14/04/2015

27 mars, ce jour-là, n'oubliez pas.

27 mars, ce jour-là, n'oubliez pas.


1247.

- Une petite chrétienne est trouvée morte à Valréas dans le Dauphiné). Selon la rumeur, les juifs ont tué l'enfant afin d'accomplir un meurtre rituel. 3 juifs de Valréas sont immédiatement arrêtés, torturés et brûlés sur le bûcher. Par la suite, d'autres juifs de la région sont eux aussi arrêtés, torturés puis brûlés.

1605.

- Un autodafé se déroule dans la ville d'Evora (Portugal). Un juif clandestin, qualifié de « judaïsant », est livré au bras séculier par l'Inquisition afin d'être brûlé vif.

1941

- La Roumanie prend des mesures antisémites en ordonnant notamment la séparation des Juifs d’avec le reste de la population.

1942

- Les notables et intellectuels juifs, arrêtés par les nazis le 12 décembre 1941 lors d’une rafle à Paris, sont déportés vers les camps d’extermination de l’Est.

- Un convoi de 1 112 déportés du camp de transit de Compiègne (France) part pour le camp d’extermination d’Auschwitz. Les juifs français étant encore protégés, le convoi comprend surtout des juifs de nationalité étrangère. 19 d’entre eux seulement survivent jusqu’à la libération d’Auschwitz, en 1945.

- Goebbels mentionne dans son journal que les juifs sont déportés à l'Est : « On y fait emploi des procédés assez barbares et qui ne méritent pas d'être décrits de plus près. Peu de Juifs y survivent ».

- Drancy le Bourget : première déportation massive de Juifs Français : 1.148 hommes sont emmenés au camp d'Auschwitz, 19 personnes en reviendront vivantes.

- Mise en service de la chambre à gaz de Mauthausen.

1944

- Avec l’approche de l’Armée Rouge, les allemands entreprennent des actions de liquidation des ghettos de Riga, Vilna et Kovno. Dans cette dernière ville, des centaines d’enfants sont assassinés. certains parents empoisonnent leurs enfants pour leur éviter un tel sort.

- Un convoi de 1 000 hommes et femmes quitte Drancy pour le camp d'extermination d'Auschwitz. A leur arrivée, 480 d'entre eux sont aussitôt envoyés dans les chambres à gaz. Seuls 185 de ces déportés, dont 60 femmes, survivent jusqu'à la libération du camp par les Russes, en 1945.

- Les policiers juifs du ghetto de Riga (Lettonie), commandés par Levine, aident le mieux possible la résistance clandestine du ghetto. La Gestapo découvre leurs activités et convoque les 140 policiers au siège de l'autorité allemande d'occupation. Ils y sont torturés et 40 d'entre eux, les plus élevés dans la hiérarchie, sont fusillés. Les autres sont renvoyés dans le ghetto.

- endant deux jours, 2 000 juifs sont assassinés à Kaunas (Lituanie). Les victimes sont, pour la plupart, des enfants et des vieillards.

02/04/2015

23 mars, ce jour-là, n'oubliez pas.

23 mars, ce jour-là, n'oubliez pas.

 

1939.

- L'armée allemande occupe Memel (Lituanie). Le rideau se lève sur la tragédie des juifs qui y vivent.

1942

- La police locale, aidée par les « gardes de Hlinka », se livre à une rafle des juifs de Bratislava ( Slovaquie). Des centaines de juifs sont arrêtés et déportés au camp de travail de Sered.

1943.

- A 6 heures du matin commence la déportation des juifs de nationalité française internés au camp de Drancy. 780 juifs de Marseille et 580 Français non juifs accusés d'avoir violé la législation antijuive sont entassés dans des wagons à destination du camp d'extermination d'Auschwitz (Pologne).

- 1 250 internés juifs du camp de regroupement de Westerbork (Pays-Bas) sont déportés au camp d'extermination de Sobibor (Pologne).

- Un transport avec 4 000 juifs de Marseille quitte le camp de regroupement de Drancy à destination du camp d'extermination de Sobibor (Pologne).

- Le même jour, 994 autres hommes et femmes sont déportés du camp de regroupement de Drancy à destination du camp d'extermination de Sobibor (Pologne). 950 juifs sont gazés dès leur arrivée. Aucun ne survit

1944

- Rafle des Juifs de l'ex zone italienne de Grèce : 5.400 juifs sont déportés dont 1.725 d’Ioannina.

- 1 687 juifs de Janina (Grèce) sont déportés au camp d'extermination d'Auschwitz.

- 599 internés juifs du camp de regroupement de Westerbork (Pays-Bas) sont déportés au camp d'extermination d'Auschwitz.

- L'armée soviétique entre dans Buczacz (Ukraine). 800 juifs environ sortent de leurs cachettes dans les forêts ou en d'autres endroits. Mais les Russes ne se maintiennent qu'une semaine et ne peuvent évacuer les juifs lors de leur retraite. Au cours de leur offensive, les Allemands assassinent presque tous les juifs de Buczacz. 100 seulement survivent à la fin de la guerre. En outre, 300 juifs qui avaient été déportés par les Soviétiques ont survécu en U.R.S.S.

06/01/2015

6 janvier, ce jour-là, n'oubliez pas.

6 janvier, ce jour-là, n'oubliez pas.


1497

- Les juifs sont expulsés de Graz (capitale de la province autrichienne de Styrie) par un édit de l’empereur Maximilien Ier. Les juifs habitèrent la ville dès 1160, soit trente ans seulement après sa fondation.

1943

- 3 500 juifs de Zarki (Pologne) sont déportés au camp d’extermination d’Auschwitz.

- Des 2 300 juifs de Lubaczov (Ukraine), bien peu survivent.les SS chassent plusieurs centaines de juifs de leurs maisons pour les assassiner.

- 2 000 juifs du ghetto d’Ujazd (Pologne) sont déportés au camp d’extermination de Treblinka.

- Konskie (Pologne) est déclaré « libéré » de ses derniers juifs.300 d’entre eux sont déportés à Szydlowiec où ils sont assassinés avec les juifs de cette ville.

- 

1 200 juifs de Narayov (Ukraine) sont massacrés hors de cette ville par les SS et la police ukrainienne.

- Après la liquidation du ghetto de Gorlice (Pologne) qui comptait plusieurs milliers de juifs, les ouvriers installés jusque-là dans les bâtiments de l’usine sont envoyés  à cette date, dans les camps de travail forcé de Muszyna et de Rzeszow.

- Les Allemands disent aux Juifs d’Opoczno que ceux qui le désirent peuvent être envoyés en pays neutre, dans le cadre d’un programme spécial d’échange. 500 Juifs se portent volontaires. Ils sont envoyés à Treblinka et gazés.
 
1945

- 

Au cours d’une rafle à Budapest, les fascistes hongrois du mouvement dit « des Croix fléchées » conduisent 160 juifs sur les bords du Danube, où ils les fusillent.

- Des agitateurs arrivent de Tripoli (Libye) à Zanzur, à 50 km de là, où ils existent la population musulmane contre les juifs. Au cours des émeutes qui s’ensuivent, près de la moitié des 150 juifs de Zanzur est massacrée.

- Ce jour-là a lieu la dernière exécution d’un interné dans le camp d’extermination d’Auschwitz.

- 400 femmes juives, internées dans le camp de Sered (Slovaquie), sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück (Allemagne).

10/12/2014

10 décembre, ce jour-là, n'oubliez pas. 



10 décembre, ce jour-là, n'oubliez pas.

 

1600

- 14 " nouveaux chrétiens " portugais, expression servant à désigner les descendants de juifs convertis de force, sont jugés lors d'un autodafé à Lima (Pérou) : 2 d'entre eux sont brûlés sur le bûcher, un troisième le sera en effigie.

1920

- Des unités de l'Armée nationale ukrainienne de Simon Petlioura se livrent à un nouveau pogrome dans la ville d'Ivankov ( Kiev) : 8 juifs sont massacrés, 2 autres grièvement blessés.

1935

- Détenu dans un camp, le journaliste pacifiste et antinazi Carl Von Ossietzky reçoit le prix Nobel de la paix. Hitler est furieux.

1941

- 1 000 juifs du camp de Kovale-Panskie (Pologne), tous originaires des environs, sont déportés au camp d'extermination de Chelmno : les SS les asphyxient dans des camions à gaz dans une forêt voisine.

-  Brcko (Yougoslavie), 150 juifs de la ville et 200 juifs originaires d'Autriche sont conduits par les SS sur les bords de la rivière Save, où ils sont massacrés avec sadisme.

1942

- 

Les derniers juifs de Mlava (Varsovie), utilisés à des travaux extrêmement pénibles, sont déportés au camp d'extermination de Treblinka

- Rien qu'en ce jour, durant la rafle des juifs de Tunis, quelque 2000 juifs furent arrêtés. Les Allemands les ont raflés jusque dans les synagogues. Des centaines d’entre eux ont trouvé la mort et plusieurs d’entre eux ont été déportés.

1943

- 

Les survivants parmi les juifs du village de Mihova (Roumanie), déportés au camp de travail forcé de Tarasika sur la rivière Bug quand les troupes allemandes et roumaines avaient occupé la Bucovine, sont assassinés par les Allemands.

- Les Italiens créent le camp de transit de Fossoli di Capri, près de Modène. Il sera placé en mars 1944 sous commandement allemand.

06/07/2010

Camp d'internement de Drancy et déportations desenfants

 

 

Camp d’internement de Drancy et déportations des enfants

 

Un témoignage d’Odette Daltroff-Baticle qui interné à Drancy, eut à s’occuper des enfants. Libérée en 1943, elle écrivit aussitôt ces notes:

drancy

Nous assistons aux première déportations; crises de nerfs, des femmes se jetant par les fenêtres du 4è étage. Il fait terriblement chaud. On nous annonce l’arrivée de 3000 enfant sans parents, reste de la rafle du 15 juillet, du Vel d’hiv. On les avait mis à Pithiviers. De là on déporte les hommes, les femmes et les enfants.  Un gendarme me raconte que ce spectacle était affreux, déchirant : Ils séparent  femmes et enfants à coup de crosses; les femmes partent croyant que la Croix-Rouge pourra s’occuper de leurs enfants.


En hâte, elles cousent sur leurs vêtements leurs noms et adresses. On recrute parmi nous des femmes de bonne volonté pour s’occuper de ces enfants. Nous sommes munies de brassards et de laissez-passer signés par la gendarmerie, qui nous donnent droit de circuler dans le camp.

Des autobus arrivent nous en sortons des petits êtres dans un état inimaginable. Une nuée d’insectes les environnent ainsi qu’une odeur terrible. Ils ont de 15 mois à 13 ans, leur état de saleté est indescriptible, les 3/4 sont remplis de plaies suppurantes: Impétigo. Il y aurait tant à faire pour eux, mais nous ne disposons de rien, malgré le dévouement incomparable de notre chef de camp, le commandant Kohn. Pour 1000 enfants nous disposons de 4 serviettes et encore avec difficultés. Par groupe nous menons ces enfants aux douches, une fois nus, ils sont encore plus effrayants, ils sont tous d’une maigreur terrible et vraiment presque tous ont des plaies. Il va falloir essuyer les sains avec une serviette et les autres toujours avec la même toute souillée. Notre cœur se serre.

 

Autre drame: ils ont presque tous la dysenterie. Leur linge est souillé d’une manière incroyable et leur petit baluchon ne vaut guère mieux. Les mamans les avaient quittée avec leurs affaires bien en ordre, mais il y a de cela quelques semaines et depuis ils sont livrés à eux mêmes. Des femmes de bonne volontés se mettent a laver leurs effets, presque sans savon, et à l’eau froide. a cette époque il fait très chaud et cela sèche vite, mais ils sont plus de 1000.Dès que nous remettons à ces petits effets un peu propres, une heure après, ils sont sales. Les médecins les examinent à tour de bras. On leur administre du charbon de bois, on les barbouille tous de mercurochrome. On voudrait les mettre à l’infirmerie mais c’est impossible, ils doivent repartir vers une destination inconnue. Lâchement, nous leurs avons dit qu’ils allaient retrouver leurs parents; et pour cela ils supporteraient tout. Jamais nous n’oublierons les visages de ces enfants, sans cesse, ils défilent devant mes yeux, Ils sont graves, profonds et, ceci est extraordinaire, dans ces petites figures, l’horreur des jours qu’ils traversent est stigmatisée en eux. Ils ont tout compris, comme des grands. Certains ont des petits frères ou sœurs et s’en occupent admirablement, ils ont comprit  leurs responsabilités. 

Ils nous montrent ce qu’ils ont de plus précieux : la photo de leurs pères et de leur maman que celle-ci leur a donnée au moment de la séparation. A la hâte, les mères ont écrit une tendre dédicace. Nous avons toutes les larmes aux yeux; nous imaginons cet instant tragique, l’immense douleur des mères.

Ces enfants savent que comme les adultes, ils seront impitoyablement fouillés par les gens de la police aux questions juives. Entre eux ils se demandent, s’ils auront la chance de conserver un petit bracelet, une petite médaille, souvenir des temps heureux. Ils savent que ces bijoux n’ont pas grande valeur, mais ils connaissent la cupidité de leurs bourreaux. Une petite fille de 5 ans me dit «n’est-ce pas, madame, ils ne me la prendront pas ma médaille, ce n’est pas de l’or»


Dans leurs petits vêtements, les mères ont cousu 1 ou 2 billet de 1000 frs et ce petit garçon de 6 ans nous demande : « fais le gendarme pour voir si tu découvres mon argent».

Il y a des contagieux, on en met à l’infirmerie en vitesse. Avec les moyens di bord, on fabrique de petits lits; mais ils sont des quantités à partir avec la scarlatine, la diphtérie ETC..........


Nous essayons de faire la liste de leurs noms, nous sommes surpris par une chose tragique, les petits ne savent pas leurs noms. Les prénoms et les adresses que les mamans avaient écrits sur leurs vêtements avaient complètement disparu à la pluie et d’autres par jeu ou par inadvertance, ont échangé leurs vêtements.

La question est aussi un désastre : que donner à ces petits déjà malades? Cette soupe d’eau et de carottes, pas assez de récipients ni de cuillères.

Il fallait les coucher à 3 ou 4 sur des paillasses infectes et qui le devenaient d’heure en heure de plus en plus, par cette dysenterie qui torturait tous les corps.

Beaucoup n’avait plus de chaussure, nos cordonniers on pu fabriquer pour certains enfants des sortes de chaussures avec des morceaux de bois et des ficelles, d’autres sont partis nus pieds.


Avant le départ pour le grand voyage, ils rasaient les hommes, les femmes, les enfants des deux sexes. Cette mesure est vexatoire et agit beaucoup sur le moral des individus, particulièrement chez les enfants. Un petit garçon pleurait à chaudes larmes. Ils avaient environ 5 ans. Il répétait qu’il ne voulait pas qu’on lui coupe les cheveux, sa maman en était si fière et puisqu’on lui promettait qu’il allait la retrouver, il fallait qu’elle la retrouve intacte.

Après le départ de 3000 à 4000 enfants sans parents, il en restait 80, vraiment trop malade pour partir avec les autres, il nous était permis de les garder un peu plus longtemps. Ils ont entre 2 à 12 ans. Comme les adultes ils sont mit de côté pour le prochain départ. Les 1000 personnes choisies pour le prochain départ sont isolées du reste du camp pendant 2 ou 3 jours, hommes, femmes et enfants  sont sur de la paille    

Rapidement souillée et mouillée. A partir de 3 heures du matin nous devions nous occuper des 80 enfants, les préparer au départ, les habiller... En rentrant, il y avait de quoi se trouver mal tellement que l’odeur était forte. Je trouvais mes enfants endormis et sans lumière, je commençais à les préparer, je ne savais pas par quel bout commencer. Vers 5 heures du matin il fallait les descendre dans la cour pour qu’ils soient prêt à monter dans les autobus de la STCRP qui menaient les déportés  à la gare du Bourget. 


Impossible de les faire descendre; ils se mirent à hurler, une vraie révolte, ils ne voulaient pas bouger, l’instinct de conservation. On ne les mènerait pas à l’abattoir si facilement. Cette scène était épouvantable, je savais qu’il n’y avait rien a faire, coûte que coûte, on les ferait partir.

En bas on s’énervait, les enfants ne descendaient pas, j’essayais de les prendre un par un pour les faire descendre mais ils se débattaient, et hurlaient. Les petits étaient incapables de porter leur petit paquet. Les gendarmes sont montés et ont bien su les faire descendre, pourtant ce spectacle en ébranla tout de même quelques un. Au moment du départ, on pointait chaque déporté. Sur les 80 gosses, environ 20 ne savaient pas leurs noms. Tout doucement, nous, nous avons essayé de leur faire dire leurs noms mais sans résultat. a ce moment surgit devant moi, le maître de toutes ces destinées, le sous-officier allemand Heinrichsohn, 22 ans, très élégant en culotte de cheval, ils venait à chaque départ assister à ce spectacle, qui, visiblement, lui procurait une immense joie. 

Je ne puis oublier la voix de ce petit garçon de 4 ans, qui répétait sans arrêt sur le même ton, avec une voix grave, une voix de basse incroyable dans ce petit corps : - «Maman, je vais avoir peur, maman je vais avoir peur»

 

Extrait du carnet du musée de la résistance de la déportation et de la libération du Lot

Extrait du carnet de la Persécution, raciste et antisémite.

22:45 Écrit par dorcas dans Camp de Drancy | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rafle, enfants, camp |  Facebook |

15/02/2010

Vel d'Hiv : discours

Vel d'Hiv : discours

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Hommage aux victimes de la rafle du « Vel d’Hiv » à Paris
Richard PRASQUIER Président du CRIF
 
lundi 20 juillet 2009
 
Le discours de Richard Prasquier, président du CRIF, prononcé le dimanche 19 juillet à la commémoration de la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’état français et d’hommage aux « Justes de France »
 
C’est aujourd’hui la confrontation annuelle de la France avec la page la plus honteuse de son histoire nationale. Un pays se grandit quand il intègre une page de déshonneur dans son calendrier commémoratif. Il se détourne du confortable narcissisme, il se confronte à la mémoire de l’autre, il entre dans l’ascèse de l’histoire, il permet une admiration sans équivoque pour ceux qui ont agi dans le bien, les Justes, et il ouvre les possibilités d’un avenir meilleur.
 
La honte, nous devons tous l’assumer. Tous, à l’exception des victimes et des enfants de victimes, de ceux qui furent stigmatisés, pourchassés, déportés, assassinés parce qu’ils étaient Juifs, à l’exception aussi des héros, des sauveurs et des Justes. Mais pour tous les autres français, quel que soit leur âge et quelle que soit leur origine, la rafle du Vel d’Hiv et les persécutions contre les Juifs sous le régime de Vichy sont une page de la longue histoire de notre pays qu’il nous revient d’endosser.
 
De ce patrimoine commun, il émerge des symboles puissants que nous partageons. Même ceux qui comme moi, sont absolument certains que leurs ancêtres n’ont pas participé à la bataille de Bouvines ou à la prise de la Bastille doivent intégrer mentalement ces journées qui parmi d’autres "ont fait la France". Nous devons le faire parce que la citoyenneté française est -devrait être- une citoyenneté d’aspirations communes portées par les leçons d’une histoire partagée.
 
Ce qui laisse à d’autres champs d’appartenance la possibilité de se manifester, pour autant qu’ils n’entrent pas en collision avec les règles du contrat civil de notre pays. J’ai le sentiment très naturel d’appartenance au peuple Juif. C’est ce peuple, et pas une religion, qui a été diabolisé par les nazis et traqué par leurs complices de Vichy, c’est ce peuple dont Israel est le territoire historique, c’est ce peuple juif de France dont le CRIF a pour mission d’exprimer sur le plan politique les sentiments, les craintes et les indignations, dans le strict respect de la tradition républicaine nationale.
 
Les 16 et 17 juillet 1942, 13.150 juifs, dont 4.115 enfants ont été raflés par la police parisienne. Près d’ici, dans l’ancien Vel d’Hiv détruit en 1959, ont été gardés au cours de journées d’horreur les familles avec enfants, les autres étant envoyés au camp de Drancy. Pour la première fois des enfants avaient été raflés ; ils furent ultérieurement séparés de leurs mères : cet arrachement marqua la conscience populaire, et les entreprises de sauvetage des enfants dans lequel l’OSE a joué un rôle central seront le thème de cette commémoration.
 
Dans toute l’année 1942 depuis la première déportation du 27 mars à la dernière du 11 novembre, il y eut près de 42 000 juifs déportés de France, qui aboutirent à Auschwitz. 25 000 furent gazés à leur arrivée dans les deux baraques appelées maison rouge et maison blanche. 805 (2%) ont survécu. Aucun enfant parmi eux.
 
Ce que serait le sort des déportés, les hommes au pouvoir ne pouvaient l’ignorer que s’ils voulaient l’ignorer, ce qui fut fréquent. Car des informations circulaient : diffusées en Angleterre au printemps 42 elles avaient fait état de 700 000 juifs déjà assassinés en Pologne. Si on n’imaginait pas encore les gazages, on connaissait les fusillades en masse et l’épuisement et la mort dans le travail esclave. Mais on a fait silence.
 
Vichy livrait les Juifs comme du bétail aux autorités allemandes. L’indignation du pays fut grande au mois d’août 1942, puis elle s’estompa et le silence reprit : le ravitaillement, la relève bientôt le service du travail obligatoire, la résistance et la survie personnelle prenaient le pas sur la persécution des Juifs sauf auprès de ceux qu’on appela plus tard les Justes....
 
Même à Londres, il y eut beaucoup de silence. Voici un communiqué du 7 août 1942, après les premières rafles de la zone sud. "Le Comité National Français vient d’être saisi par les organisations de Résistance des mesures de déportation en masse prises par Laval contre les étrangers ou prétendus tels résidant en zone prétendument non occupée et de la profonde indignation que ces mesures suscitent dans la population entière.." Où est le mot Juif ?
 
Silence après guerre, alors que les chiffres de victimes juives du nazisme, six millions, étaient déjà connues et auraient dû susciter une horreur particulière, on enjoignait aux survivants de ne pas se mettre en avant.
 
C’étaient les temps où le philosophe chrétien Gabriel Marcel conseillait aux Juifs en 1946 de se montrer discrets sur leurs revendications.
 
Ces temps sont révolus. Il n’y a plus à faire silence.
 
Un jeune homme a été torturé puis assassiné il y a trois ans de façon horrible. Il était juif. Certains suggèrent que en dehors de l’auteur principal, et encore, l’antisémitisme n’a guère joué de rôle dans ce meurtre, que c’est un point secondaire. Nous pensons que s’il n’avait pas été juif, il n’aurait pas été enlevé et il n’aurait pas été assassiné. Est-ce un détail ?
 
Bousquet ne se considérait pas antisémite, Laval ne l’était peut-être pas non plus. Ce n’est pas une circonstance atténuante. Pendant la Shoah parmi les dizaines de milliers d’assassins, peu ont tué à cause de leur antisémitisme, mais leurs meurtres étaient antisémites. Ils agissaient par ambition,ils agissaient par lâcheté, ils agissaient par obéissance, ils agissaient par indifférence, ils agissaient par gloriole et par conformisme de groupe pour ne pas se faire considérer comme des faibles. Ils agissaient aussi parce que dans la vision du monde à laquelle ils avaient été amenés à adhérer, il y avait l’idée que les Juifs ne sont pas des êtres humains comme les autres, qu’on a le droit de tout leur faire et qu’on ne doit pas éprouver pour eux de la pitié.
 
Le préjugé antisémite arase le remords. Il autorise la férocité. Il n’est pas anodin. Il est de nouveau très présent dans nos cités. Et je pense que cette commémoration n’a pas de sens si nous n’y pensons pas aujourd’hui.
 
Un assassin, c’est aussi un homme qui aurait pu éviter d’entraîner un autre à la mort et qui ne l’a pas fait. Celui-là n’est plus un comparse passif, moins encore un spectateur impuissant.
 
Les Justes furent rares, très rares, et il y eut beaucoup de portes fermées qui provoquèrent la mort, à l’abri desquelles les indifférents sont devenus des criminels. La responsabilité est pour l’homme une charge et une grandeur.
 
Nous ne pouvons être complaisant avec elle. Nous devons expliquer, nous devons tenter de prévenir. Il faut savoir, il ne faut jamais esquiver. Il ne faut jamais justifier.

 
© Primo, 21-07-2009