29/09/2010

Une pousse du marronnier d'Anne Frank plantée à Montréal

Une pousse du marronnier d'Anne Frank plantée à Montréal

Une bouture du marronnier que l'adolescente juive Anne Frank observait depuis sa cachette à Amsterdam et qu'elle avait décrit dans son journal avant d'être déportée en 1944, a été plantée lundi 27 septembre à Montréal. L'arbrisseau, d'une vingtaine de centimètre de haut, a été mis en terre dans le jardin du Centre commémoratif de l'Holocauste de la métropole québécoise, l'une des douze cités nord-américaines devant recevoir un extrait du célèbre arbre. Un autre rejeton du marronnier d'Anne Frank doit notamment être planté à Washington, dans le jardin de la Maison Blanche.

   
Une bouture du marronnier qu'Anne Frank avait décrit dans son journal a été plantée lundi 27 septembre à Montréal.

 Montréal est l'unique ville canadienne à recevoir une telle bouture. "Il s'agit là d'un grand honneur pour nous puisque peu de villes au monde recevront un tel arbrisseau", a déclaré dans un communiqué Michael Vineberg, philanthrope montréalais à l'origine du projet. "Le choix prend tout son sens", a-t-il ajouté, du fait que Montréal a accueilli le troisième contingent de survivants de l'Holocauste, après Israël et New York.
 
Anne Frank avait évoqué le marronnier à plusieurs reprises dans son journal, l'un des ouvrages les plus lus au monde, rédigé alors qu'elle se cachait des nazis avec sa famille durant la seconde guerre mondiale, dans une annexe située à l'arrière des locaux de la société de son père. Les membres de la famille Frank et les quatre autres Juifs qui les avaient rejoints dans leur cachette avaient été dénoncés et arrêtés le 4 août 1944 puis envoyés dans des camps de concentration. Anne Frank est morte en 1945 au camp de Bergen-Belsen (nord de l'Allemagne).  
 
   
Le marronnier, qui mesurait plus de 20 mètres de haut, en 2007 à Amsterdam.
   
Le marronnier, qui mesurait plus de 20 mètres de haut, était âgé de cent soixante à cent quatre-vingts ans lorsqu'il est tombé à la fin août par des bourrasques de vent. Mais, comme "cela faisait plusieurs années que l'on savait que l'arbre était malade", il avait déjà été prévu de distribuer douze boutures en Amérique du Nord, a déclaré à l'AFP la porte-parole du Centre commémoratif de l'Holocauste de Montréal, Audrey Licop.
source : http://www.juif.org/go-news-138127.php

14/09/2010

Yom Kippour dans les camps de concentrations

Yom Kippour dans les camps de concentrations

Rabbi Israël Spira , le Rabbi de Bluzhev était Rav de Prochnik, en Pologne, jusqu'à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Il a livré quelques-uns uns de ses souvenirs au Jewish Observer de Juin 1978.



di0036-rav-spira.jpgCela se passe dans le camp de travail de Lemberg Yanowsky, quelques jours avant Yom Kippour. Comme ailleurs, dans les autres ghettos et camps de travail, les tortionnaires nazis avaient choisi des juifs pour surveiller les travailleurs juifs et les pressuriser jusqu'à leur ultime souffle.

Le chef surveillant à Lemberg, était un juif nommé Schneeweiss, dont la cruauté n'avait d'égal que la haine que lui rendaient ses frères. Comme ses semblables à la botte des nazis, son plaisir avide de satisfaire ses maîtres pour en tirer quelques croûtons de pain supplémentaires ou quelques jours de vie de plus, le menait à être encore plus cruel qu'eux-mêmes. Les nazis quant à eux se délectaient de ces juifs qui opprimaient d'autres juifs.

Yom Kippour arrivait. Certes on pouvait s'arranger avec le jeune. Il était clair que jeûner représentait un risque fatal, les rations quotidiennes suffisant à peine à nourrir les travailleurs. D'ailleurs les Rabbins consultés sur le sujet étaient unanimes: "La Torah ordonne de manger dans de telles conditions, et interdit de prendre le risque de mourir de sous nutrition. Nous n'avons pas le droit de hâter la mort, même si nous sommes trop petits pour comprendre le sens de notre vie dans de telles conditions".

Malgré ceci il y avait quelques entêtés pour qui un jeune de Kippour, une paire de Tefiline, un morceau de Matsah ou une sonnerie de Choffar, quelques gouttes d'huile pour allumer une lampe de Hannoucah, un Minyan … valaient suffisamment pour risquer de prendre une balle, ou simplement une bastonnade.

Ils étaient regroupés autour de leur chef spirituel dans le camp Yanowski de Lemberg. "Rav Spira, Yom Kippour arrive. Qu'allons nous faire, Comment est ce possible de le profaner et de travailler ce saint jour comme un autre jour?"

Le Rabbi était toujours ému de voir le courage de ses juifs. Il leur promit de faire quelque chose. Il partit à la rencontre de Schneeweiss. "Monsieur le Surveillant Chef, vous savez certainement que Kippour approche. Je suis Rabbin, et il m'importe de respecter ce saint jour. Un groupe de mes disciples est avec moi. Nous ne vous demandons pas de nous exempter de travail, mais de nous donner un travail qui ne soit pas une transgression des interdictions de travailler de ce jour. Nous sommes prêts à faire plus de travail les jours suivants pour que les quotas soient respectés."

 

di0036-tefiline.jpg

A vrai dire, parler ainsi à Schneeweiss était déjà un acte de courage, car il était bien peu ami des juifs pratiquants, et avait de plus un pouvoir de vie ou de mort sur ses travailleurs. Il aurait pu utiliser cette demande comme un acte de rébellion, et se faire valoir un peu plus aux yeux de ses maîtres, en dénonçant "la paresse des rabbins qui cherchent tous les moyens de saper la victoire de la race supérieure avec des prétextes fallacieux".

Prière de Kippour dans l'un des camps de la mortSchneeweiss laissa entendre qu'il réfléchirait. Le lendemain, il fit savoir au Rabbi qu'il était disposé à laisser un nombre restreint de travailleurs nettoyer les appartements des officiers du camp.

Mais en aucun cas il ne les défendrait si les allemands s'apercevaient de quoi que ce soit. Dans tous les cas, il ne devait pas rester un grain de poussière à la fin de la journée, sous peine de…

C'est donc un office de Kippour inhabituel que dirigea le Rabbi de Bluzhev cette année là, avec quatorze disciples. Il était debout sur un rebord de fenêtre, nettoyant les vitres, tandis que les élèves balayaient, époussetaient, mettaient de l'ordre. Ceci en récitant les prières du jour comme s'il était le chantre devant toute la communauté. A midi, le chariot du repas fut apporté. Nul n'y prêta attention, tant ils étaient occupés à prier - ou à balayer.

Lorsque les Allemandsvinrent contrôler le travail de leurs hommes de ménage de ce jour, tout fut excellent. Jusqu'au moment où ils tombèrent sur le chariot. "Juifs, bouffez ça tout de suite!"

Rabbi Spira se dirigea vers les officiers et leur expliqua qu'aujourd'hui c'est le saint Jour de Kippour, qu'ils ont travaillé loyalement malgré ceci, que le travail a été très bien fait, et qu'ils demandent à être dispensés de manger puisque leur loi le leur interdit, et que ceci ne les empêchera pas de poursuivre leur travail dans les meilleures conditions. Les officiers étaient furieux. Ils firent venir Schneeweiss. Le surveillant Chef s'approcha en tremblant. "Ces chiens de juifs refusent de manger. Occupe-toi d'eux. On revient dans deux heures, et s'ils n'ont pas mangé, on te descend."

 
Juifs humiliés à l'interieur de la synagogue de Baden-BadenSchneeweiss se redressa, ouvrit sa chemise et leur répondit: "Je n'ai pas l'intention de les forcer à manger. Moi-même je jeune aujourd'hui. Si vous voulez me tuer, tuez-moi tout de suite." Un allemand sortit son arme, mais Schneeweiss resta ferme. Un coup partit, et Schneeweiss s'écroula par terre.

Ainsi le maudit Schneeweiss était devenu Schneeweiss le martyr, le saint. Les allemands se tournèrent alors vers les prisonniers juifs, qui étaient prêts à subir le même sort. "Continuez à travailler. La nourriture sera jetée, et vous ne recevrez rien jusqu'à demain matin. Au boulot!"

 

source : http://www.universtorah.com/ns2_dossier.php?idd=1079


11/09/2010

La déportation des enfants Juifs

La déportation des enfants Juifs

 

Voici un témoignage d’un jeune déporté, qui, interné à Drancy, y vit arriver ses petits frères et sa petite soeur:

 

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Photos d'enfants au camp de transit de  Drancy

 


Les autobus arrivèrent dans un bruit de ferraille soulevant des nuages de poussière,; ils étaient des dizaines et nous n’étions pas habitués à voir arriver des prisonniers en si grand nombre à la fois; d’habitude c’était une camionnette ou un car seul qui amenait les prisonniers. des autobus de la RATP, qui en ce jour d’été 1942 franchirent l’enceinte du camp de Drancy et s’arrêtèrent devant la tour de béton inachevée et sinistre qui nous servait d’abri. Ils descendirent par dizaines. C’était des enfants, rien que des enfants, agglutinés par affinités, hagards, hébétés,mécaniques, silencieux comme des brebis de la Bible, pris au sacrifice à un Dieu de guerre, de ténèbres, d’enfer. Mais aucun Dieu des enfants n’est venu s’interposer dans leur destin d’anges. En les regardant de plus près, je vis des visages familiers et, parmi eux, mon petit frère Louis, Henri, et ma petite soeur Jeannette ( 13, 10 et 5 ans). Quel coup au coeur. Tous les autres étaient les enfants de mon quartier, les Gutman, les Luftman, tous ceux ramassés avec leurs parents à la rafle dite du vélodrome d’hiver.
De cet endroit, on les conduit vers Compiègne; puis, me raconte petit Louis, on détache mon père, qui part en déportation vers l’Allemagne; puis ma mère qu’on sépare des enfants. Quel déchirement dans cette séparation. Je ne veux pas y penser tellement le drame est grand.
Pendant plusieurs jours, je réconforte les enfants comme je peux.Quelques jours passent et j’apprends qu’un convoi est prévu pour les enfants vers l’Allemagne, soi-disant pour rejoindre leurs parents. Bien entendu, je ne crois pas cela, car pourquoi les avoir séparés pour les revoir ensuite. J’appréhende un sort bien plus tragique et je me demande ce que je dois faire ? Dois-je partir avec eux pour les protéger, ou rester à attendre mon sort. ce profond dilemme, je n’arrive pas à le résoudre. Je ne ferme pas les yeux de la nuit.

Le matin, je prends la décision d’en parler avec petit Louis ouvertement et je lui dis : «Voilà! vous devez partir en déportation rejoindre les parents; crois-tu être en mesure de t’occuper seul de Jeannette et d’Henri, ou bien veux-tu que je parte avec vous; mais, dans ce cas, je n’aurais plus aucune chance de sauver ce qu’il y a encore à sauver ?» il me répond: « Jusqu’à présent, je me suis bien occupé d’eux tout seul, alors si tu as une chance de te sauver, reste.»
Les quelques jours qui précédèrent leur départ, je me suis mis à organiser pour eux du ravitaillement, des couvertures, tout ce qui était en mon pouvoir dans cette situation de réunir, je l’ai fait. Ils sont partis, chacun avec son ballot. Je les ai accompagné jusqu’au wagon, les ai installés, mais je pressens bien que je ne les reverrais plus jamais.
Trois semaines plus tard, c’est à mon tour de faire partie d’un convoi. Je suis revenu 3 ans plus tard... vous, qui me lisez, vous comprendrez aisément pourquoi, tous les enfants du monde sont devenus mes petits frères et soeurs.

Il reste à imaginer la progression à travers toute l'Europe de ces lamentables convois remplis de petits enfants, d’imaginer l’arrivée à Auschwitz des survivants, leur descende des trains au milieu des SS, armés, vociférants et accompagnés d’énormes chiens policiers aboyant, leur cortège vers les chambres à gaz et leur affreux sacrifice destiné à alimenter une haine toujours inextinguible.

source : carnet du Musée de la résistance, de la déportation et de la libération du Lot (France)

Quelques justes des nations


06/09/2010

Le bateau STRUMA le 12/12/1941

Le bateau Struma le 12/12/1941

Constanza, sur la Mer Noire était un port roumain important pour les Juifs tentant d’aller en Palestine. Des milliers de Juifs cherchant désespérément à fuir les Allemands partirent en bateau de Constanza en Palestine via la Turquie, malgré les restrictions britanniques à l’immigration.

Le 12 décembre 1941, le STRUMA quitta Constanza pour Istanbul. Le moteur tomba plusieurs fois en panne, le navire dut retourner à Constanza, repartir. Le voyage de 176 milles marins, durant normalement 14 H., dura 4 jours !!
 
Le 16 décembre, le STRUMA arriva en Turquie à Büyükdere, au nord du Bosphore; les Turcs interdirent tout débarquement (sauf pour 8 passagers ayant obtenu à Bucarest 1 visa britannique pour la Palestine, et d’une femme sur le point d’accoucher). Le Struma fut mis en quarantaine.
 
En dehors des soldats turcs gardant le bateau, seuls 3 hommes furent autorisées à monter à bord : Simon Brod, Rifat Karako, personnalités de la communauté juive d’Istanbul, et N.G. « Dan » Malioðlu, représentant du Service maritime roumain d’Istanbul (et membre de l’ »Étoile du Danube »). Ces personnes durent attendre 1O jours pour être autorisées à distribuer aux passagers la nourriture chaude achetée grâce aux 10 000 dollars envoyés par le Comité juif américain au grand rabbinat d’Istanbul !!!
 
Avec l’aide de la Croix-Rouge, Brod, Karako et Malioðlu ravitaillèrent les passagers et interpelèrent les pays neutres, les Soviétiques et les Britanniques. Les conditions à bord se détériorèrent. Parmi les passagers des médecins, Malioðlu put leur fournir certains médicaments.
 
Le 10 janvier, le capitaine Garabetenko envoya une lettre alarmée aux autorités turques et à l’ambassade britannique. Le 19 janvier, l’Agence juive demanda aux Britanniques d’accepter les réfugiés.
 
Après 63 jours de terrible attente, le 13 février, Moshe Shertok obtint des Britanniques 28 visas pour les enfants de 11 à 16 ans ! Les autorités turques refusèrent de lever la quarantaine.
 
Affolés par ce refus, les passagers du Struma pendirent des 2 côtés du bateau 2 grands draps où étaient écrits (en grandes lettres et en français) “Immigrants juifs”. Ils hissèrent aussi un drapeau blanc : “Sauvez-nous”.
 
Le 23 février, 200 policiers turcs encadrèrent le Struma, menaçant de tirer sur quiconque tenterait de se jeter à l’eau, et arrachèrent les draps. Les autorités ordonnèrent au navire d’appareiller, mais après que les mécaniciens eurent saboté la machine de manière à rendre ses pannes irréparables, la marine turque remorqua le Struma en Mer Noire.
 
Le 24 février 1942, à 2 heures du matin, LE BATEAU FUT COULE par un sous-marin soviétique. Quand les canots de sauvetage arrivèrent, il ne restait plus du naufrage… que 4 corps flottant !!!
 
David Stoliar, agé de 19 ans, fut le seul survivant de cette tragédie. Après des soins dans un hôpital militaire turc, il fut emprisonné à Istanbul et interrogé 2 semaines. Quand il demanda ce qu’on lui reprochait, on lui dit qu’il était “entré en Turquie sans visa”. Il fut finalement remis en liberté. Simon Brod l’accueillit et lui expliqua que c’était un miracle d’avoir survécu au naufrage, mais qu’en réalité le véritable miracle, c’était qu’il soit sorti vivant des griffes turques PARCE QU’IL ETAIT L’UNIQUE TEMOIN VIVANT du drame….
 
Le gouvernement turc s’exprima une seule fois sur cette TRAGEDIE pour dire que la Turquie n’avait “aucune responsabilité dans cette catastrophe” et que sa seule action était d’empêcher des individus d’entrer illégalement sur son territoire”…..

22:22 Écrit par dorcas dans Le bateau Struma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : juifs |  Facebook |

01/09/2010

Récit de 9 mois à Auschwitz

Récit de 9 mois à Auschwitz

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François Malamet (zl) avait accepté de partager ses terribles souvenirs de déportation et de ses 9 mois passés à Auschwitz, après avoir refusé durant des années de témoigner.

"Mes parents venant de Pologne au début de 14-18 s’étaient innocemment installés à Nuremberg, à l'importante communauté orthodoxe. J’y naquis peu avant le «putsch» raté d’Hitler en 1923. Déjà on pouvait assister aux escarmouches entre hitlériens et gens de gauche. Je me souviens encore d’un retour de Choule un vendredi soir quand un Nazi fit un croche pied à mon père en l’insultant, à partir de quoi on n'y alla plus qu'en groupe.

 

A Strasbourg
 
En 1924, avec intelligence de la situation, mes parents se résolurent à une nouvelle transplantation à Strasbourg à la solide Communauté juive dont la Choule était rue de la Nuée Bleue, au centre. Sans écoles juives, nous fréquentions l’école publique, un fort enseignement Juif au ‘heder et les excellents cours de Talmud du Rav Wasserman zl. Je développais un sionisme actif en fréquentant le Mizra'hi.
 
Après les événements en Allemagne, vers 33, je me destinais à émigrer en Israël en apprenant un métier adapté : les travaux d’installations sanitaires. Notre groupe s’était vu confronté à une opposition collective des familles ignorant les nombreuses manifestations d’antisémitisme d’influence allemande. En ville, on pouvait entendre les discours hystériques Nazis déversés par les radios. Insultes et quolibets fréquents exprimaient un regret de l’Allemagne occupante et d’une fascination pour son ultra-nationalisme rampant.
 
La guerre et les rafles
 

Très vite, l’Alsace-Lorraine fut évacuée via les Vosges et pour notre famille vers Limoges. Du fait des difficultés à obtenir la nationalité française, ma volonté de m’engager dans l’Armée combattantetrouva finalement une proposition du corps d’Armée volontaire de Polonais à Coëtquidan. J’y arrivai peu avant la débâcle et trop tard ! Ma tentative d’embarquement vers Londres aussi mise en échec, je dus me résoudre à regagner Limoges. Les stress répétés avaient eu raison de la santé de ma regrettée mère zl décédée en 1942. La police française arrêtait les juifs : mon frère fut déporté en 42 et mon père fut libéré par une intervention miraculeuse du Grand Rabbin Deutsch (arrêté peu après).

Je décidai de rejoindre Grenoble occupée par les Italiens sans savoir que jeme jetai dans la gueule du loup quand je louai un appartement à Jean Barbier… que j’ignorais être le N°2 de la Milice locale et leader du PPF ! Ce sinistre personnage fut avec Francis André et d’autres un collaborateur ultra-zélé de la Gestapo en dénonçant et torturant Juifs et maquisards, résistants et communistes. Peu après, Barbier me dénonça à la Gestapo.
 
Drancy, puis l’enfer d’Auschwitz
 

Dans un train de la SNCF, gardé par des policiers français, je fus avec d’autres innocents, la plupart Juifs, conduit au camp de Drancy. Les autorités françaises ne pouvaient se faire aucune illusion sur le sort qui nous attendait car, depuis la fin des années 30, on savait ce que les allemands avaient perpétré à Dachau et ailleurs : leur unique dessein, l’extermination des juifs. J’avais informé mon père de ma déportation par une lettre jetée par les fenêtres du train et arrivée miraculeusement à destination. De Drancy à Auschwitz, le voyage durait 3 jours dans des conditions épouvantables.

Je restais 9 mois dans l’enfer d’Auschwitz, voyant périr la plupart de mes codétenus. Je survivais grâce à des miracles répétés, une résistance physique arrivée à ses limites à la fin quand j’étais «musulmanisé » par la faim et le froid.
 
Ma pratique des sanitaire que j’avais apprise pour mon Alya me permit de repousser le moment où je devenais inutile et donc bon à gazer. Il m’était difficile d’avaler le peu de pitance calorique qu’on nous laissait sous forme de mélange d’eau et d’huile.
 
Je passais régulièrement les terribles « sélections » qui décidaient de qui vivrait et qui mourrait au cours desquelles, la nuit, déshabillé dans le froid glacial de l’hiver polonais, je courais sans m’attarder pour cacher mon piteux état. Les coups violents distribués sans raison pour le plaisir des kapos et nazis étaient notre lot quotidien.
 
Il fallait survivre dans l’enfer, tenir dans le froid et la faim extrêmes, respirer l’odeur des cendres que les cheminées répandaient nuit et jour, côtoyer le royaume d’Ubu et de Satan au quotidien. Vers la fin, le bruit des combats se précisait, les Allemands commençaient à se préoccuper de leur sort ultérieur. Leur fuite les empêcha de de détruire les crématoires, preuves de leurs exactions, avant de fusiller les invalides qui ne pourraient faire « la marche de la mort ».
 
La réconciliation sur le dos des Juifs
 
Avec un immense espoir, avons-nous vu débarquer l’armée russe le 27 janvier 1945. Nombre de mes compagnons ne survécurent pas à une réalimentation trop rapide malgré les consignes, la faim l’emportant sur toute réflexion. Les cadavres de ces affamés jonchaient le sol, ultime spectacle de désolation ! Je fus soigné dans un hôpital de Bucarest jusqu’en mai 45 par le Joint. Mon frère déporté avait péri à Maidanek ; mes deux autres frères avaient échappé à de nombreuses rafles et survécurent à la guerre. Mon père se retira dans une maison de retraite en Israël à Kiriat Sanz.
 
La plupart des miliciens s’étaient enfuis, les autres furent pour la plupart vite graciés : la réconciliation nationale, souvent sur le dos des juifs, avait alors priorité sur la justice.
 
Survivre pour bâtir une famille et honorer D.ieu
 
J’eus le bonheur de rencontrer ma chère épouse dans un Chidou’h. Nos filles jumelles se sont installées à Amsterdam et nous donnant une nombreuse descendance ; nos petits-enfants mariés en Israël nous gratifient de 5 arrière-petits-enfants.
 
Notre foi & pratique sont restées intactes comme pour tous les nôtres – je suis notamment fier de mes deux gendres dont l’un dirige un gros ‘heder de 300 élèves et l’autre est Roch Kollel Yechiva à Lyon en transit chaque semaine vers Amsterdam où demeure sa famille. C’est pour eux tous que je témoigne car ils sont probablement la raison principale qui fait que D., Saint Béni Soit-Il, m’a permis de survivre dans l’enfer d’Auschwitz.
source : http://www.juif.org/le-mag/332,recit-de-9-mois-a-auschwitz.php

22:01 Écrit par dorcas dans Camp Auschwitz, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |