétation, aimer l’autre, c’est déjà s’aimer soi-même et par conséquent, la haine ne peut fondamentalement naître que de la haine de soi. Si aujourd’hui j’éprouvais encore de la haine, j’aurais le sentiment de ressembler à mes bourreaux. » Rien ne peut se construire sur la haine !      

Par Paul Schaffer

Extrait du livre :  page 84 et 85

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Extrait du livre :

Résister encore face à l’insoutenable.

Un matin alors qu’il partait pour les travaux forcés, un des amis d’infortune, brûlant de fièvre, était incapable de se tenir debout. Albert le supplia de se lever. Il le fallait, à tout prix. Sinon, c’était la mort. A son retour des travaux forcés, son ami avait disparu. Albert le chercha partout et retrouva le corps de ce malheureux dans un bassin de chaux vive ! « Il bougeait encore, il bougeait encore… », disait mon oncle : Les détenus servait de cobayes, et mon oncle n’a pas échappé à la règle : piqûres pour de prétendus examens médicaux, dents arrachées à vif pour fabriquer des prothèses dentaires pour les soldats allemands…

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Encore un extrait du livre

un rapport à la déportation spécifiquement féminin

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Charlotte raconte un rapport à la déportation spécifiquement féminin, un rapport à la propreté et à l’hygiène que j’ai bien connu. Nous n’avions plus nos règles au camp mais n’empêche que nous avions besoin d’une toilette intime et l’on ne pouvait pas se laver. Les premiers temps, quand je suis arrivée à Birkenau, on se débarbouillait avec de la neige. Mais ensuite, la neige a fondu. Alors on a trouvé un autre moyen. Sortir du bloc pendant le couvre-feu était strictement interdit et très dangereux. Et pourtant, avec trois camarades, nous nous faufilions la nuit pour aller rejoindre les lavabos. Nous nous y rendions une ou deux fois par semaine. Car malgré la désinfection, on était infectées de poux et l’on avait remarqué que, par peur de la gale, les médecins sélectionnaient non seulement les plus faibles mais aussi les filles qui avaient des boutons. Il était donc vital que nous n’en attrapions pas. On se lavait juste avec de l’eau, comme ça. On essayait de se procurer de la poudre à récurer les machines et un petit bout de chiffon que l’on se passait sur le corps en guise de savon, pour décrasser. On avait très vite conclu que se laver, c’était la survie. Et on a eu une chance inouïe : jamais nous n’avons été interpellées. Et jamais nous n’avons attrapé de boutons !

 

La marche de la mort

marche de la mort

Nous sommes donc partis, dans l’après midi du 18 janvier 1945… Nous étions plus de dix milles à marcher dans la neige. On marchait… On marchait sans cesse, sur vingt centimètres de neige, par -25° c, à peine habillés, presque squelettiques, sans même nous arrêter pour dormir ou rarement, tandis que les SS nous surveillaient. Nous pesions entre trente-cinq et quarante-cinq kilos. Ceux qui ne pouvaient plus avancer ou qui essayaient de se cacher, les SS les achevaient d’une balle dans la nuque sur le bord de la route, dans la neige, cet épisode, c’est la « marche de la mort ».

Extrait du livre, page 103




23:10 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shoah, memoire |  Facebook |

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