10/03/2010

La Shoah oubliée en Europe de l’Est

La Shoah oubliée en Europe de l’Est
 
La mémoire de la Shoah est enseignée en Allemagne et en Europe occidentale. Tout le monde trouve normal que les programmes d’histoire consacrent des chapitres à l'explication de la Shoah aux nouvelles générations. En revanche, c’est dans certains pays d’Europe de l’est, où la plupart des massacres ont eu lieu en dehors des camps, que le passé est le plus occulté, non sans visée politique. Parmi ces pays, la Roumanie et la Moldavie. Pour lutter contre cette dangereuse tendance, une association moldave érige des monuments à la mémoire des Juifs roumains massacrés, et oubliés.

Une petite association à but non-lucratif du nom de 'Nemurire' en Moldavie fait renaître la mémoire de l’Holocauste dans ce petit coin d’Europe orientale où elle est menacée d’être oubliée.

'Nemurire' a été lancée par un historien local, Iurie Zargocha, et est à l’origine de l’installation d’un certain nombre de monuments dans toute la campagne du nord de la Moldavie. Ils commémorent les chemins où se tinrent des marches de la mort, ainsi que les charniers témoignant des massacres de Juifs en masse pendant la Seconde Guerre Mondiale.

La Roumanie, et la Moldavie, indépendante de la Roumanie depuis, ont tant souffert depuis 1945 (cf. les régimes communistes) que l’on discute rarement de l’Holocauste.
Toutefois il convient de rappeler que la Roumanie était alliée à l’Allemagne nazie pendant la guerre. Quand les Allemands sont passés par la Roumanie pour envahir la Russie en 1941, la Roumanie a profité de cette « aubaine » pour se débarrasser de ses Juifs.

Elle les a « transféré » de l’autre côté de la rivière Dniester, qui sépare aujourd’hui la partie roumaine et slave (la Transnistrie) de la Moldavie. Cette politique d’épuration ethnique est un des épisodes les moins commémorés et rappelés de la Shoah.

Il est vrai que les Roumains n’avaient pas eu à attendre Hitler avant de se débarrasser de la population juive. Avec le dictateur Ion Antonescu à la tête du pays, les soldats agissaient en toute impunité en son nom, massacrant et torturant des Juifs de leur propre initiative parfois.

Le dictateur s’était maintes fois prononcé en faveur d’une « expulsion des Juifs de Bessarabie et de Bucovine (ce qui correspond aujourd’hui à la Moldavie) de l’autre côté de la frontière. « Ces gens-là n’ont rien à faire ici et il m’importe peu que l’histoire nous juge comme des barbares » avait –il dit.

Le résultat de cette politique fut une longue série de marches de la mort derrière la ligne de front des armées allemandes et roumaines. Le nombre de morts et de déportés est quasiment impossible à établir. Néanmoins un rapport du gouvernement en 2004 estime ce nombre entre 280 000 et 380 000.

La Shoah était un sujet tabou dans la Roumanie d’après guerre. Les Juifs n’étaient pas considérés comme les principales victimes de la barbarie nazie.
Les communistes l’étaient, et dans les livres d’histoire soviétiques, c’étaient eux qui avaient aidé l’URSS à refouler les Allemands d’Europe centrale et orientale.

Toute une génération de Roumains a été élevée dans le déni, pensant que leurs parents étaient des héros pour avoir participer à la grande guerre de l’URSS contre Hitler.

« Ces petits pays ne se sentent pas responsables » explique Judit Miklos, une Roumaine vivant à Berlin, en parlant de l’Europe de l’Est. « Ils étaient du côté des victimes (de l’histoire, cf. les régimes dictatoriaux communistes d’après-guerre).
Les petits pays sont toujours très complexés, et ils utilisent ce complexe comme une excuse selon laquelle ils n’étaient que les pions des grandes puissances ».

Parlant plus précisément de la Moldavie, Amy Dunayevich, une volontaire américaine qui a aidé 'Nemurire' à ériger 5 monuments cette année, enfonce le clou : « Ce pays entier a un complexe victimaire. Ils étaient les victimes de l’Union Soviétique ».

En ce qui concerne la Roumanie, un rapport en 2004 sur ces crimes commis pendant la dernière guerre a marqué une étape décisive pour se détacher du déni permanent. Ce rapport a porté ses fruits, et le 9 octobre de la même année, le pays a instauré son tout premier jour de commémoration de la Shoah. 

Par Maximilian Archanbald : Guysen International News

21:47 Écrit par dorcas dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shoah, guerre |  Facebook |

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