26/02/2010

"Nous ne serons jamais des vivants comme les autres, nous sommes des survivants"

"Nous ne serons jamais des vivants comme les autres, nous sommes des survivants"

http://www.israel-infos.net/article.php?id=5260 
Témoignage de Sam Braun, à l'Hôtel de Ville de Paris le 24 janvier 2010 -Commémoration du 65ème anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz.

Il fut retrouvé, peu de temps après coupé en trois morceaux, mais quand nous avons appris le vol du fronton du portail d'Auschwitz, toutes les images du camp, une fois de plus, se sont imposées à nous et nous avons été nombreux, devant la profanation de ce symbole devenu sacré car gardien de l'entrée d'un immense cimetière, sans pierre tombale, sans sépulture, sans linceul, nous avons été nombreux à l'avoir vécu comme une espèce de viol.


Viol de la mémoire de ceux qui tous les jours rêvaient de la liberté, si lointaine, là-bas, de l'autre côté du fronton et essayaient de survivre malgré l'inhumanité et la barbarie, la violence et l'indicible ; viol de tous les martyrs qui n'ont franchi le portail qu'une seule fois, puisque leurs assassins les attendaient près d'une fausse salle de douche ; viol de nos familles qui ont été décimées, de tous ceux qui n'ont laissé personne derrière eux et dont le nom s'est éteint, alors que s'allumaient les fours crématoires ; viol de tous les enfants dont le sourire était la seule arme.

Certes, nous n'avons pas été les seuls à être indignés par cette profanation, mais ceux qui le furent n'ont pas été meurtris dans leur chair comme nous l'avons été nous-mêmes, car ils n'étaient pas là-bas durant les années noires.

"Le travail c'est la Liberté", dit en allemand le fronton, mais sous le joug nazi notre travail c'était le bagne, notre liberté les chambres à gaz et c'est parce que nous avons souffert là-bas mille morts que ce vol a ravivé nos plaies mal cicatrisées.

Car quoi que nous fassions, quelle que soit la qualité et la réussite de notre résilience, nous serons toujours des survivants même si nous donnons, parfois, l'illusion d'être des vivants comme les autres

"L'arrêt de la maltraitance n'est pas la fin du problème" a écrit Boris Cyrulnic.

De l'extérieur, souvent, rien ne parait, comme si nous avions abandonné au vestiaire de notre passé, les faits innommables auxquels nous avons assisté et dont nous fûmes, bien souvent les sujets ; la violence qui nous entourait et la faim, cette faim permanente et douloureuse, Même s'il n'en parait pas, nos souvenirs, lovés dans un coin de notre mémoire, ne sont jamais bien loin puisqu'il suffit de peu de chose pour les faire resurgir. Une image, un bruit, une odeur et ils arrivent en foule dans une bousculade infernale laissant toujours les plus cruels prendre les premières places.


L'insupportable survie au camp et la folle Marche de la Mort, nous visitent bien souvent et revivent en nous, même si avec le temps, l'intensité de la douleur s'est un peu émoussée.

Malgré notre volonté de rendre notre mémoire d'Auschwitz moins corrosive en nous intégrant dans un monde normal ; malgré nos efforts pour cultiver le paraitre afin de masquer l'être intime, parfois trop douloureux, les 65 années passées n'ont pas réussi à faire de nous, tout à fait des vivants comme les autres.
Dans ce monde inégalitaire il y a des vivants qui le sont différemment des autres, nous sommes de ceux-là.

Quelle que soit la vie que nous avons menée après la Shoah et la famille que nous avons créée ou reconstituée, quelle que soit notre réussite sociale, nous n'avons jamais été véritablement libérés du Lager, comme l'appelait Primo Lévi et nous nous réveillons parfois en sueur, après un cauchemar qui a fait revivre le camp.


Force est de constater que nous ne sommes pas des vivants tout à fait comme les autres.


Pour Nathalie Zajde, nous revivons fréquemment l'inimaginable Shoah et l'assassinat systématique des Tziganes, parce que dans les sociétés actuelles, telle une déferlante universelle, apparaissent des épurations semblables à celles que nous avons connues.

Mais il y a d'autres raisons. Si nous sommes et resterons toujours des survivants parmi les vivants, c'est aussi parce que nous avons été jetés sur une autre planète, là où régnaient en maître l'iniquité, la brutalité et où la mort était devenue familière.

Comment chasser de notre mémoire les appels qui duraient si longtemps alors que nous restions debout, sans bouger, dans le froid et le vent glacial ; comment oublier les "visites des musulmans", comme ils disaient, au cours desquelles la mort nous attendait pour nous donner rendez-vous ; comment éliminer de notre mémoire les morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp et qui marchaient pliés en deux comme s'ils étaient en prière ; nous ne pouvons pas les oublier, car nous étions ces morts-vivants !! Comme eux nous marchions courbés par la faim et la fatigue, comme eux nous étions glacés l'hiver dans nos vêtements trop légers, comme eux nous protégions jalousement notre gamelle pour éviter que nous soit volée le peu de soupe infâme qu'ils nous donnaient pour subsister.


Nous étions effectivement sur une autre planète quand, le 18 janvier 1945, gardés par les SS et les chiens, quittant le camp pour la dernière fois, nous sommes partis en exode qui deviendra très vite, une effroyable Marche de la Mort. Marche hallucinante vers nulle part.


La victoire qui leur échappait, décuplait la violence des SS. Au camp nous avions connu la folie, là, nous étions en pleine démence
Le nombre de compagnons assassinés augmentait sans cesse et leurs cadavres, laissés sur le bord de la route jalonnaient notre passage. Parfois, celui à côté duquel nous marchions depuis des heures, ne pouvant plus avancer, s'affaissait sur la route et mourant était bousculé, presque piétiné par ceux qui suivaient et qui ne l'avaient pas vu. Je ne peux chasser de ma mémoire le jour où ils nous ont entassés sur des wagons de marchandises et demeure encore horrifié par tous les morts ........ou presque morts, sur lesquels nous nous sommes affalés tellement nous étions épuisés.


Toutes ces morts injustes sont souvent présentes dans notre mémoire et surgissent sans crier gare
Même si nous avons essayé de vivre afin de pouvoir un jour exister, nous restons habités par tout ce que nous avons vu et vécu là-bas, car on n'est pas indemne d'un passé indicible !!
Mais il y a aussi une autre raison à notre état de survivants : nous avons maintenant conscience d'être les derniers témoins à pouvoir dire "j'y étais et j'ai vu". Alors que les truqueurs, les maquilleurs de la réalité, révisionnistes et négationnistes se renouvellent de génération en génération comme toutes les mauvaises herbes, nous qui sommes les derniers à pouvoir faire revivre nos morts, nous nous demandons sans cesse si nous avons suffisamment œuvré pour que la véritable Histoire puisse ne jamais être réécrite au bénéfice d'odieux mensonges. Avons-nous suffisamment contribué à l'indispensable "travail de mémoire" ?
Chaque fois que nous rencontrons des adolescents pour parler des dangers de tous les extrémismes et que nous décrivons les actes de barbarie auxquels nous avons assisté ; chaque fois que nous expliquons où peuvent mener le fanatisme et la haine, le racisme et l'antisémitisme et que nous faisons revivre les étapes choisies pas les SS pour nous déshumaniser, même si nous le faisons avec modération ; chaque fois qu'à la fin de nos interventions ils nous demandent de leur montrer le numéro matricule tatoué sur notre bras gauche, chaque fois nous nous retrouvons à Auschwitz et vivons à nouveau ce que nous leur décrivons.
Alors, mes amis, acceptons ce fait inéluctable d'être des survivants parmi les vivants, acceptons de faire revivre nos familles et tous les martyrs anonymes que nous avons laissés là-bas, acceptons même nos cauchemars et les moments de la journée où tout nous revient comme une vague déferlante, acceptons tout cela, mais poursuivons inlassablement notre "travail de mémoire" pour donner du sens aux peu d'années qui nous restent.

21:36 Écrit par dorcas dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : memoire, survivants, crematoires |  Facebook |

Shoah: le Portugal aurait pu sauver des milliers de Juifs d'origine portugaise

Le portugal aurait pu sauver des milliers de Juifs.

 

"Scellant ainsi leur sort dans les camps d'extermination nazis."

Source: extrait d'un article de Nuno Guerreiro Josué repris du blog Rua da Judiaria

"Dans une interview récente réalisée par José Manuel Fernandes et publiée dans Ípsilon, l'historien allemand Carsten L. Wilke déclara : "Quand Hitler était au pouvoir, le Portugal aurait pu sauver des milliers de Juifs descendants de ceux qui étaient partis des siècles plus tôt, mais Salazar n'a rien fait et les communautés qui existaient, par exemple, à Bordeaux, à Amsterdam ou à Thessalonique, furent complètement décimées".

Le cas des Juifs d'ascendence portugaise, cité par Carsten L. Wilke, est paradigmatique. Au lieu d'opter pour la simple tâche de faciliter la naturalisation des Juifs néerlandais, français et allemands dont les noms de famille (Nunes, Costa, Ricardo Mesquita, Leão de Laguna, Lopes Cardoso, etc.) laissaient peu de doutes quant à leur origine ancestrale, le régime a décidé de leur tourner le dos et leur a même rendu difficile la simple tâche d'obtenir un visa de transit, scellant ainsi leur sort dans les camps d'extermination nazis.

Le 23 avril 1940, par exemple, les consuls portugais aux Pays-Bas furent furent priés de, pour toute demande de visa d'entrée au Portugal, vérifier scrupuleusement si les candidats étaient juifs, et le cas échéant de noter "qu'aucun visa ne pouvait être apposé dans les passeports de Juifs sans l'autorisation préalable du Ministère des Affaires étrangères, appuyant de la sorte l'exigence de la PVDE [Police de Vigilance et de Défense de l'État] d'"empêcher l'entrée au Portugal d'individus de cette qualité" [1].

C'est contre cette toile de fond que se détachent les noms des diplomates portugais Aristides de Sousa Mendes, Carlos Garrido et Alberto Sampaio Teixeira Branquinho, dont les actes de courage rachetèrent la complicité honteuse, l'immobilisme et la lâcheté qui guidèrent la ligne diplomatique du Portugal pendant la Shoah."

Autoportrait de Baruch Leão Lopes de Laguna, un peintre juif néerlandais d'origine portugaise assassiné à Auschwitz


[1]  "Le Portugal aurait sauvé la vie à quarante ou cinquante mille juifs persécutés par le nazisme; certaines estimations doublent ou triplent même ces chiffres. Les réfugiés en attente d'embarcation étaient internés, sur ordre du gouvernement, dans des centres touristiques transformés en "zones de résidence constante" (Ericeira, Caldas da Rainha, Cúria, Figueira da Foz, São Julião da Barra); ils ne pouvaient les quitter sans autorisation policière et y étaient nourris aux frais des organisations juives." (Histoire des juifs portugais par Carsten Wilke, Chandeigne, Collection Péninsules, 2007, p. 234)

21:28 Écrit par dorcas dans Juif Portugais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/02/2010

Le choix héroïque d’un étudiant de yéshiva.

Le choix héroïque d’un étudiant de la yéshiva.

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Si quelqu'un, dans le ghetto de Cracovie, avait une chance de survivre à la Shoah, c'était Avraham Shapiro*. À 22 ans, il était un jeune homme intelligent et plein de ressources dont l'esprit avait été affiné durant des années par ses études à la yéchiva. Il avait compris que les Allemands cherchaient à supprimer tous les Juifs et il prit les précautions nécessaires pour se sauver lui-même ainsi que ses parents. Il obtint des faux papiers parfaitement imités les identifiant, tous les trois, comme des ressortissants étrangers. Il construisit un bunker qu'il aménagea et approvisionna en nourriture, dans un endroit éloigné, sous le ghetto. Il se procura également une carte des égouts et mit au point un itinéraire d'évasion qu'ils emprunteraient le jour où le ghetto serait liquidé. La finalité de son projet d'évasion était de rejoindre la Hongrie qui offrait une plus grande sécurité.

Un jour, une voisine âgée de 18 ans, 'Haya Rivka, frappa à la porte des Shapiro, tenant un bébé dans ses bras. L'enfant, qui avait 20 mois et qui ne pouvait ni se tenir debout, ni s'asseoir tout seul, était son neveu 'Haïm. Ses parents avaient été expédiés à Treblinka. 'Haya Rivka savait que les Shapiro avaient des papiers de citoyens étrangers et avait estimé que de tous les Juifs condamnés du ghetto, ils étaient ceux qui avaient les meilleures chances de s'échapper. Elle avait abordé la famille Shapiro à plusieurs reprises pour leur demander de prendre en charge le bébé et de le mettre en sécurité, mais ils avaient refusé. Un bébé serait une responsabilité pouvant mettre en danger leurs propres chances de survie.

Toutefois, ce jour du 11 mars 1943 était différent. 'Haya Rivka avait appris qu'elle allait être déportée dans un camp de travail et il lui était impossible de prendre l'enfant avec elle. Secouée de sanglots déchirants, elle supplia Avraham, qui était seul à la maison à ce moment-là, de prendre son neveu.

Ma compassion eut raison de mon intellect et je décidai d'accepter l'enfant.

Avraham - un jeune homme à l'esprit logique et rationnel, prévoyant et prudent - s'était préparé à affronter les Nazis, mais ce jour-là, c'est sur lui-même qu'il dut faire un effort. Comme il le déclara plus tard : " Ma compassion eut raison de mon intellect et je décidai d'accepter l'enfant. "

Lorsque ses parents furent de retour et virent qu'Avraham tenait le bébé dans ses bras, ils en furent atterrés. Comment avait-il pu engager leurs trois vies dans un acte de compassion si irresponsable ? Avraham répliqua que le bébé était dorénavant le sien et que soit il s'échapperait avec eux, soit ils resteraient tous dans ce ghetto condamné.

Avraham avait dès lors un besoin urgent de fabriquer un certificat de naissance prouvant que l'enfant était bien le sien. Il connaissait un rabbin qui était en possession d'un tampon officiel, mais où trouver un formulaire ? Avraham s'arrangea pour trouver une machine à écrire. Il n'avait jamais tapé à la machine de sa vie, mais ce jour-là, il resta éveillé toute la nuit et, au petit matin, il avait entre les mains un certificat de naissance crédible. Il se précipita chez le rabbin pour le faire tamponner. " Dès lors, écrivit Avraham par la suite, Avraham Shapiro avait un fils. "

" NOUS RESTONS TOUS ENSEMBLE ! "

Deux jours plus tard, les Allemands liquidèrent le ghetto de Cracovie. Ils rassemblèrent les Juifs sur une grande place et les répartirent en différents groupes de déportation : les jeunes pour le travail, les vieux dans des maisons de retraite et les enfants dans des instituts. Avraham savait que tout cela n'était qu'une imposture. " Je n'ai jamais cru les Allemands et je me suis toujours efforcé de faire le contraire de ce qu'ils disaient. " Lorsque quelqu'un tenta de lui retirer le bébé, Avraham refusa de se laisser faire en hurlant : " Nous restons tous ensemble ! "

Il leur était impossible à ce moment-là de gagner le bunker qu'Avraham avait préparé car il était situé de l'autre côté du ghetto, séparé par une haie de fils barbelés. Le jeune homme confia le bébé à sa mère et demanda à ses parents de ne pas bouger et de l'attendre. Il allait trouver une cachette temporaire et reviendrait les chercher.

Après avoir cherché désespérément, il découvrit un immeuble vide dont les escaliers de l'entrée menaient à une cave. En dépit du péril, il parvint à y amener ses parents et le bébé. Avraham se douta que les Allemands fouilleraient tous les immeubles et caves, mais la Providence Divine avait aménagé en leur faveur une protection inattendue. Une famille habitant l'immeuble avait eu des problèmes d'évacuation des eaux usées et, dans les circonstances difficiles du ghetto, n'était pas parvenue à trouver un plombier. Aussi, ils avaient déversé les eaux usées de leurs toilettes dans un large tonneau qu'ils avaient placé dans la cage d'escalier. Au prix d'un grand effort, Avraham réussit à le renverser, déversant ainsi les excréments sur toutes les marches menant à la cave. Il estima que les pointilleux Allemands se montreraient réticents à souiller leurs bottes pour rechercher des Juifs.

Ce soir-là, ils entendirent les Allemands pénétrer dans le bâtiment. Pour empêcher le bébé de pleurer et d'attirer l'attention de leurs ennemis, ils avaient projeté de lui donner à manger, cependant, ils n'avaient qu'une vieille 'halla et pas la moindre goutte d'eau pour la ramollir et la rendre plus facilement consommable. Avraham et ses parents mâchèrent donc rapidement le pain, avant de le recracher pour nourrir le bébé de ces morceaux ramollis. Ils entendirent les Allemands se plaindre de la puanteur, mais Avraham avait raison : ils ne daignèrent pas descendre à la cave.

Ce fut durant cette nuit-là, suite à la liquidation du ghetto, qu'Avraham avait projeté de s'enfuir en passant par les égouts de la " partie aryenne " de Cracovie. Toutefois, en observant l'enfant, il se trouva face à un dilemme. Il avait entendu parler de Juifs qui s'étaient enfuis par ce moyen-là, accompagnés de leurs enfants qui avaient suffoqué en chemin. Non, décida-t-il, il ne risquerait pas la vie du bébé en s'échappant par les égouts. Il devait mettre au point un autre plan.

Avraham savait qu'ils ne pourraient pas rester très longtemps dans cette cave. Il leur fallait se frayer un chemin jusqu'au bunker qu'il avait préparé, mais la haie de fils de fer barbelés leur barrait la route. Avraham, à l'aide d'un canif et faisant appel à une force surhumaine, parvint à découper un trou dans la clôture. Courant à pas furtifs à travers les rues, vides de passants, mais parsemées de cadavres de Juifs, les Shapiro atteignirent le bunker.

Avraham avait installé auparavant un éclairage dans le bunker en retirant des fils électriques du mur de leur appartement pour les raccorder ensemble afin de se créer un système d'alimentation électrique dans le bunker. Cependant, il n'y avait aucun moyen d'installer une conduite d'eau. Chaque jour, Avraham devait donc remonter les escaliers pour prendre de l'eau à partir d'un robinet. Un jour, il fut pris sur le fait. En dépit de ses protestations, clamant qu'ils étaient ressortissants étrangers ayant des papiers pour le prouver, ils furent tous trois, ainsi que le petit 'Haïm, envoyés à la prison de la Gestapo.

LE FEU DE L'AMOUR

Ils soudoyèrent leurs geôliers et achetèrent leur liberté contre un étui à cigarette en or de 250g. Fuyant immédiatement Cracovie pour un village des environs, ils y louèrent une chambre et s'y cachèrent. C'était l'automne 1943 et la Hongrie était pratiquement le dernier pays d'Europe dans lequel la " Solution Finale " n'avait pas encore été déployée. Ils trouvèrent un passeur qui leur ferait traverser clandestinement la frontière pour la Slovaquie et de là, les mènerait en Hongrie.

Tout au long de leur voyage, ils survécurent en mangeant des pommes de terre crues, qu'Avraham et ses parents mâchaient et régurgitaient pour en nourrir le bébé 'Haïm. Une nuit de Chabbat, le 28 Octobre, ils se retrouvèrent au fin fond d'une forêt du côté polonais de la frontière. Ils étaient épuisés, frigorifiés et effrayés à l'idée d'être pris. Le guide leur annonça brutalement qu'ils devraient passer la nuit là parce qu'ils ne pouvaient pas traverser la frontière ce jour-là. Puis, sans un mot, il disparut.

Les Shapiro se préparèrent à dormir. Avraham, qui avait porté 'Haïm tout le long du chemin, réalisa tout à coup que l'enfant était humide, silencieux et inerte. Il le débarrassa rapidement de toutes ses couches de vêtements et vit qu'il était tout bleu.

Tremblant de frayeur, Avraham alla vite chercher des branches et des morceaux de bois et alluma un feu pour réchauffer le bébé et le ramener à la vie.

Tremblant de frayeur, Avraham alla vite chercher des branches et des morceaux de bois et alluma un feu pour réchauffer le bébé et le ramener à la vie. Il s'agissait d'un acte d'une irrationalité extrême. Le feu était comme une enseigne lumineuse indiquant leur emplacement, mais la compassion d'Avraham avait à nouveau surmonté sa raison. Il tint le bébé aussi près que possible des flammes, le tournant d'un côté et de l'autre, tandis que Mme Shapiro se tenant de l'autre côté du feu, faisait sécher les habits de l'enfant.

' Haïm se ranima. Il reprit ses couleurs et commença à bouger. Avraham, qui avait déjà à maintes reprises risqué sa vie et qui ne manquerait pas de le faire à nouveau tout au long de la Shoah, se souviendra de ces instants de frayeur pour la vie du bébé comme du moment le plus tragique de la guerre.

Ils attendirent tout le Chabbat en se demandant si le guide allait revenir. Dans l'obscurité grandissante du samedi soir, le guide fit sa réapparition. Lorsqu'il aperçut les cendres du feu de la veille, il entra dans une colère noire du fait de leur imprudence.

Il était temps de passer la frontière. Pour éviter que le même problème se présente, Avraham prit un drap et attacha l'enfant à sa poitrine, face à lui. Cette position lui permettait d'avoir une vue permanente sur l'état de 'Haïm, mais entravait totalement son champ de vision du sol. Marchant sur des cailloux et un terrain cahoteux, invisibles à ses yeux, Avraham trébucha à un moment donné, ce qui arracha la semelle de sa chaussure. Il entoura son pied de morceaux de tissu et reprit sa marche. Plusieurs heures plus tard, ils traversèrent la frontière et pénétrèrent en Slovaquie.

" POUR LE BIEN DE L'ENFANT "

Les fugitifs arrivèrent finalement à Budapest où ils furent placés dans un centre de réfugiés. Un employé d'une organisation humanitaire, ayant entendu qu'ils avaient avec eux un bébé orphelin qu'ils avaient recueilli, leur suggéra de confier 'Haïm aux Schonbrun, un couple de Juifs aisés, religieux et sans enfant.

Cette fois-là, la raison et la compassion d'Avraham convergeaient. Le petit 'Haïm, alors âgé de deux ans, souffrait de malnutrition, était maladif et ne pouvait toujours pas s'asseoir tout seul. Avraham savait que la santé de son bébé nécessitait un foyer normal et stable, au sein duquel il recevrait trois repas par jour et qui le protègerait des dangers qui menaçaient toujours la famille Shapiro. Malgré les protestations virulentes de sa mère, qui s'était attachée à l'enfant, Avraham emmena 'Haïm chez les Schonbrun. Il fut impressionné non pas par l'ameublement somptueux, mais par les immenses bibliothèques remplies de livres saints. Confiant en l'idée qu'il accomplissait ce qu'il y avait de mieux pour 'Haïm, Avraham remit son fils aux Schonbrun.

Lorsque Avraham rencontrait de temps à autre M. Schonbrun à la synagogue et qu'il lui demandait des nouvelles de 'Haïm, il ne recevait que de vagues réponses. Avraham en déduisit que les Schonbrun ne souhaitaient pas que 'Haïm apprenne quoi que ce soit sur son passé. " J'ai donc pris mes distances avec cette famille, écrivit Avraham, pour le bien de l'enfant. "

Avraham Shapiro (gauche) et 'Haïm Schonbrun (droite).

Le 19 mars 1944, les Allemands prirent le pouvoir en Hongrie. Une nuit de Chabbat, deux mois plus tard, Avraham et son père furent arrêtés à la synagogue. Ils furent transférés d'un endroit à l'autre jusqu'à être finalement embarqués dans un wagon à marchandises qui se dirigeait vers Auschwitz. À l'aide d'un couteau qu'il s'était procuré chez un ancien cordonnier, Avraham parvint à agrandir la minuscule fenêtre du wagon. Alors que le train roulait à travers la Slovaquie en direction des camps de la mort, Avraham et son père sautèrent par la fenêtre.

Ils passèrent le reste de la guerre en Slovaquie en se faisant passer pour des Non-juifs. Dès que les Russes libérèrent la Slovaquie, Avraham et son père retournèrent à Budapest, à l'endroit où ils avaient laissé Mme Shapiro près d'une année auparavant. Lorsqu'ils ouvrirent la porte, ils trouvèrent Mme Shapiro assise à table, en train de manger un morceau de matsa. C'était le premier jour de Pessa'h, la fête de la liberté.

LA BOÎTE

Ce n'est qu'après la guerre, à Budapest, qu'Avraham aperçut le petit 'Haïm. L'enfant marchait (oui, il marchait !) dans la rue accompagné de sa gouvernante. " Des larmes emplirent mes yeux, rapporta Avraham dans ses mémoires, mais je n'ai jamais abordé l'enfant. "

La Hongrie communiste n'était pas un endroit pour les Juifs religieux. Peu après la guerre, les Schonbrun partirent pour la Belgique, puis pour Montréal au Canada où 'Haïm grandit et se maria par la suite. En 1950, Avraham Shapiro se maria et s'installa en Israël.

Cependant le fil qui reliait leurs vies, noué par une compassion plus forte que la logique, plus forte même que l'amour de la vie, n'était pas encore coupé. Avraham avait en permanence 'Haïm à l'œil et la Providence Divine fit en sorte que la tante de l'épouse de 'Haïm, qui vivait à 'Haïfa, soit une amie intime de Mme Avraham Shapiro.

Deux ans après son mariage, l'oncle belge de 'Haïm lui dit : " Il y a un Juif en Israël qui t'a porté dans ses bras de Pologne jusqu'en Hongrie et qui t'a sauvé la vie. "

Deux ans après son mariage, l'oncle belge de 'Haïm lui dit : " Il y a un Juif en Israël qui t'a porté dans ses bras de Pologne jusqu'en Hongrie et qui t'a sauvé la vie. " 'Haïm, toutefois, ne connaissait pas l'identité de son bienfaiteur qui continuait à veiller sur lui de loin.

En 1980, à l'âge de 39 ans, 'Haïm emmena sa famille en Israël pour la Bar Mitsva de son fils. La tante de sa femme lui envoya un message disant que le Juif qui lui avait sauvé la vie s'appelait Avraham Shapiro, qu'il était âgé de 60 ans, vivait à présent à 'Haïfa et qu'il était prêt à rencontrer 'Haïm.

Une partie des petits-enfants de 'Haïm Schonbrun

Ce même jour, 'Haïm prit un taxi de Jérusalem à 'Haïfa. " Notre rencontre fut un grand moment d'émotion, se souvient 'Haïm. Nous avons tous deux versé des torrents de larmes et nous avons parlé pendant des heures. "

Ce fut le début d'une relation étroite entre leurs deux familles. Au cours des 27 années suivantes, Avraham assista aux mariages de tous les enfants de 'Haïm et celui-ci assista à tous ceux des petits-enfants d'Avraham. " Nous sommes très, très proches, témoigne 'Haïm. Je le considère comme un père et il me considère comme un fils. "

Mais pourquoi Avraham n'était-il pas entré en contact avec 'Haïm plus tôt ? Pourquoi lui a-t-il fallu 35 années pour renouer le lien ?
La réponse est peut-être contenue dans une boîte. Avant qu'ils ne se séparent, ce jour de 1980, Avraham dit à 'Haïm : " J'ai quelque chose à te donner. " Il lui tendit une boîte en affirmant : " J'ai attendu 35 ans avant de pouvoir te remettre ceci. "

' Haïm ouvrit la boîte et vit qu'elle était remplie de pièces d'or. Avraham lui expliqua qu'avant que la mère de 'Haïm soit déportée à Treblinka, elle avait confié cette boîte emplie d'or à sa jeune sœur 'Haya Rivka et l'avait chargée de l'utiliser pour sauver la vie de son unique enfant. Lorsqu' Avraham accepta de s'occuper du bébé, la jeune femme lui remit la boîte.

Au cours de leur fuite de Pologne, la famille Shapiro épuisa sa propre réserve d'or. Avraham fut forcé, malgré lui, de puiser dans celle du petit 'Haïm. Lorsqu'ils atteignirent Budapest, il ne lui restait plus rien, ce qui gêna profondément Avraham. " J'ai accompli la mitsva de sauver une vie, expliqua-t-il à 'Haïm, et je ne voulais pas vendre cette mitsva pour tout l'or du monde. "

Après la guerre, dès qu'il se mit à travailler, Avraham mit de côté une partie de son salaire chaque semaine pour acheter de l'or. Cela lui prit 35 ans, mais il parvint finalement à réunir la quantité exacte d'or qui était, à l'origine, contenue dans la boîte de la mère de 'Haïm. Il remit la boîte à 'Haïm, satisfait de n'avoir retiré aucun profit de l'immense mitsva de sauver une vie. 'Haïm refusa d'accepter l'or, Avraham en fit alors don à de nombreux organismes de charité en Israël au nom de 'Haïm Schonbrun.

Dans le ghetto de Cracovie, la compassion avait surmonté la raison d'Avraham Shapiro, mais rien ne surmonta jamais son intégrité.

Le nom de " Shapiro " est un pseudonyme, le protagoniste préférant rester dans l'anonymat.


source : http://www.lamed.fr/actualite/shoah/2009.asp

23:09 Écrit par dorcas dans Ghetto de Cracovie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yeshiva, ghetto, cracovie, shoah, juifs |  Facebook |

Témoignages de rescapés en vidéo

Témoignages de rescapés en vidéo

http://clair-de-lune.tv/popupflvtheotv.php?video=81255_me...

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22:28 Écrit par dorcas dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/02/2010

Un survivant des sonderkommandos témoigne

Un survivant des Sonderkommandos témoigne

Dow Paisikovic


Je m'appelle Dow Paisikovic, né le 1er avril 1924 à Rakowec (C.S.R.: Tchécoslovaquie) actuellement domicilié à Hedera, Israël. En mai 1944, je fus amené de Munkacs (ghetto) au camp de concentration d'Auschwitz et j'y reçus le numéro de détenu A-3.076, qui me fut tatoué sur l'avant-bras gauche.

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Le tri se faisait directement à l'arrivée.

Notre convoi fut soumis à une sélection. Environ 60 % d'entre nous furent sélectionnés pour les chambres à gaz, les autres furent dirigés sur le camp. Ma mère et mes cinq frères et soeurs furent aussitôt envoyés aux chambres à gaz. Au moment de la sélection nous ignorions à quoi servait cette répartition. Mon père et moi furent affectés au camp C de Birkenau avec les aptes au travail, où nous devions, sans raison, porter des pierres.

Le troisième jour arriva en civil dans notre partie du camp le SS-Hauptscharführer Moll, accompagné d'autres SS. Nous dûmes tous nous présenter à l'appel et Moll choisit les plus forts d'entre nous, exactement 250 au total. On nous amena sur la route qui traversait le camp: nous devions y prendre des pelles et d'autres outils. On nous amena à proximité des crématoires III et IV, où nous fûmes accueillis par des SS armés. Nous dûmes nous mettre en rang et cent d'entre nous furent détachés et amenés au crématoire III. Les autres durent continuer la marche en direction du bunker V (une maison de paysans où il était également procédé à des gazages); c'est là que le SS-Hauptscharführer Moll, arrivé à motocyclette, nous reçut dans son uniforme blanc. Il nous accueillit avec ces mots: « Ici vous aurez à bouffer, mais il vous faudra travailler. » On nous mena de l'autre côté du bunker V; la façade de ce bunker ne nous révélait rien de particulier, mais l'arrière nous fit voir à quoi il servait.

Chambre à gaze  d'auschwitz

Le batiment des chambres à gaz

Il y était entassé un amas de cadavres nus: ces cadavres étaient tout gonflés et on nous commanda de les porter jusque dans une fosse de six mètres de largeur et de trente mètres de longueur environ, où se trouvaient déjà des cadavres en train de brûler. Nous fîmes tous nos efforts pour amener ces cadavres au heu indiqué. Mais les SS nous trouvaient trop lents. On nous battit terriblement et un SS nous ordonna: « Un seul homme par cadavre. » Ne sachant comment exécuter cet ordre, nous fûmes encore battus et un SS alors nous montra qu'il fallait que nous prenions le cadavre par le cou avec la partie recourbée de la canne et l'amener ainsi de l'autre côté. Nous devions nous livrer à ce travail jusqu'à 18 heures. A midi, nous avions une demi-heure d'interruption. On nous apporta à manger, mais aucun de nous n'avait faim. Puis nous dûmes reprendre le travail. On nous amena au bloc 13 de la section D du camp de Birkenau, un bloc isolé. Ce soir-là, on nous tatoua (sur le bras) nos numéros de détenus.

Le lendemain, il nous fallut de nouveau marcher en colonnes, le groupe de cent au crématoire III, et nous autres, cent cinquante, au bunker V. Notre travail était le même. Il en fut ainsi pendant huit jours. Quelques-uns d'entre nous se sont jetés eux-mêmes dans le feu, parce qu'ils n'en pouvaient plus. Si j'avais à évaluer leur nombre aujourd'hui, je l'évaluerais à 8-9. Parmi eux se trouvait un rabbin.

bruler les gens à Birbenau

Lieu ou les cadavres étaient brûlés lorsque les fours crématoires n'allaient pas vite assez

Chaque jour arrivait une sentinelle SS avec 5-6 détenus SS, qui avaient à faire le même travail aux crématoires I et II, afin de prendre à la section D du camp la nourriture pour le Sonderkommando. Le huitième soir, le kapo du Sonderkommando du bloc 13 m'a désigné pour accompagner le groupe de détenus au crématoire II avec la nourriture: en effet, un détenu de ce groupe de travail n'était pas là et le nombre des sortants devait être le même que celui des arrivés. C est ainsi que j'arrivai par hasard au Sonderkommando du crématoire I. Il y avait là un kommando de cent détenus, et au crématoire II il y en avait un de quatre-vingt-trois. Le kapo en chef des deux kommandos (crématoires I et II) était un Polonais du nom de Mietek. Au crématoire I, deux Russes non-juifs faisaient partie du Sonderkommando; il y en avait dix au Sonderkommando du crématoire II. Tous les autres membres des deux kommandos étaient juifs, originaires surtout de Pologne, de Tchécoslovaquie et de Hongrie, ainsi qu'un Juif hollandais. Les Sonderkommandos dormaient dans les crématoires mêmes, un étage au-dessus des fours.

Notre kommando, tout comme le kommando II, fut réparti en une équipe de jour et une équipe de nuit de nombre égal. Le matin, nous nous présentions à l'appel dans la cour; on nous amenait sur le lieu du travail tandis que l'équipe de nuit était amenée dans la cour, comptée et pouvait alors se coucher.

Mon premier travail dans ce kommando fut le suivant: le kapo Kaminski, Juif de Pologne, m'avait chargé de creuser une fosse d'environ deux mètres de longueur, d'un mètre de largeur et d'un mètre de profondeur dans la cour du crématoire I. C'est dans ce trou que furent alors jetés les os sortant des fours crématoires. Une fois ce travail achevé, je fus affecté au transport des cadavres. Le gazage durait en principe trois à quatre minutes environ. Après quoi, pendant à peu près un quart d'heure, le système de ventilation était mis en marche. Puis, le contremaître ouvrait la porte de la chambre à gaz -- toujours sous la surveillance d'un SS -- et nous devions traîner les cadavres vers le monte-charge électrique. On pouvait monter quinze cadavres environ en une fois avec ce monte-charge. Nous devions porter les cadavres nous-mêmes, six hommes étaient affectés à ce travail. La plupart du temps, quelques-uns de ceux qui étaient à même le sol immédiatement auprès de la porte étaient encore en vie. Le SS les fusillait alors. La position des cadavres dénotait visiblement qu'en général la lutte contre la mort avait été terrible. Les corps étaient souvent déchiquetés; il est arrivé plus d'une fois que des femmes avaient accouché dans les chambres à gaz. En principe, 3 000 victimes se trouvaient dans la chambre à gaz. L'entassement était tel que les gazés ne pouvaient pas choir à terre. L'évacuation de 3 000 cadavres prenait environ six heures. Comme les quinze fours de ce crématoire mettaient environ douze heures pour brûler ces cadavres, ceux-ci étaient entassés dans la pièce devant les fours. Un autre groupe de notre Sonderkommando s'en chargeait. Lorsque nous avions vidé le bas de la chambre à gaz (en bas), notre groupe devait nettoyer la chambre à gaz à l'aide de deux tuyaux pour faire de la place pour le prochain gazage. Ensuite, nous devions aller aux fours crématoires et aider à transporter les cadavres vers les fours. Auprès des fours mêmes devaient travailler deux groupes de détenus, l'un de quatre et l'autre de six hommes. L'un devait s'occuper de sept fours, l'autre de huit. Ces groupes devaient enfourner les cadavres et veiller à une combustion convenable en se servant d'un long crochet. Comme la chaleur auprès des fours était très grande, ces groupes-là ne se voyaient pas attribuer d'autre travail; pendant les interruptions de travail, ils pouvaient se rafraîchir. En dehors de cela ils n'étaient chargés que de l'évacuation de la cendre et des os tombés à travers le gril. La cendre était acheminée à la Vistule par les détenus escortés de SS. Le transport avait lieu par camions.

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Les fours crématoires

Les cadavres mettaient environ quatre minutes à se consumer. Pendant que les cadavres étaient dans le feu d'autres détenus devaient tondre les cheveux aux cadavres préparés pour l'incinération (seulement pour les cadavres de femmes) et deux détenus dentistes devaient récupérer les dents et les bagues en or. Ils le faisaient à l'aide de tenailles. Dans le mur de la pièce devant les fours étaient aménagée une grande fenêtre. Deux à trois SS qui étaient dans la chambre de l'autre côté de la fenêtre pouvaient constamment contrôler de là notre travail.

Lorsque les fours n'étaient pas en mesure de brûler tous les cadavres, les convois destinés au gazage étaient amenés au bunker V où le gazage pouvait se faire pratiquement sans interruption parce que les cadavres y étaient jetés directement dans les fosses.

Quelques jours après mon arrivée au crématoire I, Mietek devint kapo en chef du Sonderkommando des crématoires I et II, Kaminski devint kapo du kommando I et Lemke (dont je ne connais pas le prénom) devint kapo du kommando du crématoire II. Kaminski et Lemke étaient des Juifs de Bialystok; leur numéro de détenus était de la série des 83 000. Lemke me prit avec lui au crématoire II où était également mon père. Je restai dans ce kommando jusqu'à son évacuation (18.1.1945).

Le Sonderkommando entier (dépendant des crématoires I-IV et du bunker V) comprenait 912 détenus au total à l'époque où notre groupe lui fut adjoint à titre complémentaire. Les autres détenus du Sonderkommando, qui étaient déjà en place quand notre groupe y fut affecté, avaient des numéros entre 80 000 et 83 000, un groupe composé de Juifs de Cracovie avait des numéros dans les 123 000. Je ne sais pas de façon sûre si les autres avaient été sélectionnés pour le Sonderkommando immédiatement après leur arrivée au KZ (camp de concentration) ou s'ils étaient passés auparavant par d'autres kommandos. Quelques détenus restaient au Sonderkommando un temps assez long: par exemple le kapo en chef Mietek qui avait un numéro dans les 5000 et qui avait été affecté au Sonderkommando par la compagnie disciplinaire; et deux orfèvres -- l'un du nom de Feldmann, était originaire de Tchécoslovaquie, l'autre, je ne me souviens plus de son nom -- qui avaient pour tâche de fondre l'or récupéré. (Cela se passait dans une pièce spéciale du crématoire II où était centralisé tout l'or de tous les crématoires, pour être fondu en de grands cubes sous la surveillance des SS.) Tous les vendredis un officier supérieur SS venait chercher l'or. De plus, le Juif tchèque Filipp Müller était au Sonderkommando depuis aussi longtemps que Mietek. Il était venu par un convoi de Theresienstadt et put survivre aux sélections du Sonderkommando parce qu'il était protégé par un SS originaire des Sudètes. Müller aurait pu devenir kapo au Sonderkommando. Mais il n'a pas voulu. De plus, un Juif de Paris, dénommé « Oler », était depuis longtemps au Sonderkommando. Il était artiste peintre et, pendant tout le temps que je connus le kommando, il avait l'unique tâche de peindre des tableaux pour les SS, il était dispensé de tout autre travail pour le Sonderkommando.

Nous savions qu'à part les exceptions mentionnées les détenus de l'ancien Sonderkommando étaient gazés. Ces gazages s'effectuaient par groupes, tout comme se faisaient par groupes les affectations au Sonderkommando. Un groupe du kommando spécial provenait du camp de Majdanek près de Lublin. Là déjà les détenus faisaient partie d'un kommando spécial affecté au même travail.

Comme il incombait à notre kommando de fouiller les vêtements des détenus suspendus dans les salles de déshabillage, nous avions la possibilité de nous approprier beaucoup de ravitaillement, d'alcool, d'or et de devises. La SS tolérait que nous mangions et même buvions de ces provisions. Ainsi, nous conservions nos forces. Nous n'en cherchions pas moins tous les jours la soupe (du camp) et les rations du secteur du camp pour ne pas perdre le contact avec le camp de Birkenau. J'étais en général avec le groupe qui cherchait le manger à la cuisine du camp de ce secteur. En général, nous étions escortés sur ce chemin par un vieil SS dur d'oreille; lui seul ne nous a jamais battus et regardait toujours de l'autre côté lorsqu'il se passait quelque chose qu'il ne devait pas remarquer. C'est ainsi que nous pouvions jeter le pain ramassé, et dont nous n'avions pas besoin, à des détenus d'autres secteurs du camp qui l'attendaient déjà. Nous buvions surtout beaucoup d'alcool. A cette condition-là, nous pouvions effectuer notre travail.

Au Sonderkommando de chaque crématoire, il y avait un groupe qui tâchait de se préparer à une résistance. Ces groupes étaient en contact entre eux et avec des groupes de résistants à Birkenau et même au camp principal d'Auschwitz. J'appartenais à ce mouvement. Nous passions de l'or et des devises en fraude à nos camarades dans le camp; ils employaient ces objets de valeur afin de pouvoir mieux organiser la résistance. Je me souviens de trois frères de Bialystok qui déployaient une activité toute spéciale dans ce sens. Même les Russes de notre kommando -- il s'agissait d'officiers supérieurs -- étaient très actifs. De tous les détenus de notre convoi en provenance de Hongrie, seuls mon père et moi étions au courant de cette organisation de résistance. Quelque temps après, mon père se vit attribuer la tâche de concierge du crématoire II.

Notre convoi était le troisième de la longue série de convois de Juifs en provenance de Hongrie. (L'Ukraine subcarpathique, d'où je suis originaire, avait été à l'époque attribuée à la Hongrie.)

Tous les jours, des convois arrivaient de Hongrie à cette époque, et entre temps des convois d'autres pays et des « musulmans » au camp. Il ne se passait guère de jour sans qu'il y eût de gazage. Chaque fois, nous avions à nettoyer le crématoire tout entier. Comme les SS nous donnaient des ordres pour préparer les fours (en les faisant chauffer, etc.), nous savions quand un convoi était attendu. Après les grands convois de Hongrie, l'action suivante fut celle du ghetto de Lodz. Tous les jours -- je crois que c'était en août 1944 -- deux de ces convois arrivaient de Lodz.

Une fois achevée ce qu'on nommait l'action de Hongrie, les Juifs hongrois qui avaient été affectés à l'époque au Sonderkommando furent liquidés. Mon père et moi-même n'avions échappé à cette action d'extermination que parce que nous avions été affectés au Sonderkommando du crématoire II; les autres détenus de notre convoi étaient au bunker V et aux crématoires III et IV. Ces détenus furent conduits au camp principal d'Auschwitz et y furent gazés. Les cadavres furent amenés de nuit au crématoire II et brûlés par les SS eux-mêmes, cependant que tout notre kommando était consigné à la chambre. Nous avons été au courant parce qu'on nous fit emporter les vêtements des détenus. Nous reconnaissions les vêtements et les numéros des détenus. Après l'action d'extermination de Lodz, d'autres détenus du Sonderkommando furent encore liquidés; la plupart d'entre eux étaient affectés au bunker V, un petit groupe faisait partie du Sonderkommando des crématoires III et IV. La procédure de liquidation était identique. Il s'agissait d'environ deux cents détenus au total. Pendant tout le temps que je passai au Sonderkommando (de mai 1944 jusqu'à l'évacuation, en janvier 1945) aucun détenu nouveau n'y fut affecté.

Les crématoires étaient si solidement construits que pendant tout ce temps je n'eus connaissance d'aucune défaillance de fours ni de crématoires tout entiers. A plusieurs reprises, le monte-charge des cadavres tomba en panne parce qu'il était trop plein. Souvent, des officiers SS de la direction des constructions venaient inspecter les crématoires.

Un médecin détenu, hongrois, devait procéder à des dissections dans une salle spéciale. Il opérait sous la surveillance d'un médecin SS dont je ne me rappelle plus le nom. Dans cette salle, il y avait une table de dissection. On faisait surtout des dissections d'êtres anormalement constitués (par exemple des bossus) et de jumeaux. Je me souviens avec précision que le Dr Schumann était lui aussi présent à ces dissections et en supervisait certaines. Les détenus désignés pour opérer ces dissections furent exécutés, non dans les chambres à gaz, mais par des injections. On récupérait également le sang et divers organes de ces détenus pour en approvisionner des hôpitaux militaires.

Depuis un certain temps déjà nous projetions une révolte. Le noyau de cette organisation se trouvait dans notre crématoire II. Les Russes étaient les meneurs, de même que les kapos Kaminski et Lemke. Lorsqu'en automne 1944 les actions d'extermination furent complètement arrêtées, sur ordre de Berlin, et qu'on nous donna pour tâche d'effacer les traces de l'action d'extermination, nous comprîmes que le moment de notre propre liquidation approchait. Notre révolte devait la prévenir. Voici quel était le plan: un jour où il n'y aurait pas de convoi et par conséquent pas de renfort de SS près des crématoires, notre groupe qui emportait régulièrement la nourriture de ce secteur du camp pour la porter aux divers crématoires, viendrait avec des bidons d'essence là où chaque crématoire se ravitaillait. Seul, au crématoire I, on n'apporterait pas d'essence, parce que ce n'était pas utile. Au bunker V, il n'y avait à cette époque plus de Sonderkommando, l'extermination y ayant déjà été complètement arrêtée. L'essence avait été préparée par l'organisation de résistance à la section D du camp. Un dimanche du début d'octobre -- je crois que ce devait être le 6 ou le 7 octobre -- la révolte devait être déclenchée. Les détenus désignés pour apporter la nourriture furent choisis ce jour-là de telle sorte que seuls y allaient les initiés au plan. Tous venaient du crématoire II. J'étais du nombre. Nous amenâmes les bidons d'essence camouflés en soupe aux crématoires IV et III, mais lorsque nous arrivâmes à notre crématoire II, nous entendîmes déjà des coups de feu partis des crématoires III et IV, et vîmes un début d'incendie. Le plan avait été de commencer la révolte par un feu allumé à notre crématoire II. Son déclenchement prématuré le fit échouer. Les SS donnèrent aussitôt l'alarme et tous les détenus du crématoire II durent se rendre à l'appel. Le SS-Oberscharführer Steinberg, chef du crématoire II, nous compta; lorsqu'il se rendit compte que personne ne manquait, on nous enferma tous dans la salle de dissection. Le crématoire III était en feu et les détenus du Sonderkommando des crématoires III et IV coupèrent les fils et s'évadèrent; certains furent abattus sur-le-champ. Au crématoire I, les détenus du Sonderkommando coupèrent également la clôture électrique avec des ciseaux isolés et s'enfuirent. Il était prévu que les barbelés du camp des femmes seraient également coupés afin de leur permettre une fuite en masse. Cependant, en raison du déclenchement prématuré de la révolte ce ne fut plus possible. Les SS réussirent à rattraper tous les fugitifs. Le soir même, un groupe d'officiers SS arriva devant notre crématoire et nous enjoignit de faire sortir vingt des nôtres pour reprendre le travail. Or, nous étions persuadés qu'en dépit de toutes les dénégations, on nous répartirait en groupes pour mieux nous liquider; nous refusâmes donc de sortir de la salle de dissection. Les SS amenèrent alors du renfort et forcèrent vingt détenus à travailler. Bientôt de la fumée s'éleva du crématoire I. Nous en concluâmes que les vingt camarades avaient bien été amenés au travail. Leur tâche consistait à brûler les cadavres de ceux qui avaient été tués pendant leur évasion. C'est ainsi que tous les détenus du kommando spécial des crématoires I, III et IV furent massacrés. De notre kommando, un seul détenu fut tué; c'était celui qui avait coupé les pneus de la bicyclette d'un SS pour l'empêcher de s'en servir: le SS -- surnommé le « Rouge » -- a battu ce détenu jusqu'à ce que mort s'en suive.

De ce jour, les crématoires I, III et IV furent fermés. Les crématoires III et IV étaient détruits par la révolte et inutilisables, le crématoire I restait intact. Il n'y eut plus de gazage dans aucun crématoire. On nous fit brûler les cadavres qui arrivaient du camp; de petits groupes de détenus et de civils furent fusillés dans notre crématoire à partir de ce moment-là. Ces exécutions avaient lieu à l'étage au-dessus. Elles étaient l'œuvre d'un certain SS-Unterscharführer Holländer, qui, en principe tirait un coup de fusil dans la nuque; l'arme était munie d'un dispositif qui étouffait le son. Holländer nous était déjà connu pour sa cruauté particulière. Il a battu les détenus destinés au gazage, jeté des enfants contre le mur, etc. A notre égard, détenus du Sonderkommando, Holländer était toujours aimable. Holländer était de taille moyenne, maigre; il avait le visage allongé, des cheveux châtains et pourrait être originaire d'une région voisine de la Yougoslavie. Il avait environ trente-deux ans.

Quatre-vingt-deux détenus du Sonderkommando -- c'étaient nous, ceux du crématoire II -- ont survécu jusqu'à l'évacuation d'Auschwitz. Lors de cette évacuation, le 18.1.1945, la troupe de SS était déjà en pleine désorganisation. Nous en profitâmes pour marcher vers le camp D. Dans la course, un bon nombre d'entre nous furent tués d'une balle; je ne saurais dire combien, pressé que j'étais d'arriver au camp. Tous les détenus du camp D furent amenés au camp principal d'Auschwitz, c'est là que les SS recherchaient, de nuit, ceux qui avaient été affectés aux crématoires et qu'ils pouvaient reconnaître pour avoir fait partie du Sonderkommando. Personne évidemment ne s'est présenté à l'appel. Quiconque était découvert était fusillé sur-le-champ. Mon père et moi, nous nous cachâmes sous un lit. Je ne peux rien dire de plus, sinon que Filip Müller et Bernhard Sakal (qui vit actuellement en Israël et est originaire de Bialystok) ont pu également sauver leur peau.

Il y eut aussi au Sonderkommando II un certain Léon, le cuisinier, Juif polonais qui avait vécu à Paris; il était déchargé du travail général du Sonderkommando, étant affecté à la cuisine des SS. Il ne devait travailler au service des cadavres comme nous tous que s'il y avait vraiment beaucoup de travail. Nous étions très liés et j'ai appris ainsi que Léon avait pris des notes dès le moment où il fut affecté au Sonderkommando. Il a tenu une sorte de journal et noté les crimes des SS, ainsi que les noms de certains criminels SS. De plus, il a ramassé des documents, des passeports, etc., trouvés près des vêtements des assassinés et qui lui semblaient importants. Aucun d'entre nous n'a lu ces notes, mais je savais qu'elles existaient. Le mercredi qui précéda la révolte, j'ai enfoui tous ces documents en un lieu que j'ai soigneusement conservé dans ma mémoire. Les papiers se trouvaient dans un grand récipient en verre (contenance environ cinq litres), qui avait été graissé et hermétiquement fermé. Puis nous plaçâmes ce récipient en verre dans une caisse en béton que nous avions coulée. Cette caisse en béton fut enduite de graisse à l'intérieur, puis fermée au béton. Nous y enfermâmes également des cheveux de cadavres' des dents, etc., mais par principe aucun objet de valeur, afin que ceux qui trouveraient un jour cette boîte ne soient tentés de la piller pour s'emparer de tels objets de valeur. Le rabbin de Makow et Zalmen Rosenthal prirent des notes qui furent enfouies ailleurs -- je ne sais où.

douches à Auschwitz

La chambre à gaz

Pour finir, je voudrais encore décrire comment se passait une action de gazage. Nous avons vu de quelle façon on procédait aux sélections à l'arrivée des convois à la rampe. Ceux qui étaient sélectionnés pour le travail étaient conduits aux sections C et D du camp, ceux qui étaient destinés au gazage étaient conduits au FKL (camp de concentration pour femmes). Ceux qui étaient capables de marcher étaient amenés au crématoire à pied; les autres étaient chargés sur des camions Au crématoire on faisait basculer le camion et on jetait les malades à terre. Une voiture d'ambulance avec la Croix-Rouge amenait les boîtes de gaz. Tous étaient conduits à la salle de déshabillage, les SS leur ordonnaient d'enlever leurs vêtements. On leur disait qu'ils devaient se laver. Auprès de chaque crochet il y avait un numéro et on leur recommandait de bien retenir ce numéro. Tous ceux qui avaient encore des paquets devaient les déposer devant la salle de déshabillage. Des voitures amenaient ensuite ces effets au « Canada ». On commençait toujours par les femmes et les enfants. Lorsque ceux-ci étaient nus, les SS les conduisaient à la chambre à gaz. On leur disait qu'ils devaient attendre que l'eau arrive. Ensuite, les hommes devaient se déshabiller et se rendre également dans la chambre à gaz. Chacun devait nouer ses chaussures et les emporter. Avant de pénétrer dans la chambre à gaz, il devait remettre ses chaussures en passant à deux détenus. La plupart d'entre eux n'ont pas su ce qui leur arrivait. Parfois, ils savaient quand même quel sort les attendait. Alors ils priaient souvent. Il nous était détendu de parler avec les [détenus des] convois. Dès que les femmes étaient déshabillées et dans la chambre à gaz, un kommando de chez nous devait enlever les vêtements et les emmener au Canada; les hommes se trouvaient de nouveau en présence d'une salle de déshabillage vide et propre. Ceux qui étaient incapables de se déshabiller eux-mêmes devaient être aidés par des détenus de notre kommando. Deux détenus étaient régulièrement accompagnés d'un SS. Seuls, les détenus qui semblaient aux SS particulièrement dignes de confiance étaient affectés à ce travail. A chaque action de gazage, plusieurs officiers SS étaient, en plus, présents. Le gaz était jeté, dans notre crématoire, soit par le Hollandais, soit par le « Rouge », qui se relayaient par équipes. Ils mettaient des masques à gaz à cet effet. Souvent, le gaz n'arrivait pas en temps voulu. Les victimes devaient alors attendre assez longtemps dans la chambre à gaz. On entendait les cris de très loin. Souvent, les SS se livraient aussi à des excès particulièrement sadiques. C'est ainsi que des enfants furent fusillés dans les bras de leurs mères juste devant la chambre à gaz, ou jetés contre le mur. Quand l'un des arrivants disait un seul mot contre les SS, il était fusillé sur place. La plupart du temps de tels excès n'avaient lieu que lorsque des officiers supérieurs étaient présents. Lorsque la chambre à gaz était trop remplie, on jetait souvent des enfants qui ne pouvaient plus y entrer par-dessus la tête de ceux qui s'y trouvaient déjà. Du fait de la compression, d'autres victimes étaient tuées par piétinement. Les SS nous répétaient souvent qu'ils ne laisseraient pas survivre un seul témoin.

Cette description correspond en tout point à la vérité et a été faite en mon âme et conscience.

Témoignage d'un rescapé, apprenti boxeur à Auschwitz

Témoignage d'un rescapé, apprenti boxeur à Auschwitz

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Il a été déporté de Malines à Auschwitz, il n'avait que 16 ans et n'avait jamais boxé de sa vie, pourtant quand on demande des volontaire pour boxer, il lève la main, ils étaient quatre mais lui était le seul qui n'avait jamais boxer, parmi les quatres hommes, il y avait des champions.

C'est par miracles que les Allemands n'ont rien vu et c'est un des champions qui l'a aidé et appris la boxe, il n'a jamais gagné mais il a fait matche nul, deux fois.

Il a connu la faim, il a vu des copains se faire fusillé, partir aux douches, il a fait la marche de la mort dans des conditions horribles, le froid, la soif, l'épuisement et la peur.

Aujourd'hui, il témoigne.


dorcas

23:44 Écrit par dorcas dans Camp Auschwitz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : auschwitz |  Facebook |

Les larmes sous le masque.

Sortir du silence après 60 ans, les larmes sous le masque.

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http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/1/2/module...

Cette vidéo est très émouvante, c'est l'histoire d'une petite fille juive qui a été séparé de  ces parents et qui a vécu une vie de petite fille chez une dame cruel, pendant 3 ans 1/2, qui a du caché qu'elle était juive, personne ne savait qu"elle était juive.

23:40 Écrit par dorcas dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Dietrich Bonhoeffer, la foi contre le nazisme

Dietrich Bonhoeffer, la foi contre le nazisme

Le 4 février 1906, Dietrich Bonhoeffer naissait à Breslau. Son père était psychiatre. Il était le sixième d’une famille de huit enfants.

Son enfance a été heureuse. Très doué, il passe son baccalauréat à 16 ans, puis part étudier la théologie à Tübingen, puis à Berlin. Son but est de devenir pasteur luthérien. Sa famille n’est pas très heureuse de son choix mais le respecte.

Très jeune, Bonhoffer écrit de brillantes thèses universitaires, et devient enseignant.

Ce qui l’intéresse, parallèlement à son enseignement, c’est le mouvement oecuménique. Au contact des églises étrangères, son esprit s’ouvre, des Etats-Unis à l’Espagne, il rencontre des gens de toutes les couches sociales. Il s’engage auprès d’enfants défavorisés dans une banlieue de Berlin. En 1933, il a 25 ans. Il est ordonné pasteur.

Il aurait pu avoir une vie tranquille comme pasteur et professeur d’université. Sa cohérence intérieure l’en a empêché car il n’était pas un homme à se taire. Pour lui, être chrétien, c’est agir, c’est lutter contre l’injustice, contre l’inhumanité et contre la haine. Pour lui, un croyant doit résister à toute forme de totalitarisme, il ne peut pas être un spectateur de ce qui se passe dans la société. Il doit devenir un acteur.

Dietrich Bonhoeffer fut l’un des fondateurs de l’Eglise confessante, cette partie de l’église allemande qui s’opposait soit à alliance avec le nazisme, soit à une neutralité à son égard. En 1939, il part pour les Etats-Unis pour donner une série de conférences. Il aurait pu rester là-bas et aurait eu la vie sauve, mais il réalise que c’est en Allemagne qu’on a besoin de lui et il rentre, pour «entrer en résistance», alors que la guerre commence.

Durant quatre ans, il parle et écrit avec autorité contre le nazisme, il aide les groupes de résistance, tout en approfondissant sa foi et sa théologie. Entre autres, il crée et anime un séminaire dans la semi-clandestinité, en complète opposition avec les dirigeants de l’Eglise luthérienne d’Allemagne de l’époque, qui soutenait en grande partie le régime hitlérien, Bonhoeffer ne voulait pas seulement prêcher l’Evangile, il voulait le vivre, même au péril de sa vie, en s’opposant à Hitler et en aidant les juifs dans leur fuite.

Il écrivait: «L’Eglise n’est réellement Eglise que quand elle existe pour ceux qui n’en font pas partie» et, plus loin, «le devoir inconditionnel de l’Eglise est de s’occuper des victimes de tous les systèmes sociaux, même s’ils n’appartiennent pas à la communauté des chrétiens

Le 5 avril 1943, Bonhoeffer est interné à la prison de Berlin-Tegel ou il passera 18 mois. Il y est relativement bien traité car on manque de preuves contre lui. Il peut lire, prier, étudier et écrire à son entourage. Mais suite à l’attentat contre Hitler le 20 juillet 1944, Bonhoeffer est mis au secret puis emprisonné au camp de concentration de Buchenwald. puis de Flossenbürg. Le 9 avril 1945, il est condamné à mort et pendu avec d’autres membres de la résistance à l’âge de trente-neuf ans, peu avant l’armistice.

Bonhoeffer a certainement dû souffrir beaucoup, lui qui s’était fiancé trois mois, avant son arrestation. Il vit une première période d’engourdissement, comme il le dit lui-même, puis il se reprend à espérer et il devient très créatif et s’exprime avec une audace nouvelle. Mais, en automne 1944, lorsqu’il est transféré en camp de concentration, il laisse un dernier message à l’intention d’un ami: «Dites-lui que pour moi c’est la fin, mais aussi le conmencement. Avec lui, je crois au principe de la fraternité chrétienne universelle qui est au-dessus de toutes les haines nationales et que notre victoire est certaine!»

Sa vie, ses écrits, ont eu un grand impact dans de nombreux pays!

Le message de Bonhoeffer, c’est tout d’abord un message de grandeur de l’être humain. Il nous rappelle que certains hommes et certaines femmes sont prêts à payer de leur vie leurs convictions, qu’ils sont prêts à mourir, non pas dans un attentat suicide pour en faire mourir d’autres, mais au contraire pour sauver des vies.

C’est bienfaisant de penser à cela alors que les tueurs font la une des journaux! Il nous rappelle aussi la force que peut apporter à un être humain une échelle de valeur claire qui l’amène à être cohérent. à s’insurger contre le totalitarisme qui ronge la société. Jamais il ne s’est tu. Les compromis, ce n’était pas pour lui! Etre chrétien dans la théologie qui était la sienne, c’était être responsable! Pour lui, la foi n’avait de sens que lorsqu’elle invitait l’être humain à des actions responsables et libres.

Que l’on soit croyant ou non, le simple fait d’être un être humain nous sollicite quotidiennement à prendre position: à oser s’affirmer, à oser parler, à oser agir. Comme l’écrivait Pretruska Clarkson, une auteure britannique: «Il n'y a pas de témoin innocent!» Ce qui se passe autour de nous, cela nous concerne.

Un autre résistant, le pateur Mafflu Niemöller a écrit cette phrase télèbre: «D’abord ils sont venus pour les juifs et je n’ai rien dit je n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Puis. ils sont venus pour les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas membre d’un syndicat. Puis ils sont venus pour moi... et il ne restait plus personne pour parler en mon nom

Dietrich Bonhoeffer, Henri Mottu, Ed. du Cerf, 2002

Le prix de la grâce, Dietrich Bonhoeffer, Ed. du Cerf, Genève, Labor et fides, 1985  Source: Rosette Poletti, Le Matin Dimanche - dimanche 10 août 2008

23:36 Écrit par dorcas dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : buchenwald, concentration, camp, juifs |  Facebook |

Témoignage de René Laroche : DACHAU

Témoignage de René Laroche : DACHAU

La ville de DACHAU se trouve à une quinzaine de km de Munich sur la route d’Ingolstadt.

C’est le 21 mars 1933, que le préfet de police par intérim Himmler annonce au cours d’une conférence de presse, l’ouverture près de DACHAU, d’un camp de concentration pour prisonniers politiques, d’une capacité de 5 000 personnes, non loin des marais insalubres.

Ce premier lieu de détention fut aménagé dans une soixantaine de bâtiments inutilisés, d’une ancienne usine d’explosifs datant de la dernière guerre.

Peu à peu, terrains alentour et diverses bâtisses sont achetés par le parti national-socialiste ( le parti nazi ) au bénéfice des S.S.

Ces derniers allaient, en 1934, sous l’autorité de Himmler, éliminer du pouvoir les troupes de choc S.A., au cours de la sanglante nuit " Nuit des longs couteaux ".

Dans les 1er mois qui suivirent la mise en place du camp, la presse allemande, soumise au régime nazi obligatoirement, diffusait le sentiment de menace régnant sur ce camp.

Les arrestations ne cessaient d’augmenter ; dans le contexte des nazis pour ce qui n’est pas totalement pour, est contre.

Les socialistes, communistes, monarchistes, Juifs, nazis dissidents, seront assimilés dans l’esprit des gens à des criminels, des trafiquants, suite à une propagande très bien orchestrée.

En fin 1937, la SS. ordonna la construction d’un vaste complexe qui comprenait camp et caserne Sdéportés,S. et le nouveau camp des détenus.

D’après les archives d’Arolsen, l’enregistrement de cette première période indique que 35 000 détenus auraient été répertoriés entre 1933 et 1939.

La 2ème numérotation, est repartie à zéro et se termina le 29 avril 1945, ( date de la libération du Camp par les Américains ).

On arrive à un total pour l’ensemble de la durée d’existence du Camp à un chiffre minimum de 250 000 Déportés.

De forme rectangulaire, le Camp des Déportés est d’environ 600 mètres sur 300, il est relié au camp S.S ; par une large route asphaltée.

Un mur de plus de 3 mètres, en béton entoure le Camp, pour entrer, on passe sous un porche, surmonté d’un bâtiment administratif, appelé Juorhaus dont la grille porte l’inévitable inscription : " Arbeit macht frei ". ( le travail rend libre)

Une immense place d’appel en haut du Camp, et de chaque côté d’une allée centrale, des baraques, il y a aussi des miradors, avec des Strain,S. " tête de morts " dedans.

Nous sommes regroupés sur la place, on attendra 6 heures sur place, puis par petits groupes, on passe dans des bureaux, enregistrés, dépouillés, nus, rasés, désinfectés, douchés, habillés en pyjamas rayés, avec des socs en bois.

Chacun reçoit un numéro et va au block désigné, c’est la quarantaine, l’initiation à la Déportation.

Là, il faut rester dehors, de 4 h à 20 h, de 40 degrés à moins 25 ; on apprend aussi la vraie faim, les coups, on découvre les chefs de blocks et les chefs de chambres hurlant leurs ordres.

La rude vie va commencer dans ce milieu de déshumanisation où rode la famine, la maladie, la punition, la mort et peut être la vie.

Lever à 4 h en été, 5 h en hiver, les 25 000 Déportés se rassemblent, droits comme des i, au garde-à vous sur la place d’appel.

Un appel dure 1 h, 2h ou 3h parfois beaucoup plus, les plus faibles meurent sur place ; jusqu’en 1943, il fallait transporter à l’appel et tenir debout les camarades morts dans la nuit.

Une particularité assez surprenante distinguait Dachau des autres Camps : la présence en grand nombre de religieux catholiques, arrêtés en raison de leur hostilité au nazisme ou pour leur appartenance à la Résistance.

En 1944, le block 28 abritait encore près de 800 prêtres polonais sur les 1 800, qu’ils avaient été à l’origine.

Les autres religieux, dont 300 Allemands, se trouvaient au block 26.

Il faut ajouter à ce complexe " le Straflager ", camp disciplinaire réservé aux SS. punis.

Beaucoup d’entre eux provenaient du recrutement de volontaires étrangers, à travers l’Europe occupée.

A la libération du Camp, on en comptait encore plusieurs centaines, certains tentèrent de se mêler aux Déportés ; reconnus grâce à leur tatouage distinctif, ils furent remis à la police militaire américaine.

La garde des Déportés est assurée par 3 608 S.S., chiffre très précis indiqué dans le carnet personnel, du dernier commandant du Camp, 6 jours avant la libération.

Le Revier à Dachau mériterait une étude particulière, à partir novembre / décembre 1944.

Suite aux restrictions de nourriture et à l’accroissement des transports, des Déportés squelettiques, épuisés échouaient là, nus, sans force, incapables de porter une cuillère à la bouche.

Le typhus faisait en plus des ravages ; le dévouement des médecins français et hollandais, des étudiants en médecine, des infirmiers de toutes nationalités devait donner la mesure de la solidarité régnant au Revier où plus de 4 000 malades attendaient.

Malgré la surveillance des médecins SS., des substitutions permirent de sauver des camarades inscrits dans des transports.

La férocité des médecins SS. s’applique avec véhémence. La piqûre menace les plus âgés.

On a besoin d’hommes encore vigoureux, à qui inoculer des maladies.

Quatre stations de recherches ( Versuch-Station)

fonctionnent : l’une pour l’étude de la malaria, la 2ème où l’on provoque de monstrueux phlegmons artificiels.

Pour la 3ème où l’on baigne des Déportés dans l’eau froide, et dans de la glace afin de contrôler les effets du froid, pour les aviateurs tombant en mer.

La 4ème où l’on injecte des substances provoquant toutes sortes d’hallucinations, on injecte aussi du pus, des solutions salines.

On fait des ponctions sur le foie et l’estomac sans anesthésie, etc...

En 1944, si le Camp central comptait 35 000 Déportés, 40 000 autres sous répartis dans les 183 kommandos extérieurs et les 9 sous - kommandos.

Le plus grand, celui d’Allach, près de Munich renferme plusieurs milliers de Déportés - 14 000 en 03/45.

Activités économiques : menuiserie, serrurerie, sellerie, confection, maçonnerie, boulangerie, boucherie, jardinage ; location de la main d’oeuvre déportée à de nombreuse firmes travaillant pour l’effort de guerre nazi.

Les fours crématoires brûlaient jour et nuit, mais n’arrivaient pas absorber ces milliers de cadavres ; là aussi, il fallut creuser de gigantesques fosses où les corps sont jetés pêle-mêle.

" Le Train de la Mort " parti de Compiègne le 2 juillet 44 et est arrivé le 5 juillet à Dachau ; il contenait 984 morts sur les 2521 occupants des wagons à bestiaux.

Avec les bruits de l’avancée des troupes alliées, les Déportés ont vécu des journées très angoissantes d’ordres et de contrordres.

Evacuation, menaces de massacres, d’exécutions massives, de bombardement, le dimanche 29 avril sera le jour béni.

Au matin, le drapeau blanc de la reddition flotte par l’entrée du Camp : les milliers de Détenus s’élancent vers la place d’appel. Les Américains sont là, 4 Jeeps a 17h 15 sont dans le Camp.

Authentifié par René LAROCHE, de ERQUY (22)
Déporté à DACHAU, N° Matricule 73 682

23:27 Écrit par dorcas dans Camp Dachau | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : typhus, camp, dachau, ss, revier |  Facebook |

Le dernier survivant du ghetto de Varsovie se souvient

Le dernier survivant du ghetto de Varsovie se souvient

On savait parfaitement qu'on ne pouvait en aucun cas gagner. Face à 220 garçons et filles mal armés, il y avait une armée puissante de milliers d'hommes", se souvient, 65 ans après, Marek Edelman, dernier survivant des commandants de l'Insurrection du ghetto de Varsovie.

"On ne comptait pas sur une aide. C'était juste un symbole de lutte
pour la liberté. Le symbole de l'opposition contre le nazisme, contre la
soumission", raconte Marek Edelman, qui avait alors un peu plus de
20 ans.

19 avril 1943
Le 19 avril 1943, les nazis décidèrent de liquider le ghetto, où il ne restait plus que quelque 60.000 juifs sur les quelque 450.000 enfermés au début de la guerre. Les autres étaient déjà morts, de faim, de froid, de maladie, ou gazés au camp de Treblinka. "En fait, ce sont les Allemands qui ont fixé la date de notre insurrection", dit Edelman.

"Au premier jour, nous avons attaqué les colonnes des Allemands qui
entraient au ghetto pour le liquider. Ils ont dû se retirer. C'était le jour de notre victoire totale", se souvient Edelman."Les Allemands ont changé de commandant, Hitler nomma Jürgen Stroop à la tête de l'opération", ajoute-il. Ce général SS a été arrêté après la guerre, jugé et condamné à mort. La peine a été exécutée en 1952, en Pologne.

"Bien sûr, personne ne pouvait espérer gagner, nous n'étions pas idiots. Nous savions parfaitement quelle était notre situation, le front
de l'Est formé par l'Armée rouge était encore très loin de Varsovie, quelque part sur l'Oural". "L'autre front (des alliés occidentaux) n'était pas encore formé". "Mais notre espoir n'était pas de gagner, on voulait défendre la population du ghetto, retarder au maximum l'envoi des gens dans les camps d'extermination".

Bataille perdue
"Le deuxième jour eut lieu une bataille sur le terrain de l'usine de
camouflages. On l'a perdue, c'est là qu'ont commencé les combats dans les rues, une guérilla, nous avions de notre côté toute la population, on connaissait les passages secrets, des endroits où se cacher. L'insurrection a duré presque 3 semaines".

 varsovia_gueto


Quartier brûlé
Les forces allemandes, qui comptaient 3.000 soldats pour écraser le
mouvement, ont brûlé tout le quartier au lance-flammes, maison par maison, chassant ainsi des cachettes les derniers habitants et insurgés. Quand il n'y eut plus d'espoir, le 8 mai, le chef de l'insurrection Mordechaj Anielewicz décida de se suicider en faisant exploser son bunker de la rue Mila avec 80 combattants.

 destruction du ghetto de varsovie


Les derniers 40 combattants en vie, dont Marek Edelman, sont sortis du ghetto par des égouts. "Nous avons rejoint le maquis, des unités de la résistance qui opéraient dans des forêts", se souvient Edelman. Un an plus tard, il participa à l'insurrection de Varsovie d'août 1944 qui a coûté la vie à 200.000 habitants de la capitale.

Pour marquer sa "victoire sur les juifs", Stroop fit exploser le 16 mai 1943 la plus grande synagogue de Varsovie. Cette date est considérée comme la fin de l'insurrection du ghetto. Quelque 7.000 juifs ont péri dans l'insurrection, brûlés vifs en majorité, 50.000 ont été déportés dans des camps de la mort.

"Les Allemands étaient trop impatients, s'ils avaient laissé les gens
mourir de faim, en cinq ans le ghetto aurait été liquidé. Mais ils étaient
impatients, ils étaient pressés, car ils sentaient déjà qu'ils allaient
perdre la guerre", dit-il. Comme à son habitude, Marek Edelman ne participera pas aux cérémonies officielles, programmées cette année mardi en présence du président israélien Shimon Peres.

Comme tous les ans, il déposera seul le 19 avril une gerbe devant le
monument des Héros de l'insurrection du ghetto de Varsovie, situé dans ledernier carré de résistance aux nazis. (belga/7sur7)

Matsada – infos
 Source :  7sur7   13/04/2008

Vannes. Un ancien déporté raconte Auschwitz aux lycéens

Vannes. Un ancien déporté raconte Auschwitz aux lycéens



De Nancy à Auschwitz, avec un crochet par Perros-Guirec. Voilà le parcours de Jacques Zylbermine, Juif, né en 1929, qui a survécu à l'extermination nazie. Il était à Vannes, hier, pour témoigner devant des lycéens. Hier, 15 h, dans une salle de classe du lycée Lesage. Les 70 élèves d'Anne Rebout, professeur d'histoire-géo - des secondes, ceux de la classe européenne et des premières ES - dévisagent leur intervenant qui prend place derrière le bureau, face à eux.

« Moi, à ton âge j'étais à Auschwitz »

Jacques Zylbermine interroge un lycéen : « Tu as 14 ans toi ? Et bien moi, à ton âge, j'étais à Auschwitz. Ça me fait peur de te regarder mais c'est comme ça... » Première séquence d'émotion. Les yeux embués, l'octogénaire saisit un mouchoir en papier et commence à raconter son histoire. Le témoignage d'un Polonais, né le 8 mai 1929 en Pologne, qui a grandi à Nancy à partir de 1933. Parce qu'ils ont eu peur des bombardements à répétition, ses parents ont refait les bagages et ont gagné la Bretagne, dans « un petit bled à l'époque » qui s'appelait Perros-Guirec.

Dans les bras de Rommel

Pas vraiment le bonheur puisque la famille Zylbermine partage un mois plus tard l'hôtel avec des Allemands. Qui aurait cru que le petit blondinet en culotte courte était un Juif ? Pas les Nazis en tout cas, qui lui offraient des bonbons, lui caressaient les cheveux, le considéraient comme une mascotte. « Leur chef me disait : "Ah mon gamin, tu es un beau gosse. Tu as les cheveux blonds comme un enfant allemand". Un jour, je l'ai vu en pleine page du journal : c'était le général Rommel ! » Rommel, qui allait par la suite devenir maréchal, le père du mur de l'Atlantique. « J'ai été dans ses bras et j'ai joué avec lui : c'est quelque chose qui me paraît encore aujourd'hui complètement hallucinant ». Puis vient le renforcement des lois de Vichy, le début de l'humiliation. 60 ans plus tard, Jacques Zylbermine n'a toujours pas digéré. Surtout pas le port de l'étoile juive, qui le discriminait à l'école aux yeux de ses copains. « J'étais le seul youpin. C'était intenable ».

Prisonnier en culotte courte

Les temps sont de plus en plus difficiles pour les Juifs. Chassée par les Allemands, la famille se réfugie à Vitré, avant d'être arrêtée et envoyée à la prison de Rennes. La mère et les deux soeurs d'un côté, le père et le fils de l'autre. Le mitar, une prison dans la prison. « C'est la première fois qu'on voyait un prisonnier en culotte courte ». Jacques Zylbermine n'a que 14 ans. L'âge auquel il sera envoyé au camp d'Auschwitz-Birkenau, après trois jours de train. « Il faisait encore nuit. Les Allemands donnaient des coups de fouet sur les wagons pour créer de l'affolement. C'était réussi ». Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. « Un camion est venu chercher mes deux soeurs. Je ne les ai jamais revues depuis. Elles avaient une vingtaine d'années ». Au moment de la sélection, « par chance », il est déclaré apte au travail, contrairement aux autres enfants. Il échappe à la mort, mais pas son père. Durant deux ans, il survit aux pires conditions de travail, « obéit mécaniquement à tout ce qui est demandé ». En 1945, le camp est libéré et il sort enfin de l'enfer. Ses 16 ans, il les fête le 8 mai, jour de la victoire.

A la mémoire des petits enfants déportés.

A la mémoire des petits enfants déportés.

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Voici la plaque commémorative placée sur la façade de l'ecole Maternelle, située Rue François MIRON, dans le MARAIS.

Honte au régime de VICHY,

Et honte à la police parisienne et à son Directeur.

Vel d'Hiv : discours

Vel d'Hiv : discours

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Hommage aux victimes de la rafle du « Vel d’Hiv » à Paris
Richard PRASQUIER Président du CRIF
 
lundi 20 juillet 2009
 
Le discours de Richard Prasquier, président du CRIF, prononcé le dimanche 19 juillet à la commémoration de la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’état français et d’hommage aux « Justes de France »
 
C’est aujourd’hui la confrontation annuelle de la France avec la page la plus honteuse de son histoire nationale. Un pays se grandit quand il intègre une page de déshonneur dans son calendrier commémoratif. Il se détourne du confortable narcissisme, il se confronte à la mémoire de l’autre, il entre dans l’ascèse de l’histoire, il permet une admiration sans équivoque pour ceux qui ont agi dans le bien, les Justes, et il ouvre les possibilités d’un avenir meilleur.
 
La honte, nous devons tous l’assumer. Tous, à l’exception des victimes et des enfants de victimes, de ceux qui furent stigmatisés, pourchassés, déportés, assassinés parce qu’ils étaient Juifs, à l’exception aussi des héros, des sauveurs et des Justes. Mais pour tous les autres français, quel que soit leur âge et quelle que soit leur origine, la rafle du Vel d’Hiv et les persécutions contre les Juifs sous le régime de Vichy sont une page de la longue histoire de notre pays qu’il nous revient d’endosser.
 
De ce patrimoine commun, il émerge des symboles puissants que nous partageons. Même ceux qui comme moi, sont absolument certains que leurs ancêtres n’ont pas participé à la bataille de Bouvines ou à la prise de la Bastille doivent intégrer mentalement ces journées qui parmi d’autres "ont fait la France". Nous devons le faire parce que la citoyenneté française est -devrait être- une citoyenneté d’aspirations communes portées par les leçons d’une histoire partagée.
 
Ce qui laisse à d’autres champs d’appartenance la possibilité de se manifester, pour autant qu’ils n’entrent pas en collision avec les règles du contrat civil de notre pays. J’ai le sentiment très naturel d’appartenance au peuple Juif. C’est ce peuple, et pas une religion, qui a été diabolisé par les nazis et traqué par leurs complices de Vichy, c’est ce peuple dont Israel est le territoire historique, c’est ce peuple juif de France dont le CRIF a pour mission d’exprimer sur le plan politique les sentiments, les craintes et les indignations, dans le strict respect de la tradition républicaine nationale.
 
Les 16 et 17 juillet 1942, 13.150 juifs, dont 4.115 enfants ont été raflés par la police parisienne. Près d’ici, dans l’ancien Vel d’Hiv détruit en 1959, ont été gardés au cours de journées d’horreur les familles avec enfants, les autres étant envoyés au camp de Drancy. Pour la première fois des enfants avaient été raflés ; ils furent ultérieurement séparés de leurs mères : cet arrachement marqua la conscience populaire, et les entreprises de sauvetage des enfants dans lequel l’OSE a joué un rôle central seront le thème de cette commémoration.
 
Dans toute l’année 1942 depuis la première déportation du 27 mars à la dernière du 11 novembre, il y eut près de 42 000 juifs déportés de France, qui aboutirent à Auschwitz. 25 000 furent gazés à leur arrivée dans les deux baraques appelées maison rouge et maison blanche. 805 (2%) ont survécu. Aucun enfant parmi eux.
 
Ce que serait le sort des déportés, les hommes au pouvoir ne pouvaient l’ignorer que s’ils voulaient l’ignorer, ce qui fut fréquent. Car des informations circulaient : diffusées en Angleterre au printemps 42 elles avaient fait état de 700 000 juifs déjà assassinés en Pologne. Si on n’imaginait pas encore les gazages, on connaissait les fusillades en masse et l’épuisement et la mort dans le travail esclave. Mais on a fait silence.
 
Vichy livrait les Juifs comme du bétail aux autorités allemandes. L’indignation du pays fut grande au mois d’août 1942, puis elle s’estompa et le silence reprit : le ravitaillement, la relève bientôt le service du travail obligatoire, la résistance et la survie personnelle prenaient le pas sur la persécution des Juifs sauf auprès de ceux qu’on appela plus tard les Justes....
 
Même à Londres, il y eut beaucoup de silence. Voici un communiqué du 7 août 1942, après les premières rafles de la zone sud. "Le Comité National Français vient d’être saisi par les organisations de Résistance des mesures de déportation en masse prises par Laval contre les étrangers ou prétendus tels résidant en zone prétendument non occupée et de la profonde indignation que ces mesures suscitent dans la population entière.." Où est le mot Juif ?
 
Silence après guerre, alors que les chiffres de victimes juives du nazisme, six millions, étaient déjà connues et auraient dû susciter une horreur particulière, on enjoignait aux survivants de ne pas se mettre en avant.
 
C’étaient les temps où le philosophe chrétien Gabriel Marcel conseillait aux Juifs en 1946 de se montrer discrets sur leurs revendications.
 
Ces temps sont révolus. Il n’y a plus à faire silence.
 
Un jeune homme a été torturé puis assassiné il y a trois ans de façon horrible. Il était juif. Certains suggèrent que en dehors de l’auteur principal, et encore, l’antisémitisme n’a guère joué de rôle dans ce meurtre, que c’est un point secondaire. Nous pensons que s’il n’avait pas été juif, il n’aurait pas été enlevé et il n’aurait pas été assassiné. Est-ce un détail ?
 
Bousquet ne se considérait pas antisémite, Laval ne l’était peut-être pas non plus. Ce n’est pas une circonstance atténuante. Pendant la Shoah parmi les dizaines de milliers d’assassins, peu ont tué à cause de leur antisémitisme, mais leurs meurtres étaient antisémites. Ils agissaient par ambition,ils agissaient par lâcheté, ils agissaient par obéissance, ils agissaient par indifférence, ils agissaient par gloriole et par conformisme de groupe pour ne pas se faire considérer comme des faibles. Ils agissaient aussi parce que dans la vision du monde à laquelle ils avaient été amenés à adhérer, il y avait l’idée que les Juifs ne sont pas des êtres humains comme les autres, qu’on a le droit de tout leur faire et qu’on ne doit pas éprouver pour eux de la pitié.
 
Le préjugé antisémite arase le remords. Il autorise la férocité. Il n’est pas anodin. Il est de nouveau très présent dans nos cités. Et je pense que cette commémoration n’a pas de sens si nous n’y pensons pas aujourd’hui.
 
Un assassin, c’est aussi un homme qui aurait pu éviter d’entraîner un autre à la mort et qui ne l’a pas fait. Celui-là n’est plus un comparse passif, moins encore un spectateur impuissant.
 
Les Justes furent rares, très rares, et il y eut beaucoup de portes fermées qui provoquèrent la mort, à l’abri desquelles les indifférents sont devenus des criminels. La responsabilité est pour l’homme une charge et une grandeur.
 
Nous ne pouvons être complaisant avec elle. Nous devons expliquer, nous devons tenter de prévenir. Il faut savoir, il ne faut jamais esquiver. Il ne faut jamais justifier.

 
© Primo, 21-07-2009

La rafle du vélodrome d'hivers de Paris

La rafle du vélodrome d'hivers de Paris

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Les bus attendent les juifs pour les transporter dans des camps

Il y a soixante 68 ans les 16 et 17 juillet 1942, 13.152 juifs parisiens, dont 4.115 enfants, étaient arrêtés par la police française au cours d'une opération baptisée cyniquement "vent printanier". La plupart d'entre eux mourront à Auschwitz.

Passée dans l'histoire sous le nom de "rafle du Vélodrome d'hiver", du nom du lieu où une partie d'entre eux ont été conduits avant leur transfert vers les camps d'internement de Drancy, Beaune-la-Rolande ou Pithiviers, cette vague d'arrestations ne fut ni la première, ni la dernière. Mais elle a été la plus massive.

Les premières rafles ont eu lieu le 14 mai 1941, les dernières au printemps 1944. En tout, 76.000 juifs de France ont été déportés vers les camps nazis, dont bien peu sont revenus.

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Ils attendent dans des conditions affreuses, sans nourriture, ni boisson, et sans moyen confortable pour se reposer.

4.500 policiers, selon les chiffres généralement retenus, 7.000 selon l'écrivain Maurice Rajsfus (dans "La rafle du Vel d'hiv", Que sais-je) ont pris part à l'opération des 16 et 17 juillet organisée à la demande des autorités d'occupation, mais sans leur participation. En outre une cinquantaine d'autobus de la compagnie du métropolitain ont été réquisitionnés avec leurs conducteurs.

La rafle devait en principe concerner les seuls juifs étrangers (la déportation des juifs de nationalité française viendrait plus tard) dont une liste avait été dressée mais les autorités françaises ont pris l'initiative d'y adjoindre les enfants, et devant l'insuffisance de la "prise" (la police tablait sur 22.000 arrestations) on s'est parfois montré peu regardant sur la nationalité.

La rumeur circulait depuis quelque temps d'une telle opération parmi la population juive, mais certains pensaient qu'elle ne concernerait que les hommes comme les précédentes, d'autres ne pouvaient pas y croire, la plupart de toutes façons n'avaient pas où aller.

La circulaire du directeur de la police municipale Emile Hennequin précisait que les opérations devaient être effectuées "avec le maximum de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire". Les enfants ne devaient pas être confiés aux voisins mais emmenés en même temps que les parents.

Les célibataires et les couples sans enfants ont été conduits directement au camp de Drancy, ouvert en août 1941, en vue d'une déportation rapide vers Auschwitz, tandis que les familles étaient dans un premier temps emmenés au vélodrome d'hiver.

Elles y resteront plusieurs jours dans des conditions épouvantables, car rien n'avait été prévu pour elles, ni sanitaires, ni eau, ni nourriture, ni matelas. Les gens, qui n'avaient eu le droit d'emporter que deux bagages dont un de vivres, s'entassaient sur les gradins parmi les pleurs des enfants et les odeurs d'excréments.

La collaboration de la police française à la chasse aux juifs décidée par les nazis dans la zone d'occupation avait été facilitée par la politique résolument antisémite adoptée par le régime de Vichy dès son installation: il instituait un "statut des juifs" le 3 octobre 1940, interdisait toute une série de professions (avocat, médecin, magistrat etc.) aux juifs, créait le 29 mars 1941 un "commissariat aux questions juives"...

En zone occupée le port de l'étoile jaune avait été imposée aux juifs le 7 juin 1942. Dès lors, pour ceux qui n'avaient pas eu les moyens de fuir, ou qui n'avaient pas pu éviter de se faire recenser en octobre 1940, il n'y avait plus d'échappatoire.

source : http://images.google.be/imgres?imgurl=http://pagesperso-o...

devant de Birkenau

La plupart finirons ici, à Auschwitz

12/02/2010

La race la plus formidable

La race la plus formidable

"Certain aiment les Juifs' et d'autre non.Mais aucun homme de réflexion ne peut nier le fait  qu'ils sont, au delà de toute question, la race la plus formidable et la plus remarquable qui soit apparue dans le monde"

Winston Churchill

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De Golda Meir

De Golda Meir

GoldaMeir
"Le Pessimisme est un luxe, qu'un juif ne peut jamais se permettre."

Golda Meir
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"Je préfère les reproches aux condoléances"

Golda Meir
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"Nous aurons la paix avec les arabes que lorsqu'ils aimeront leurs enfants plus qu'ils ne nous détestent"

Golda Meir
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"Nous pouvons pardonner aux arabes de tuer nos enfants, nous ne pouvons leurs pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants"

Golda Meir

00:34 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : juifs, paix |  Facebook |

La-bas, le temps n'est pas le même que sur terre...

Là-bas, le temps n'est pas le même que sur terre...

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Là-bas, le temps n'est pas le même qu'ici sur terre...

Les habitants de cette (autre) planète n'avaient guère de noms, ils n'avaient ni parents ni enfants...

Ils respiraient selon les lois d'une toute autre nature.

Ils ne vivaient - ni ne respiraient non plus selon les lois de ce monde.

Un numéro faisait office de nom.

source: du livre "Afin que sache la jeune génération...

Shoah et mémoire à Yad Vashem

00:31 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shoah |  Facebook |

Le petit contrebandier

Le petit contrebandier


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Par-dessus le mur, à travers les trous, je passe la sentinelle,

Entre les barbelés, les ruines et les barrières,

Courageux, affamés et déterminé

Je me faufille, agile comme un chat...

Et si la main du destin

Doit me rattraper à ce jeu,

C'est comme ça,c'est la vie.

Toi,maman, ne m'attend pas...

Et il n'y aura qu'une question

Sur mes lèvres raidies :

Qui, petite maman, qui

T'apportera, demain, du pain?

Henryka Lazowert, poète assassiné à Treblinka

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L'Europe était devenue un monstre

L'Europe était devenue un monstre

C'était la douloureuse et ahurissante trahison d'une culture à laquel j'avais confié tous mes espoirs, à laquelle, je m'étais dévoué passionnément, avec une ardeur sincère.

Une trahison que j'aurais pu peut-être en partie prévoir, et qui m'apparaissait soudain avec tant de brutalité...toute l'Europe était devenue un monstre.

Albert Memmi,

00:14 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe |  Facebook |

Guilad Shalit, ne m'oubliez pas !

Guilad Shalit, ne m'oubliez pas !

Guilad_Shalit

Guilad Shalit

Je ne sais plus rien des jours,
Je ne sais plus rien des nuits;
Le temps qui passe
M´enferme dans un abîme infini.

Ce bunker a rétréci ma vie,
A la lumière du jour, il a fermé mon regard.
Des murs de ma geôle, les yeux fermés,
Je connais chaque fissure,
Chaque centimètre carré de leurs rugosités;
En moi, chaque marque de saleté, est gravée pour toujours.

Mon regard est éteint,
Il bute sur les angles fermés des murs.
Mon Dieu, pourquoi les hommes libres m ont-ils
abandonné ?

Comment vivre sans toi, Guilad ,
Fils chéri de mes entrailles ?
Deux ans que ces hommes adorateurs de la mort,
T'ont enlevé de moi, de nous, de ton pays,
Deux ans sans toi,
Et chaque instant est une éternité qui m´avale.

Dans notre maison, je vais et je viens
Sans trouver un havre de paix.
Dans ta chambre, je me refugie,
Je respire tes vêtements,
Je touche tes objets et je caresse tes cahiers.
En vain, je n en finis plus de pleurer.

Du bout de mes doigts,
Du bout de mon regard,
Je veux réveiller ta présence;
En vain, seul le vide et le silence
Me parlent de toi.
Mon Dieu, pourquoi l as-tu abandonné ?

Je ne sais plus rien des jours,
Je ne sais plus rien des nuits;
Le temps qui passe
M´enferme dans un abîme infini.

Je suis avec toi Guilad,
Toutes mes forces sont pour toi
Pas un seul instant de cette éternité qui m'épuise,
Mes pensées ne te quittent.

Il te faut tenir, Guilad
Dans la solitude et l´horreur,
En dépit de la peur,
Il te faut tenir.

Mon Dieu, nous aurais-Tu abandonné ?

Chaque instant de ma vie passée,
Je l ai revu mille fois,
Chaque parole de la vie insouciante
A résonné en moi
Mais de cette vie là je ne sais plus rien,
La mort habite mon âme.

Le monde libre ne renoncera pas à toi, Guilad
Ni la France des droits de l Homme qui t a donné le jour,
Ni Israël, ton pays que tu as défendu,
Le monde libre ne peut renoncer à toi
Il t´offrira une nouvelle vie.

Du fond de ma geôle, j entends la guerre,
Et la terre, mon cachot tremble si fort,
Qu' ils hurlent la peur au ventre;
Moi, il me semble que la mort me serait douce.

Oui, ils me terrorisent,
Mais je n ai plus de larmes à verser;
Mon Dieu, faites seulement
Qu´Israël ne m ait pas oublié!

Je ne connais pas de prières,
Je ne sais pas dire les mots,
Mais tout mon être est une prière
ET mon cœur un seul cri :
Mon Dieu, ne m oublie pas!

Rachel Franco

00:11 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel |  Facebook |

N'abandonnez jamais.

N'abandonnez jamais.

 

"N'abandonnez jamais, n'abandonnez jamais, jamais, au grand jamais, n'abandonnez jamais rien, si ce n'est pour l'honneur et le bon sens.

Ne cédez jamais à la force, ne cédez jamais à l'apparente puissance écrasante de l'ennemi"


Winston Churchill

00:04 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/02/2010

Le chant des Juifs assassinés

Le chant des Juifs assassinés. 
 
Wagons vides ! 
Vous étiez bondés à l'instant et voilà vides à nouveau. 
Qu'avez-vous fait des Juifs ? 
Que leur est-il arrivé ? 
Dix milles comptés et enfermés- et vous voici à nouveau ! 
Oh ! dites-moi, vous, wagons vides, 
Dites-moi ou étiez vous?

23:57 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wagons, juifs |  Facebook |

Le silence du monde

Le silence du monde.


déportation d'enfants juifs

Alors que nos enfants hurlaient à l’ombre des potences.

La fureur du monde n’était guère perceptible.

Puisque Tu nous as désignés entre toutes les nations

Tu nous as aimés et chéris.

 

Et lorsque nos enfants marchent vers les potences

Enfants juifs, enfants sages,

Ils savent leur sang dévalué

Et n’ont qu’un mot pour leur mère : ne regarde pas.

 

Alors que les fours se remplissent jours et nuits,

Le très saint père à Rome

Ne quitta son palais, crucifix en tête

Pour assister ne fut-ce qu’un jour à ce pogrom.

 

Y assister, une fois : « Je suis là, je suis avec vous »

Là où l’enfant innocent, là où l’agneau sacrifié est

chaque jour renouvelé :

L’enfant anonyme d’un Juif.

Nathan Alterman, De tous les peuples, 1942

23:54 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les Juifs et leurs terre.

Les Juifs et leurs terre

« Les Juifs n’ont d’autre issue que de retourner à leur peuple et ils ne pourront trouver leur salut qu’en s’établissant sur leur propre terre. »

Théodore Herzl

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Les livres et les hommes

Les livres et les hommes

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"Là ou on brûle des livres, on fini par brûler des hommes"

  Heinrich Heine

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Qu'est l'antisionisme ?

Qu'est l'antisionisme ?

4-avril-1968-martin-luther-king

"Qu'est l'antisionisme ?
C'est le désir du peuple juif d'un droit fondamental,
C'est de la discrimination envers les juifs.
En un mot, c'est de l'antisémitisme

Martin Luther King- 1967

23:44 Écrit par dorcas dans Poèmes-Citations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : juifs |  Facebook |

07/02/2010

Les médecins de l'impossible

Les médecins de l'impossible

De Christian Bernadac

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Le block 7 d'Auschwitz

Le docteur Désiré Haffner a bien connu le Block. 7 à Auschwitz

« Les descriptions qui nous restent des hospices du moyen Age auraient paru un rêve merveilleux à ces malheureux. Tout autour du block se dégageait une odeur lourde, de diarrhéique, de cadavre, de vermine.  Dans la cour, des centaines de cadavres et d’agonisant sur lesquels, il fallait marcher pour entrer dans le block. Là, plus de mille malades entassés dans des conditions indescriptibles, donnaient l’impression d’une véritable cour des miracles. L’atmosphère chargée de toute une série d’odeurs nauséabondes, était presque  irrespirable. Aucun classement par maladie : dans la même niche voisinaient un phlegmon et un typhus exanthématique, un œdème par carence et un pneumonique. Aucun médicament n’était distribué, et des coups jusqu’à la dernière minute. Les rations alimentaires étaient très réduites : le tiers ou le quart de la ration normal, car le vol prenant dans ce block des proportions scandaleuses. Une souffrance supplémentaire était encore imposée à ces hommes exténués et malades : la soif, le supplice atroce pour ces fiévreux à 40°. Une souffrance morale s’ajoutait à cette souffrance physique : l’attente des voitures qui devaient les conduire aux chambres à gaz. »

 Extrait du livre : page 389

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Cette fois, c’est notre tour.

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Cette fois, c’est notre tour. Cette fois, ils s’arrêtent devant la porte. Nos dents claquent, nos nerfs sont tendus à craquer. Les camions ont stoppé devant notre block. La porte s’ouvre toute grande. Une bande de SS se rue avec fracas à l’intérieur.

La Blokowa avait placé son personnel aux portes pour faire sortir les malades de leur lit. Une bataille commence. Il y en a qui sortent dociles, résignées, le regard absent, mais d’autres se couvrent la tête de leur couverture et ne bougent pas, ou bien s’enfoncent dans leur paillasse. D’autre encore courent comme des  bêtes traquées à la recherche d’un abri. Les SS nous poussent à la  besogne, mais sont obligés de mettre eux-mêmes la main à la pâte et de traîner les victimes devant la secrétaire du block qui, liste en main, contrôle minutieusement le matricule sur le bras, tout en les comptant. Le SS responsable se tient à ses côtés avec une copie de la même liste et compte également. Une porte du block étant condamnée pour la circonstance, les femmes sont poussées dans la direction de l’unique sortie qui aboutit dans un vestibule d’où les SS et leurs aident les chargent sur des camions comme du linge sale. Arrivées près du vestibule, certaines se débattent encore, opposant une ultime résistance. Les SS frappent. Parmi les cris de douleurs, on entend des femmes lancer aux infirmières des adieux et des messages pour leurs parents et amis.

Le block se vide. Les dernières victimes qui gisent à terre, dans les passages entre les gravats et le poêle, sont traînées par les SS vers la porte. Mais le compte n’y est pas. Quatre numéros manquent. Les SS nous harcèlent : «Los, los, schneller ! » D’abord en menaçant que si nous ne les trouvons pas, ils en prendront quatre parmi nous. Ensuite par des promesses. C’est Tauber qui nous réunit pour nous annoncer que celle qui les trouvera aura du « zulage » ( une ration supplémentaire de pain et de saucisson). Mais, encore une fois, ils sont obligés de grimper eux-mêmes sur les grabats supérieurs où ils trouvent trois femmes enfouies dans la paille de leur paillasse. Ils les en sortent avec sauvagerie, en les rouant de coups. Elles tombent à peu près mortes. On les emporte sur le camion. Il en manque toujours une. Les SS s’impatientent. Ils en ont visiblement assez de ce « jeu ». Ils décident de faire partir le dernier camion. Auparavant, ils s’adressent à la secrétaire : « Si demain ton « schmuck-stück » n’est pas retrouvée, c’est toi qui iras à sa place. » La secrétaire est blême.

Les SS partis, nos nerfs lâchent. Une se trouve mal, une autre a un accès de spasmes. Quelques-unes parmi nous s’enfuient du block comme des folles. Nous  ne savons plus si ce que nous venons de vivre était  réel ou si nous avons rêvé un cauchemar d’enfer. Et brusquement, la malade introuvable, sortie, mais d’où ? Se trouve parmi nous.  La secrétaire et la blokowa l’assaillent. La secrétaire lui lance ce reproche : « Comment as-tu osé mettre ma vie en danger ? » La pauvre gosse, une vingtaine d’années, tremble de tous ses membres et sanglote. Elle tremble encore quand, enveloppée dans un tas de couvertures désormais inutilisées, nous la couchons sur un grabat. Le lendemain, nous l’avons trouvée sur sa couche, morte d’émotion et d’épuisement.

Extrait du livre : page :376 ( Auschwitz : la solution finale)

00:07 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : auschwitz, ss |  Facebook |

06/02/2010

Les médecins maudits

Les médecins maudits

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A Dachau, dans une piscine où flottent des pains de glace, des déportés attendent que le froid les tue, sous le regard vigilant de scientifiques qui mesurent leur temps de survie. A Auschwitz, Mengele fait étudier in vivo les secrets de la gémellité, afin que les femmes du IIIème Reich donnent deux fois plus d'enfants à leur Führer. Ailleurs on brûle les détenus ou on leur tire dessus pour découvrir comment mieux soigner les soldats allemands victimes de bombes ou de balles. A Buchenwald, Mauthausen et Ravensbrück, des vaccins approximatifs sont testés, inoculant le typhus, le choléra ou la tuberculose plus souvent qu'ils n'en prémunissent. Dans tous les camps de concentration, des médecins, des professeurs d'université choisis par Himmler et encouragés par Hitler pratiquent sur le matériel humain voué à l'extermination des expériences atroces. Christian Bernadac a retrouvé certains des survivants de cette barbarie, marqués à jamais par l'épreuve et les souvenirs. Leur témoignage, et le dépouillement d'archives pour la plupart inédites, lui ont permis de retracer la monstrueuse histoire de ces essais thérapeutiques d'évoquer la souffrance et la mort des cobayes sacrifiés, et de nous remettre en mémoire l'un des chapitres les plus immondes de la Seconde Guerre mondiale.

La stérilisation sur les jeunes filles.

Extrait du livre

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Une des expériences les plus lamentables fut la stérilisation par les rayons X de toutes les jeunes filles de seize à dix-huit ans. Des frêles créatures délicates, dont les souffrances révoltaient… Les petites revenaient le soir dans un état effrayant. Elles  vomissaient sans cesse et se plaignaient de douleurs abdominales atroces. Nombreuses furent celles qui durent s’aliter durant des semaines et même des mois. Nombreuses furent celles atteintes de brûlures radiologiques dort étendues nécessitant des pansements de longue durée.

 Il faudrait aussi parler des petites bohémiennes de Ravensbrück, des fillettes dont on ne peut pas oublier la vue, par terre dans les corridors du revier, se tordant de douleur après la stérilisation. Car les « essais » des « savants » portaient aussi sur des enfants. Une déportée Gustawa Winkowska demanda au docteur Treinte, spécialiste de ces stérilisations : Pourquoi aussi sur eux ? Il fait les stériliser très jeunes car ils sont capables d’avoir des enfants à treize ans.


Kommandos de femmes

Kommandos de femmes

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Poursuivant son hallucinante enquête sur les camps de la mort, Christian Bernadac aborde avec "Les mannequins nus", le premier dossier d'une nouvelle série consacré aux camps de femmes.

On ignore en général que l'enceinte d'Auschwitz abritait, à l'ombre des fours crématoires, un immense camp de femme, un camp où chaque déportées, dépouillées de cette enveloppe qui la rattachait à son passé, est précipitée dans un monde qu'elle est incapable de comprendre ou d'imaginer.

Nue, elle n'a que quelques jours pour se fondre dans la masse, pour réaliser l'amalgame, pour n'être plus qu'un numéro matricule d'une série, d'un block, d'un commendo.

Elle devient un mannequin nu, un objet.

Ces femmes d'Auschwitz ont connu la pire existence concentrationnaire, mais elles ont comme les hommes, peut-être mieux, s'organiser, s'entraider, résister.

Beaucoup malgrè la hiérarchie sans cesse préoccupée de trancher les franges de la masse, sont sorties de ce "troupeau de choses" pour ébranler le système.

Recherchant et retrouvant documents et témoignages inédits, Christian Bernadac retrace ces miracles quotidiens de la survie et de l'espoir.

Peu à peu, de cet enchevêtrement de crânes tondus, émergent les visages paisibles du refus...

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extrait du livre

Ce matin ce fut le drame, un drame atroce.

unsslacheseschienssurunjuif 

Un SS, lâche ces chiens sur un juif

Nos gardiens ont lâchés leurs chiens sous prétexte de nous faire sortir plus vite de la baraque.

J’aime les bêtes en particulier les chiens que je n’ais jamais craint ; à cet instant je connais la peur panique, une peur qui prend au ventre et qui paralyse. Une des bêtes fonçait sur moi. C’est une des bêtes puissante, solide sur pattes, au pelage fauve. Dans un éclair, je vis la gueule ouverte. Ses babines retroussées laissaient voir des crocs luisants, prêts à déchirer. Ses oreilles bien droites pointaient ; ses yeux semblables à deux billes en jais, lançaient des éclairs de fureurs ; sa langue pendait.

La bête respirait la force et les jarrets musclés, dans l’effort, entrainaient son corps par bond successifs. J’entendais son souffle rauque et saccadé. Un peu d’écume recouvrait ses flancs et son poitrail d’un beige clair. La peur, cette peur contre laquelle on ne peut vraiment rien, me clouait au sol ; c’est peut-être grâce à elle que je fus sauvée de l’inévitable. J’avais entendu dire que lorsque un chien furieux attaque, il faut éviter de bouger et encore moins fuir.

J’étais donc là, face au chien, immobile, le fixant dans les yeux ; la bête à un mètre, les pattes avant raides, l’arrière)train baissé, prête à bondir sur moi, était à l’arrêt. Un filet de bave allait se perdre dans ses poils. Intensément, nous nous fixions. Qui, de la bête ou de moi allait céder ? Je savais qu’il me fallait tenir, je le voulais de toutes mes forces, autrement elle se jetterait sur moi.

C’est le chien qui, un instant, fut distrait de sa garde vigilante. Une femme « paniquée » se sauva derrière moi en courant. Les sens toujours en alerte la bête ne fit qu’un bond, me frôla et retomba lourdement sur sa victime qui s’affala et retomba lourdement sur sa victime qui s’affala comme un sac de son. Les pattes puissantes aux griffes pointues lacérèrent la pauvre robe rayée, les crocs blancs cherchèrent la gorge.

La femme à terre, se protégeant le visage de ses bras, hurlait d’épouvante et de douleur ; le chien excité par l’odeur du sang était comme fou ; un bruit de chair déchiquetée, d’os brisé mit le comble à sa sauvagerie.

Impuissante devant ce drame atroce, j’assistais à l’agonie de cette malheureuse. Que cela cesse ! Que ce cauchemar finisse ! Qu’il rappelle sa bête.

Le chien tenant dans sa gueule un des bras de la femme la secouait de droite à gauche pareille à une poupée de chiffon.

Soudain un coup de sifflet strident stoppa net les élans du chien qui, à regret, un lambeau d’étoffe accroché à une dent, abandonna la femme toute sanglante et s’assit, en chien bien dressé, attendant les ordres de  son maître. Le soldat allemand partit enfin, la bête sur  ses talons. Un silence lourd d’horreur plana devant la baraque entrecoupé seulement des plaintes et des sanglots de la femme  blessée que nous n’avions pas le droit de secourir…

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Ce qui fut le pire:

la peur

Ce ne fut pas le froid, si cruel, dont la seule pensée faisait pâlir les plus courageuses, le matin avant l’appel.

Ce ne fut pas la faim, compagne inséparable de toutes les heures, inspiratrice de nos rêves et sujet de nos conversations.

Ce ne fut pas le travail, pic si lourd entre nos mains affaiblies ou longues heures de la nuit, debout, devant  une machine.

Ce ne fut pas la saleté, celle de la voisine et la sienne. On s’habitue à sentir courir sur son corps des centaines de poux, à l’odeur de la dysenterie, à la laideur, aux coups…

Mais le pire, ce fut de voir mourir ses camarades. L’une après l’autre, elles prenaient ce visage à la fois creusés et bouffi, qui vous faisait penser : « elle n’en a plus pour longtemps » Et un matin, dans la salle où nous couchions, huit cents entassées, sur la terre battue, nous trouvions près de nous un corps déjà froid. Si grande était notre faiblesse que la mort était douce, et facile le passage hors de cette humanité dont nous semblions déjà rayées.  Nous évoquions alors les journées  passées avec la morte, les beaux projets communs, les petits enfants dont elle parlait souvent, ou la vieille maman qui  attendait en France, si loin… Et nous frissonnions à cause de tous ces rêves vains, à cause de ces espoirs déçus, et aussi, un peu sans nous l’avouer, parce que nous avions peur d’être un jour ce pauvre cadavre dont le bras dépasserait sous le morceau de toile à sac, dans la charrette où l’emmènerait quelque part en forêt, une équipe de Polonaises bavardes et inconscientes. Nous nous sentions un peu plus seules, un peu plus abandonnées…

Ce qui fut pire c’est de pensée à Madeleine, mon amie, que je croyais brûlée vive au revier, ou à Valentine, notre petite sœur d’adoption qui s’en alla doucement, sans faire de bruit, modeste et effacée jusqu’au dernier moment.

Ce qui fut pire, ce fut d’épier sur le visage amaigrie de ma sœur les signe de la mort, de la voir tomber évanouie près de moi pendant les appels, d’imaginer le retour à la maison sans elle, le chagrin de maman.

Rechlin, tombeau de mes camarades…Je ne pourrai  jamais entendre ce nom sans frémir d’horreur.


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05/02/2010

Afin que sache la jeune génération

Afin que sache la jeune génération

Afin que sache la jeune génération

 

Ceci est  un livre assez large avec beaucoup d'illustrations et d'explication, il a 325 pages
Je vous le conseille, il est très instructif sur la Shoah pour que personne n'oublie les atrocités que les juifs, les gitans et d'autres encore ont subit par la barbarie nazis sous le commandement d'Hitler.
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Depuis plus de 50 ans, Yad Vashem est un lieu de préservation de la mémoire universelle, un pont entre le monde détruit et la vie renaissante. Le nouveau musée inauguré en Mars 2005 est un pas de plus dans l'édification de la mémoire, du rôle éducatif de Yad Vashem et de son vaste fonds de connaissance.

« Afin que sache la jeune génération » est édité grâce à la région Ile de France. Ce livre en français est avant tout un splendide et émouvant album de photos, de documents, de reproductions d'œuvres d'art et de dessins. Un ouvrage de très haute qualité que même, et surtout, les jeunes peuvent feuilleter pour commencer à aborder cette partie de l'histoire ô combien douloureuse. Cet album est un véritable vecteur pédagogique et en même temps un livre témoin pour ne pas oublier.

Préfacé par le directeur de Yad Vashem, Avner Shalev, le livre invite le lecteur à dérouler les événements historiques de la Shoah : la création de Yad Vashem, le nouveau musée, le monde juif avant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie et les Juifs de 1933 à 1939, le déclenchement de la guerre et des violences anti-juives, les ghettos, la Solution finale, la déportation et l'extermination dans les camps de la mort, la Résistance et le sauvetage, le monde des camps, la libération des camps, les personnes déplacées et la création de l'Etat d'Israël, les Justes, le souvenir de la Shoah à Yad Vashem.

Pour acquérir cet ouvrage :

Comité français pour Yad Vashem : 01 47 20 99 57

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Extrait du livre

Témoignage de l'unique survivant de Belzec

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"Des Juifs et uniquement des Juifs arrivaient à Belzec...ils devaient se déshabiller, laisser leurs affaires dans la cour...Un instant plus tard les petits étaient arrachés à leurs mères, les vieux et les malades étaient jetés sur des brancards, les hommes et les petites filles poussés avec des crosses de fusils, encore et encore vers le chemin bordé de murs qui menait directement vers les chambres...Je pourrais dire précisément à quel moment chacun comprenait ce qui l'attendait...Nous trainions les corps de ces gens qui étaient encore en vie un instant auparavant hors des chambres à gaz; Nous utilisions des lanières de cuir pour les tirer jusqu'au immenses fosses communes qui les attendaient, et l'orchestre jouait tout le temps.Il jouait du matin au soir..."

moignage de Rudolphe Reder, unique survivant de Belzec

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La famille Ovitz

 nains

Shimshon Eizik Ovitz et sa femme ainsi que leurs dix enfants furent déportés de Marmarossziget          (Transylvanie) vers  Auschwitz.

Parmi leurs dix enfants, sept étaient nains. Avant la guerre, la famille Ovitz, amateurs de musique, avait monté un groupe dénommé « Lilliput » qui se produisait en Europe de l’Est.

En 1944, ils furent déportés à Auschwitz et devinrent les objets d’expériences médicales du Dr Josef Mengele. Après leur libération, ils retournèrent dans leur ville natale afin d’y monter à nouveau un groupe musicale.

Ils retrouvèrent les instruments miniatures qu’ils avaient cachés avant leur déportation et fondèrent une nouvelle troupe.