27/01/2011

Shoah : souvenirs de déportation

Shoah : souvenirs de déportation

 

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La gare de Bobigny d'où plus de 20.000 juifs furent déportés vers les camps de la mort entre 1943 et 1944 Crédits photo : BORIS HORVAT/AFP

 

Plusieurs rescapés ou enfants de rescapés ont assisté mardi à la cérémonie organisée sur le site de l'ancienne gare de Bobigny d'où partirent les derniers convois de déportés vers les camps de la mort. Voici quelques uns de leurs témoignages recueillis sur place par Le Figaro.

• Yvette Levy, 84 ans, a fait partie du dernier «grand convoi» qui quitta Bobigny le 31 juillet 1944:

«J'étais arrivée au camp de Drançy une dizaine de jours avant. J'avais 18 ans, je venais du foyer de l'UEJF (Union des étudiants juifs de France) de la rue Vauquelin, dans le Quartier latin à Paris où j'avais participé au sauvetage d'enfants juifs. À Drançy, ils nous demandaient ce qu'étaient devenus nos parents, où ils se trouvaient. Je savais qu'il ne fallait pas répondre. Les parents de ceux qui donnaient un nom, une adresse, ont tous été raflés. J'ai dit que les miens avaient été tués dans le bombardement de Noisy-le-Sec et… j'ai retrouvé tous les miens.

Un jour, à Drançy, ils nous ont mis dans des autobus pour nous emmener ici, à Bobigny. Mon autobus est resté en haut sur le talus. Nous avons à peine eu le temps d'attraper nos baluchons - nous n'avions presque rien pu emporter en quittant le foyer - et nous avons dégringolé ce talus pour monter dans les wagons à bestiaux. Les gardes nous criaient: «Schnell, schnell!» Pendant tout le voyage, les portes n'ont été ouvertes qu'une fois, pour vider les tinettes. Le train était immense, si long qu'en arrivant à Birkenau dans la nuit du 2 au 3 août sur la Judenrampe *, il a occupé les chambres à gaz 2 et 3. Nous étions 1300 à partir, beaucoup sont manquants aujourd'hui… Ici, c'était la gare de départ pour la planète des fous».

• Edmond Benaderette, 78 ans, évoque sa mère et sa grand-mère, mortes en déportation:

«Ma mère et ma grand-mère sont parties d'ici, de Bobigny, par le convoi 70, le 27 mars 1944. Elles n'avaient aucune chance de s'en sortir: ma mère était infirme et ma grand-mère avait 79 ans… Mon père, lui, avait réussi à échapper à la rafle. Mes parents, commerçants à Courbevoie, avaient été spoliés en 1942. Quant à mon frère et moi, dès la rentrée des classes de 1943, nous avions été placés dans une institution laïque à Saint-Maurice, près de la porte de Charenton, où plusieurs enfants juifs étaient cachés. Officiellement, c'était une maison de correction mais nous n'étions pas malheureux… Ce n'est pas la première fois que je viens ici à Bobigny, j'ai même écrit un article sur ce lieu dans le journal de l'Amicale des anciens de l'Œuvre de secours aux enfants. En revanche, je n'ai jamais retrouvé le petit mot que ma mère avait réussi à faire passer avant de quitte cette gare. Il a été remis à mon père, sans doute par un cheminot. Il y était écrit: «Ma mère et moi partons pour une destination inconnue».

* La rampe des Juifs est l'endroit où arrivent les trains de déportés.

http://www.juif.org/go-news-144738.php

08:05 Écrit par dorcas dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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