01/09/2010

Récit de 9 mois à Auschwitz

Récit de 9 mois à Auschwitz

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François Malamet (zl) avait accepté de partager ses terribles souvenirs de déportation et de ses 9 mois passés à Auschwitz, après avoir refusé durant des années de témoigner.

"Mes parents venant de Pologne au début de 14-18 s’étaient innocemment installés à Nuremberg, à l'importante communauté orthodoxe. J’y naquis peu avant le «putsch» raté d’Hitler en 1923. Déjà on pouvait assister aux escarmouches entre hitlériens et gens de gauche. Je me souviens encore d’un retour de Choule un vendredi soir quand un Nazi fit un croche pied à mon père en l’insultant, à partir de quoi on n'y alla plus qu'en groupe.

 

A Strasbourg
 
En 1924, avec intelligence de la situation, mes parents se résolurent à une nouvelle transplantation à Strasbourg à la solide Communauté juive dont la Choule était rue de la Nuée Bleue, au centre. Sans écoles juives, nous fréquentions l’école publique, un fort enseignement Juif au ‘heder et les excellents cours de Talmud du Rav Wasserman zl. Je développais un sionisme actif en fréquentant le Mizra'hi.
 
Après les événements en Allemagne, vers 33, je me destinais à émigrer en Israël en apprenant un métier adapté : les travaux d’installations sanitaires. Notre groupe s’était vu confronté à une opposition collective des familles ignorant les nombreuses manifestations d’antisémitisme d’influence allemande. En ville, on pouvait entendre les discours hystériques Nazis déversés par les radios. Insultes et quolibets fréquents exprimaient un regret de l’Allemagne occupante et d’une fascination pour son ultra-nationalisme rampant.
 
La guerre et les rafles
 

Très vite, l’Alsace-Lorraine fut évacuée via les Vosges et pour notre famille vers Limoges. Du fait des difficultés à obtenir la nationalité française, ma volonté de m’engager dans l’Armée combattantetrouva finalement une proposition du corps d’Armée volontaire de Polonais à Coëtquidan. J’y arrivai peu avant la débâcle et trop tard ! Ma tentative d’embarquement vers Londres aussi mise en échec, je dus me résoudre à regagner Limoges. Les stress répétés avaient eu raison de la santé de ma regrettée mère zl décédée en 1942. La police française arrêtait les juifs : mon frère fut déporté en 42 et mon père fut libéré par une intervention miraculeuse du Grand Rabbin Deutsch (arrêté peu après).

Je décidai de rejoindre Grenoble occupée par les Italiens sans savoir que jeme jetai dans la gueule du loup quand je louai un appartement à Jean Barbier… que j’ignorais être le N°2 de la Milice locale et leader du PPF ! Ce sinistre personnage fut avec Francis André et d’autres un collaborateur ultra-zélé de la Gestapo en dénonçant et torturant Juifs et maquisards, résistants et communistes. Peu après, Barbier me dénonça à la Gestapo.
 
Drancy, puis l’enfer d’Auschwitz
 

Dans un train de la SNCF, gardé par des policiers français, je fus avec d’autres innocents, la plupart Juifs, conduit au camp de Drancy. Les autorités françaises ne pouvaient se faire aucune illusion sur le sort qui nous attendait car, depuis la fin des années 30, on savait ce que les allemands avaient perpétré à Dachau et ailleurs : leur unique dessein, l’extermination des juifs. J’avais informé mon père de ma déportation par une lettre jetée par les fenêtres du train et arrivée miraculeusement à destination. De Drancy à Auschwitz, le voyage durait 3 jours dans des conditions épouvantables.

Je restais 9 mois dans l’enfer d’Auschwitz, voyant périr la plupart de mes codétenus. Je survivais grâce à des miracles répétés, une résistance physique arrivée à ses limites à la fin quand j’étais «musulmanisé » par la faim et le froid.
 
Ma pratique des sanitaire que j’avais apprise pour mon Alya me permit de repousser le moment où je devenais inutile et donc bon à gazer. Il m’était difficile d’avaler le peu de pitance calorique qu’on nous laissait sous forme de mélange d’eau et d’huile.
 
Je passais régulièrement les terribles « sélections » qui décidaient de qui vivrait et qui mourrait au cours desquelles, la nuit, déshabillé dans le froid glacial de l’hiver polonais, je courais sans m’attarder pour cacher mon piteux état. Les coups violents distribués sans raison pour le plaisir des kapos et nazis étaient notre lot quotidien.
 
Il fallait survivre dans l’enfer, tenir dans le froid et la faim extrêmes, respirer l’odeur des cendres que les cheminées répandaient nuit et jour, côtoyer le royaume d’Ubu et de Satan au quotidien. Vers la fin, le bruit des combats se précisait, les Allemands commençaient à se préoccuper de leur sort ultérieur. Leur fuite les empêcha de de détruire les crématoires, preuves de leurs exactions, avant de fusiller les invalides qui ne pourraient faire « la marche de la mort ».
 
La réconciliation sur le dos des Juifs
 
Avec un immense espoir, avons-nous vu débarquer l’armée russe le 27 janvier 1945. Nombre de mes compagnons ne survécurent pas à une réalimentation trop rapide malgré les consignes, la faim l’emportant sur toute réflexion. Les cadavres de ces affamés jonchaient le sol, ultime spectacle de désolation ! Je fus soigné dans un hôpital de Bucarest jusqu’en mai 45 par le Joint. Mon frère déporté avait péri à Maidanek ; mes deux autres frères avaient échappé à de nombreuses rafles et survécurent à la guerre. Mon père se retira dans une maison de retraite en Israël à Kiriat Sanz.
 
La plupart des miliciens s’étaient enfuis, les autres furent pour la plupart vite graciés : la réconciliation nationale, souvent sur le dos des juifs, avait alors priorité sur la justice.
 
Survivre pour bâtir une famille et honorer D.ieu
 
J’eus le bonheur de rencontrer ma chère épouse dans un Chidou’h. Nos filles jumelles se sont installées à Amsterdam et nous donnant une nombreuse descendance ; nos petits-enfants mariés en Israël nous gratifient de 5 arrière-petits-enfants.
 
Notre foi & pratique sont restées intactes comme pour tous les nôtres – je suis notamment fier de mes deux gendres dont l’un dirige un gros ‘heder de 300 élèves et l’autre est Roch Kollel Yechiva à Lyon en transit chaque semaine vers Amsterdam où demeure sa famille. C’est pour eux tous que je témoigne car ils sont probablement la raison principale qui fait que D., Saint Béni Soit-Il, m’a permis de survivre dans l’enfer d’Auschwitz.
source : http://www.juif.org/le-mag/332,recit-de-9-mois-a-auschwitz.php

22:01 Écrit par dorcas dans Camp Auschwitz, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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