20/10/2010

Les moissons mortes.

Les moissons mortes.

 

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Ils étaient jeunes, talentueux, pleins d’espoir. Ils pensaient récolter les fruits de leur passion, mais ils n’ont recueilli que les moissons mortes de l’histoire...

 


A la fin du siècle dernier, quatre jeunes musiciensJuifs de Pologne ont débarqué à Vienne, rêvant d’un avenir prestigieux. Ils ont découvert une ville en pleine effervescence, la Vienne de la «Sécession», du premier congrès sioniste et de l’opéra, où le baron Von Lichtfeld, impresario et mécène, les a introduits. Ils ont connu les bals et l'enivrement des premières amours au son des mazurkas et des valses de Strauss.
Ils se voyaient déjà célèbres, tout en haut de l’affiche. Mais, avec la montée de l’antisémitisme, le sombre requiem de la première guerre et le crescendo du nazisme, la musique a changé, et les quatre amis ont été dispersés par les tempêtes de l’histoire, bien  loin du mirage viennois.
Les moissons mortes retrace leur histoire et celle de leurs enfants, leurs illusions, leurs espoirs et leur destin tragique. Une fresque authentique et bouleversante, portée par le talent romanesque et le sensibilité de Sarah Frydman, l’auteur de la Saga des Médicis, qui a su lui insuffler une émotion sans pareille.

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Extrait du livre les moissons mortes de Sarah Frydman, page 363 et 364

«Ils sont morts, n’est-ce pas ? dit-elle enfin. Je le savais...Je crois que je l’ai toujours su...»
Elle regardait le Rabbin, puis le prêtre, espérant encore, contre toute espérance, qu’ils protesteraient, qu’elle se trompait. La réponse qu’elle lut sur leur visage la plongea dans le désespoir.
- «Tous ?... Tous ?...»
Le Rabbin détourna les yeux et le prêtre inclina la tête, en signe d’assentiment.
- «J’ai vu...J’ai tout vu, dit-il.»
«vous avez vu ?»
«Oui. tout ce qui s’est passé. Comment cela s’est passé... J’étais à l’église qui est juste en face de votre maison, vous vous souvenez?»
Si elle se souvenait ! Oh, D.ieu... oubli-t-on la maison où l’on est née, où l’on a grandi, d’où l’on a rêvé de s’échapper pour conquérir le monde ?
« et alors ?» dit Hélène.
Le prêtre parlait comme pour lui même:
« c»était en 1942, il y a deux ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier. C’était en février. En février 1942...»
Il s’interrompit. L’émotion enrouait sa voix et, un instant, Hélène crut que le prêtre allait fondre en larmes. Doucement, elle posa sa main sur celle du vieil homme et l’étreignit. Elle était comme anesthésiée, au-delà de la douleur. Dès que le prêtre aurait parlé, elle savait que toute une partie d’elle-même aurait cessé de vivre.
«Continuez,» dit-elle. «Continuez... s’il vous plaît...»
Oui, il fallait qu’il continue. Savoir. Savoir ce qui s’était passé...
« cinq heures du matin... Les cloches de l’église sonnaient, et la place du marché était vide, à l’exception d’un camion . Il neigeait cette nuit-là. Comme il neige quelquefois à Auschwitz. C’est le bruit qui m’avait attiré dehors. Un drôle de bruit... Je suis sorti. Les nazis vidaient votre maison, jetaient les meubles, les livres, le linge par les fenêtres, tout se cassait, se souillait en arrivant au sol... Il n’y avait pas de vent. Juste une brume épaisse et froide. Et la neige qui tombait, recouvrant le sol d’un épais linceul glacé.David et Rivka se serraient l’un contre l’autre. Déjà si âgés... Autour d’eux leurs filles, leurs gendres, leurs petits-enfants. tous pris dans la masse. Berta, Salomon, Ernest, Nathan...Adèle, Régina et Ida, une douzaines d’enfants de deux à treize ans qui grelottaient de froid et de terreur. Ombre chétives que le vent glacial faisait claquer des dents.
Les nazis firent entrer leurs victimes à coup de pied, de poing et de crosse de fusil dans le camion. Les polonais regardaient d’un air satisfait le «nettoyage des Juifs». ils allaient pouvoir s’emparer des maisons où vivaient les youpins, ils allaient pouvoir mettre leurs vêtements, vivre dans leurs meubles... qu’ils fussenty eux-mêmes l’objet de sévices nazis n’altérait en rien cette joie profonde qu’ilséprouvaient à voir ces Juifs, si fiers de leur culture, de leur réussite,de leur supériorités, ravalés à l’état de «moins-que-rien» Ce qu’ils éprouvaient était une intense sensation de supériorité raciale. Ils étaient polonais et catholiques, et de voir des Juifs réduits à l’horreur leur faisait oublier que demain, ce serait leur tour...
Le prêtre autrichien tenta de s’interposer.
«Au nom de D.ieu!» hurlait-il. «Vous n’avez pas le droit de faire cela ! Vous n’avez pas le droit!»
ce «vous n’avez pas le droit» fit rire les S.S. comme si ces Schweinehunde se souciaient du droit !

 

00:12 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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