26/02/2010

"Nous ne serons jamais des vivants comme les autres, nous sommes des survivants"

"Nous ne serons jamais des vivants comme les autres, nous sommes des survivants"

http://www.israel-infos.net/article.php?id=5260 
Témoignage de Sam Braun, à l'Hôtel de Ville de Paris le 24 janvier 2010 -Commémoration du 65ème anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz.

Il fut retrouvé, peu de temps après coupé en trois morceaux, mais quand nous avons appris le vol du fronton du portail d'Auschwitz, toutes les images du camp, une fois de plus, se sont imposées à nous et nous avons été nombreux, devant la profanation de ce symbole devenu sacré car gardien de l'entrée d'un immense cimetière, sans pierre tombale, sans sépulture, sans linceul, nous avons été nombreux à l'avoir vécu comme une espèce de viol.


Viol de la mémoire de ceux qui tous les jours rêvaient de la liberté, si lointaine, là-bas, de l'autre côté du fronton et essayaient de survivre malgré l'inhumanité et la barbarie, la violence et l'indicible ; viol de tous les martyrs qui n'ont franchi le portail qu'une seule fois, puisque leurs assassins les attendaient près d'une fausse salle de douche ; viol de nos familles qui ont été décimées, de tous ceux qui n'ont laissé personne derrière eux et dont le nom s'est éteint, alors que s'allumaient les fours crématoires ; viol de tous les enfants dont le sourire était la seule arme.

Certes, nous n'avons pas été les seuls à être indignés par cette profanation, mais ceux qui le furent n'ont pas été meurtris dans leur chair comme nous l'avons été nous-mêmes, car ils n'étaient pas là-bas durant les années noires.

"Le travail c'est la Liberté", dit en allemand le fronton, mais sous le joug nazi notre travail c'était le bagne, notre liberté les chambres à gaz et c'est parce que nous avons souffert là-bas mille morts que ce vol a ravivé nos plaies mal cicatrisées.

Car quoi que nous fassions, quelle que soit la qualité et la réussite de notre résilience, nous serons toujours des survivants même si nous donnons, parfois, l'illusion d'être des vivants comme les autres

"L'arrêt de la maltraitance n'est pas la fin du problème" a écrit Boris Cyrulnic.

De l'extérieur, souvent, rien ne parait, comme si nous avions abandonné au vestiaire de notre passé, les faits innommables auxquels nous avons assisté et dont nous fûmes, bien souvent les sujets ; la violence qui nous entourait et la faim, cette faim permanente et douloureuse, Même s'il n'en parait pas, nos souvenirs, lovés dans un coin de notre mémoire, ne sont jamais bien loin puisqu'il suffit de peu de chose pour les faire resurgir. Une image, un bruit, une odeur et ils arrivent en foule dans une bousculade infernale laissant toujours les plus cruels prendre les premières places.


L'insupportable survie au camp et la folle Marche de la Mort, nous visitent bien souvent et revivent en nous, même si avec le temps, l'intensité de la douleur s'est un peu émoussée.

Malgré notre volonté de rendre notre mémoire d'Auschwitz moins corrosive en nous intégrant dans un monde normal ; malgré nos efforts pour cultiver le paraitre afin de masquer l'être intime, parfois trop douloureux, les 65 années passées n'ont pas réussi à faire de nous, tout à fait des vivants comme les autres.
Dans ce monde inégalitaire il y a des vivants qui le sont différemment des autres, nous sommes de ceux-là.

Quelle que soit la vie que nous avons menée après la Shoah et la famille que nous avons créée ou reconstituée, quelle que soit notre réussite sociale, nous n'avons jamais été véritablement libérés du Lager, comme l'appelait Primo Lévi et nous nous réveillons parfois en sueur, après un cauchemar qui a fait revivre le camp.


Force est de constater que nous ne sommes pas des vivants tout à fait comme les autres.


Pour Nathalie Zajde, nous revivons fréquemment l'inimaginable Shoah et l'assassinat systématique des Tziganes, parce que dans les sociétés actuelles, telle une déferlante universelle, apparaissent des épurations semblables à celles que nous avons connues.

Mais il y a d'autres raisons. Si nous sommes et resterons toujours des survivants parmi les vivants, c'est aussi parce que nous avons été jetés sur une autre planète, là où régnaient en maître l'iniquité, la brutalité et où la mort était devenue familière.

Comment chasser de notre mémoire les appels qui duraient si longtemps alors que nous restions debout, sans bouger, dans le froid et le vent glacial ; comment oublier les "visites des musulmans", comme ils disaient, au cours desquelles la mort nous attendait pour nous donner rendez-vous ; comment éliminer de notre mémoire les morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp et qui marchaient pliés en deux comme s'ils étaient en prière ; nous ne pouvons pas les oublier, car nous étions ces morts-vivants !! Comme eux nous marchions courbés par la faim et la fatigue, comme eux nous étions glacés l'hiver dans nos vêtements trop légers, comme eux nous protégions jalousement notre gamelle pour éviter que nous soit volée le peu de soupe infâme qu'ils nous donnaient pour subsister.


Nous étions effectivement sur une autre planète quand, le 18 janvier 1945, gardés par les SS et les chiens, quittant le camp pour la dernière fois, nous sommes partis en exode qui deviendra très vite, une effroyable Marche de la Mort. Marche hallucinante vers nulle part.


La victoire qui leur échappait, décuplait la violence des SS. Au camp nous avions connu la folie, là, nous étions en pleine démence
Le nombre de compagnons assassinés augmentait sans cesse et leurs cadavres, laissés sur le bord de la route jalonnaient notre passage. Parfois, celui à côté duquel nous marchions depuis des heures, ne pouvant plus avancer, s'affaissait sur la route et mourant était bousculé, presque piétiné par ceux qui suivaient et qui ne l'avaient pas vu. Je ne peux chasser de ma mémoire le jour où ils nous ont entassés sur des wagons de marchandises et demeure encore horrifié par tous les morts ........ou presque morts, sur lesquels nous nous sommes affalés tellement nous étions épuisés.


Toutes ces morts injustes sont souvent présentes dans notre mémoire et surgissent sans crier gare
Même si nous avons essayé de vivre afin de pouvoir un jour exister, nous restons habités par tout ce que nous avons vu et vécu là-bas, car on n'est pas indemne d'un passé indicible !!
Mais il y a aussi une autre raison à notre état de survivants : nous avons maintenant conscience d'être les derniers témoins à pouvoir dire "j'y étais et j'ai vu". Alors que les truqueurs, les maquilleurs de la réalité, révisionnistes et négationnistes se renouvellent de génération en génération comme toutes les mauvaises herbes, nous qui sommes les derniers à pouvoir faire revivre nos morts, nous nous demandons sans cesse si nous avons suffisamment œuvré pour que la véritable Histoire puisse ne jamais être réécrite au bénéfice d'odieux mensonges. Avons-nous suffisamment contribué à l'indispensable "travail de mémoire" ?
Chaque fois que nous rencontrons des adolescents pour parler des dangers de tous les extrémismes et que nous décrivons les actes de barbarie auxquels nous avons assisté ; chaque fois que nous expliquons où peuvent mener le fanatisme et la haine, le racisme et l'antisémitisme et que nous faisons revivre les étapes choisies pas les SS pour nous déshumaniser, même si nous le faisons avec modération ; chaque fois qu'à la fin de nos interventions ils nous demandent de leur montrer le numéro matricule tatoué sur notre bras gauche, chaque fois nous nous retrouvons à Auschwitz et vivons à nouveau ce que nous leur décrivons.
Alors, mes amis, acceptons ce fait inéluctable d'être des survivants parmi les vivants, acceptons de faire revivre nos familles et tous les martyrs anonymes que nous avons laissés là-bas, acceptons même nos cauchemars et les moments de la journée où tout nous revient comme une vague déferlante, acceptons tout cela, mais poursuivons inlassablement notre "travail de mémoire" pour donner du sens aux peu d'années qui nous restent.

21:36 Écrit par dorcas dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : memoire, survivants, crematoires |  Facebook |

15/02/2010

A la mémoire des petits enfants déportés.

A la mémoire des petits enfants déportés.

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Voici la plaque commémorative placée sur la façade de l'ecole Maternelle, située Rue François MIRON, dans le MARAIS.

Honte au régime de VICHY,

Et honte à la police parisienne et à son Directeur.

05/02/2010

Afin que sache la jeune génération

Afin que sache la jeune génération

Afin que sache la jeune génération

 

Ceci est  un livre assez large avec beaucoup d'illustrations et d'explication, il a 325 pages
Je vous le conseille, il est très instructif sur la Shoah pour que personne n'oublie les atrocités que les juifs, les gitans et d'autres encore ont subit par la barbarie nazis sous le commandement d'Hitler.
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Depuis plus de 50 ans, Yad Vashem est un lieu de préservation de la mémoire universelle, un pont entre le monde détruit et la vie renaissante. Le nouveau musée inauguré en Mars 2005 est un pas de plus dans l'édification de la mémoire, du rôle éducatif de Yad Vashem et de son vaste fonds de connaissance.

« Afin que sache la jeune génération » est édité grâce à la région Ile de France. Ce livre en français est avant tout un splendide et émouvant album de photos, de documents, de reproductions d'œuvres d'art et de dessins. Un ouvrage de très haute qualité que même, et surtout, les jeunes peuvent feuilleter pour commencer à aborder cette partie de l'histoire ô combien douloureuse. Cet album est un véritable vecteur pédagogique et en même temps un livre témoin pour ne pas oublier.

Préfacé par le directeur de Yad Vashem, Avner Shalev, le livre invite le lecteur à dérouler les événements historiques de la Shoah : la création de Yad Vashem, le nouveau musée, le monde juif avant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie et les Juifs de 1933 à 1939, le déclenchement de la guerre et des violences anti-juives, les ghettos, la Solution finale, la déportation et l'extermination dans les camps de la mort, la Résistance et le sauvetage, le monde des camps, la libération des camps, les personnes déplacées et la création de l'Etat d'Israël, les Justes, le souvenir de la Shoah à Yad Vashem.

Pour acquérir cet ouvrage :

Comité français pour Yad Vashem : 01 47 20 99 57

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Extrait du livre

Témoignage de l'unique survivant de Belzec

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"Des Juifs et uniquement des Juifs arrivaient à Belzec...ils devaient se déshabiller, laisser leurs affaires dans la cour...Un instant plus tard les petits étaient arrachés à leurs mères, les vieux et les malades étaient jetés sur des brancards, les hommes et les petites filles poussés avec des crosses de fusils, encore et encore vers le chemin bordé de murs qui menait directement vers les chambres...Je pourrais dire précisément à quel moment chacun comprenait ce qui l'attendait...Nous trainions les corps de ces gens qui étaient encore en vie un instant auparavant hors des chambres à gaz; Nous utilisions des lanières de cuir pour les tirer jusqu'au immenses fosses communes qui les attendaient, et l'orchestre jouait tout le temps.Il jouait du matin au soir..."

moignage de Rudolphe Reder, unique survivant de Belzec

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La famille Ovitz

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Shimshon Eizik Ovitz et sa femme ainsi que leurs dix enfants furent déportés de Marmarossziget          (Transylvanie) vers  Auschwitz.

Parmi leurs dix enfants, sept étaient nains. Avant la guerre, la famille Ovitz, amateurs de musique, avait monté un groupe dénommé « Lilliput » qui se produisait en Europe de l’Est.

En 1944, ils furent déportés à Auschwitz et devinrent les objets d’expériences médicales du Dr Josef Mengele. Après leur libération, ils retournèrent dans leur ville natale afin d’y monter à nouveau un groupe musicale.

Ils retrouvèrent les instruments miniatures qu’ils avaient cachés avant leur déportation et fondèrent une nouvelle troupe.



Ce qu’il reste de nous

Ce qu’il reste de nous

Ce qu'il reste de nous 2

écrit par Murielle Allouche et Jean-Yves Masson.

Il est des héritages qui n’épargnent pas, des pans de l’histoire que l’on ne peut oublier. Pour la première fois, trois générations sons rassemblées dans un même ouvrage et nous font par de leur expérience de la Shoah. Les uns ont échappé par miracle à une mort programmée par le régime nazi, les autres ont grandi et construit leur identité avec le lourd passé de leurs parents : jamais des déportés n’avaient témoigné aux côtés de leurs enfants et de leurs petits enfants. Personnages médiatisés ou témoins inconnus, tous se sont confiés à Murielle Allouche et Jean-Yves Masson qui nous transmettent ici leurs lettres inédites, accompagnées de dessins d’un implacable réalisme. Des récits poignants, des dessins extraordinaires, un bouleversant travail de mémoire.

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Les nazis considéraient les juifs comme des sous-hommes, des bêtes malfaisantes et les massacraient de sang-froid, indifférents. Leurs crimes devenaient ainsi légitimes à leurs yeux. Cela semble invraisemblable et, pourtant, ces nazis qui étaient de vulgaires assassins arrivaient à se comporter en bon pères de famille en rentrant chez eux.

Lorsque je vais dans les écoles pour témoigner devant des jeunes entre 11 et 17 ans, ils me demandent souvent si je ressens de la haine aujourd’hui. Je donne généralement en réponse ce que j’ai écrit dans mon livre, «  le Soleil voilé :

«  La haine résulte plus d’un trait de caractère que d’expérience, aussi dramatique soit-elle. Les gens haineux sont malheureux et le resteront même lorsque leur haine sera temporairement assouvie. Je les plains. La religion juive, tout comme la religion chrétienne, recommandent d’aimer son prochain. En guise d’interprétation, aimer l’autre, c’est déjà s’aimer soi-même et par conséquent, la haine ne peut fondamentalement naître que de la haine de soi. Si aujourd’hui j’éprouvais encore de la haine, j’aurais le sentiment de ressembler à mes bourreaux. » Rien ne peut se construire sur la haine !      

Par Paul Schaffer

Extrait du livre :  page 84 et 85

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Extrait du livre :

Résister encore face à l’insoutenable.

Un matin alors qu’il partait pour les travaux forcés, un des amis d’infortune, brûlant de fièvre, était incapable de se tenir debout. Albert le supplia de se lever. Il le fallait, à tout prix. Sinon, c’était la mort. A son retour des travaux forcés, son ami avait disparu. Albert le chercha partout et retrouva le corps de ce malheureux dans un bassin de chaux vive ! « Il bougeait encore, il bougeait encore… », disait mon oncle : Les détenus servait de cobayes, et mon oncle n’a pas échappé à la règle : piqûres pour de prétendus examens médicaux, dents arrachées à vif pour fabriquer des prothèses dentaires pour les soldats allemands…

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Encore un extrait du livre

un rapport à la déportation spécifiquement féminin

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Charlotte raconte un rapport à la déportation spécifiquement féminin, un rapport à la propreté et à l’hygiène que j’ai bien connu. Nous n’avions plus nos règles au camp mais n’empêche que nous avions besoin d’une toilette intime et l’on ne pouvait pas se laver. Les premiers temps, quand je suis arrivée à Birkenau, on se débarbouillait avec de la neige. Mais ensuite, la neige a fondu. Alors on a trouvé un autre moyen. Sortir du bloc pendant le couvre-feu était strictement interdit et très dangereux. Et pourtant, avec trois camarades, nous nous faufilions la nuit pour aller rejoindre les lavabos. Nous nous y rendions une ou deux fois par semaine. Car malgré la désinfection, on était infectées de poux et l’on avait remarqué que, par peur de la gale, les médecins sélectionnaient non seulement les plus faibles mais aussi les filles qui avaient des boutons. Il était donc vital que nous n’en attrapions pas. On se lavait juste avec de l’eau, comme ça. On essayait de se procurer de la poudre à récurer les machines et un petit bout de chiffon que l’on se passait sur le corps en guise de savon, pour décrasser. On avait très vite conclu que se laver, c’était la survie. Et on a eu une chance inouïe : jamais nous n’avons été interpellées. Et jamais nous n’avons attrapé de boutons !

 

La marche de la mort

marche de la mort

Nous sommes donc partis, dans l’après midi du 18 janvier 1945… Nous étions plus de dix milles à marcher dans la neige. On marchait… On marchait sans cesse, sur vingt centimètres de neige, par -25° c, à peine habillés, presque squelettiques, sans même nous arrêter pour dormir ou rarement, tandis que les SS nous surveillaient. Nous pesions entre trente-cinq et quarante-cinq kilos. Ceux qui ne pouvaient plus avancer ou qui essayaient de se cacher, les SS les achevaient d’une balle dans la nuque sur le bord de la route, dans la neige, cet épisode, c’est la « marche de la mort ».

Extrait du livre, page 103




23:10 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shoah, memoire |  Facebook |