07/02/2010

Les médecins de l'impossible

Les médecins de l'impossible

De Christian Bernadac

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Le block 7 d'Auschwitz

Le docteur Désiré Haffner a bien connu le Block. 7 à Auschwitz

« Les descriptions qui nous restent des hospices du moyen Age auraient paru un rêve merveilleux à ces malheureux. Tout autour du block se dégageait une odeur lourde, de diarrhéique, de cadavre, de vermine.  Dans la cour, des centaines de cadavres et d’agonisant sur lesquels, il fallait marcher pour entrer dans le block. Là, plus de mille malades entassés dans des conditions indescriptibles, donnaient l’impression d’une véritable cour des miracles. L’atmosphère chargée de toute une série d’odeurs nauséabondes, était presque  irrespirable. Aucun classement par maladie : dans la même niche voisinaient un phlegmon et un typhus exanthématique, un œdème par carence et un pneumonique. Aucun médicament n’était distribué, et des coups jusqu’à la dernière minute. Les rations alimentaires étaient très réduites : le tiers ou le quart de la ration normal, car le vol prenant dans ce block des proportions scandaleuses. Une souffrance supplémentaire était encore imposée à ces hommes exténués et malades : la soif, le supplice atroce pour ces fiévreux à 40°. Une souffrance morale s’ajoutait à cette souffrance physique : l’attente des voitures qui devaient les conduire aux chambres à gaz. »

 Extrait du livre : page 389

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Cette fois, c’est notre tour.

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Cette fois, c’est notre tour. Cette fois, ils s’arrêtent devant la porte. Nos dents claquent, nos nerfs sont tendus à craquer. Les camions ont stoppé devant notre block. La porte s’ouvre toute grande. Une bande de SS se rue avec fracas à l’intérieur.

La Blokowa avait placé son personnel aux portes pour faire sortir les malades de leur lit. Une bataille commence. Il y en a qui sortent dociles, résignées, le regard absent, mais d’autres se couvrent la tête de leur couverture et ne bougent pas, ou bien s’enfoncent dans leur paillasse. D’autre encore courent comme des  bêtes traquées à la recherche d’un abri. Les SS nous poussent à la  besogne, mais sont obligés de mettre eux-mêmes la main à la pâte et de traîner les victimes devant la secrétaire du block qui, liste en main, contrôle minutieusement le matricule sur le bras, tout en les comptant. Le SS responsable se tient à ses côtés avec une copie de la même liste et compte également. Une porte du block étant condamnée pour la circonstance, les femmes sont poussées dans la direction de l’unique sortie qui aboutit dans un vestibule d’où les SS et leurs aident les chargent sur des camions comme du linge sale. Arrivées près du vestibule, certaines se débattent encore, opposant une ultime résistance. Les SS frappent. Parmi les cris de douleurs, on entend des femmes lancer aux infirmières des adieux et des messages pour leurs parents et amis.

Le block se vide. Les dernières victimes qui gisent à terre, dans les passages entre les gravats et le poêle, sont traînées par les SS vers la porte. Mais le compte n’y est pas. Quatre numéros manquent. Les SS nous harcèlent : «Los, los, schneller ! » D’abord en menaçant que si nous ne les trouvons pas, ils en prendront quatre parmi nous. Ensuite par des promesses. C’est Tauber qui nous réunit pour nous annoncer que celle qui les trouvera aura du « zulage » ( une ration supplémentaire de pain et de saucisson). Mais, encore une fois, ils sont obligés de grimper eux-mêmes sur les grabats supérieurs où ils trouvent trois femmes enfouies dans la paille de leur paillasse. Ils les en sortent avec sauvagerie, en les rouant de coups. Elles tombent à peu près mortes. On les emporte sur le camion. Il en manque toujours une. Les SS s’impatientent. Ils en ont visiblement assez de ce « jeu ». Ils décident de faire partir le dernier camion. Auparavant, ils s’adressent à la secrétaire : « Si demain ton « schmuck-stück » n’est pas retrouvée, c’est toi qui iras à sa place. » La secrétaire est blême.

Les SS partis, nos nerfs lâchent. Une se trouve mal, une autre a un accès de spasmes. Quelques-unes parmi nous s’enfuient du block comme des folles. Nous  ne savons plus si ce que nous venons de vivre était  réel ou si nous avons rêvé un cauchemar d’enfer. Et brusquement, la malade introuvable, sortie, mais d’où ? Se trouve parmi nous.  La secrétaire et la blokowa l’assaillent. La secrétaire lui lance ce reproche : « Comment as-tu osé mettre ma vie en danger ? » La pauvre gosse, une vingtaine d’années, tremble de tous ses membres et sanglote. Elle tremble encore quand, enveloppée dans un tas de couvertures désormais inutilisées, nous la couchons sur un grabat. Le lendemain, nous l’avons trouvée sur sa couche, morte d’émotion et d’épuisement.

Extrait du livre : page :376 ( Auschwitz : la solution finale)

00:07 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : auschwitz, ss |  Facebook |

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