02/03/2015

2 mars, ce jour-là, n'oubliez pas 



2 mars, ce jour-là, n'oubliez pas

 

1704

- Un autodafé se déroule dans la ville de Coimbra (Portugal). Les descendants de juifs baptisés plusieurs siècles auparavant sont accusés de pratiquer le judaïsme en secret. Plusieurs d'entre eux sont condamnés à périr sur le bûcher.

1941

- 25 juifs originaires de Plock sont fusillés par la Gestapo à Imielnoca (Pologne).

1942

- Dans le ghetto de Minsk (Biélorussie). 5 000 juifs sont assassinés. Un groupe de résistants juifs lutte contre les SS et leurs collaborateurs soviétiques.

- 900 juifs du ghetto de Krosnowiece (Pologne) sont déportés au camp d'extermination de Chelmno.

- Gazage de 164 prisonniers de guerre soviétiques au camp de Mauthausen.

1943

- 1 105 internés juifs du camp de regroupement de Westerbork (Pays-Bas) sont déportés au camp d'extermination de Sobibor (Pologne).

- Un train transportant 1 000 hommes et femmes entassés dans des wagons à bestiaux quitte la France. Il y a dans ce convoi des juifs de diverses nationalités, regroupés au camp de Drancy en attendant leur déportation vers le camp d'extermination d'Auschwitz. 881 d'entre eux sont gazés dès leur arrivée. 8 juifs seulement survivront.

1944

- A Birkenau, un représentant de la Croix Rouge rencontre 3 860 détenus, vivant dans des « quartiers de famille ». Le représentant n’est pas autorisé à voir les autres détenus. 5 jours plus tard, ils sont tous gazés.

04/02/2010

La destruction des Juifs et des Tsiganes de Belgique

Mechelen- Auschwitz 1942-1944

La destruction des Juifs et des Tsiganes de Belgique

cover

Mecheln-Auschwitz. 1942-1944 est une série trilingue (néerlandais, français, anglais) en quatre volumes portant sur la persécution et la déportation des juifs et des Tsiganes du SS-Samemmellager, situé dans la caserne Dossin à Malines, vers Auschwitz.

De 1942 à 1944, la caserne Dossin a servi de camp de rassemblement des juifs et des Tsiganes de Belgique et nord de la France en vue d’une déportation sans retour.

Le premier volume de cette série, synthèse historique des persécutions racistes et antisémites en Belgique et dans le nord de la France, présente une histoire complexe et mouvementée des actions, réactions et interactions entre occupant, l’occupé et les persécutés confrontés à la « solution finale ». L’histoire de chaque transport y est également relatée.

Les deux tomes suivants dévoilent, transport après transport et wagon par wagon, les portraits de 18 522 des 25 259 déportés, rendant un visage aux victimes du génocide. De courte biographies retracent le sort de quelques déportés.

Le quatrième volume consiste en une liste alphabétique, revue et corrigée, des noms des déportés, enrichie par de notes relatives à leurs destinées.

Du Musée Juifs de la déportation et de la résistance

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Visages des déportés : transports 1-13

 

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Ces deux tomes dévoilent, transport après transport et wagon par wagon, les portraits de 18.522 des 25.259  déportés, rendant un visage aux victimes du génocide. De courtes biographies retracent le sort de quelques déportés.

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Visages de déportés: transport 14 -26

 

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Les rafles d’Anvers-le dispositif

Caserne Dossin Malines

L'Aufnahme. Dessin par Irène Spicker-Awret.
(© Beit Lohamei Haghetaot)

Extrait du livre : Mechelen- Auschwitz 1942-1944, La destruction des Juifs et des Tsiganes de Belgique.

Les rafles anversoises du mois d’aout livrent au camp de rassemblement 1.788 Juifs arrêtés dans un périmètre restreints, 845 pris dans la nuit du 15 au 16 août et une centaine de plus.

943 dans celle du 28 au 29 août. Cet effectif raflé est complété par 120 autres arrestations, toujours menées à Anvers dans le même laps de temps, mais éloignés des centres névralgiques de ces opérations massives. En deux coups, dans ces périmètres, 11% de la population Juive anversoise sont capturés. Toutes proportions gardées, ces deux nuits de rafle à Anvers ont l’ampleur des deux journées de la grande rafle parisienne, un mois plus tôt. Dans le Vel’d’hiver « belge », la police anversoise n’effectue seule tout le travail qu’à la deuxième nuit. Page 155

Autre extrait :

Dans la Leeuweristraat, une rue perpendiculaire, les allemands raflent 130 hommes, femmes et enfants, du numéro 3 au 62. Au 55, ils emmènent la famille du petit Maurice Pfefer, l’un des enfants isolés déportés par le transport 11 : son frère ainé, Marcel, son père, Wolf et sa mère, Ruchla Zalcberg, tous déportés par le 4 è transport. Dans la Lentestraat, une toute petite rue adjacente, 84 Juifs sont arrêtés à leur domicile. Au 8 de la rue, Ryfka Gliksman, seule avec ces deux fils, Simon, 5 ans et Oscar 16 mois, sont inscrit sur la liste de déportation du 5è transport, voués à la mort à leur arrivée à Birkenau.Au dernier numéro où frappe la rafle , le 39, toute la famille Wroclawski est arrêtée. Le père, Chil, la mère, Chana Bulwik et leur deux enfants, Betha, 4 ans et charlotte, 8 mois, sont également évacués sans retour par le 4è transport. Dans cette même maison, deux autres habitants sont pris, Menachem Schleier, 84 ans, et son épouse, Dwora stein, 68 ans. Ils sont eux aussi déportés à jamais.

A 500 mètres de la Lentestraat, la Marinisstraat constitue le second noyau de cette opération. Du numéro 3 au 25, 109 personnes sont arrêtées et, dans trois rues adjacentes, 181 autres sont ramassées, 93 dans la Van Der Meydenstraat, 71 dans la Kroonstraat et 17 dans la Bouwensstraat. Toute cette population a été saisie chez elle, un samedi soir à la fin du Shabbat. Pages 159 et 160

Autre extrait

Inscrits à Auschwitz, les déportés de Malines deviennent officiellement des Judenschutzhäftlinge, des « détenus Juifs de protection ». Ce jargon administratif, qui se donne l’apparence de la légalité, ne signifie pas leur mise en détention préventive pour des actes répréhensibles. Dans ce cas, ils relèveraient de la justice et seraient passibles de condamnation à accomplir dans les prisons du système judiciaire. Au contraire, c’est précisément parce qu’ils n’ont pas commis de crime qu’ils sont internés dans un camp de concentration relevant de l’organisation de Himmler. Les SS, leur assignant une identité criminelle au nom d’une hygiène socio raciale, les internent  pour des crimes qu’ils y sont amenés pour servir de main-d’œuvre servile et renouvelable : une extermination par le travail.

Extrait du livre : Mechelen- Auschwitz 1942-1944, La destruction des Juifs et des Tsiganes de Belgique.

Page 177


03/02/2010

On se retrouvera

On se retrouvera

On se retrouvera

Trois mois de détention dans les geôles des Fresnes, trois jours de convoi de Drancy à Auschwitz dans le même wagon à bestiaux, trois secondes pour s’éteindre et se promettre : « On se retrouvera … » Jacques et Madeleine Goldstein n’ont pas

vingt-cinq ans, le 1er mai 1944, lorsqu’ils sont séparés sur la rampe de Birkenau. « Tu vois ces flammes ? T’as plus de mari », lance une prisonnière à Madeleine. Un tel accueil ne lui laisse guère d’espoir. Piégés par la Gestapo pour faits de résistance, les Goldstein sont coupables, aux yeux de l’Allemagne nazie, d’un délit plus inexpiable encore : celui d’êtres nés juifs. S’ils doivent un jour se retrouver, ce sera dans l’autre monde. Mais parce qu’ils s’aiment, et parce qu’une petite fille de quatre ans les attend à Lyon, cachée par une nourrice, Jacques et Madeleine vont tenir. Au nom de tous les autres, ils s’extrairont de la machine de mort et d’humiliation. Pour se retrouver, après douze mois en enfer. Broyés, mais vivants.

de Madeleine Goldstein avec serge Filippini

21:25 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : wagon, gestapo, juifs, auschwitz |  Facebook |

Une adolescence perdue dans la nuit des camps

Une adolescence perdue dans la nuit des camps

 

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 Les mots suffisent-ils pour appréhender l’indicible ?Pas vraiment sans doute ! Et pourtant, avec son histoire authentique  et bouleversante, Henri Kichka nous emmène aux confins d’une horreur à peine imaginable…tellement incroyable que certains tentent déjà d’en travestir ou d’en nier l’existence.

 Les nazis ont volés l’adolescence d’un être humain. Aujourd’hui, cet homme se dévoile enfin, au nom de tous les siens et des millions d’autres victimes de la barbarie.

On côtoie l’immonde. On en appelle à la vengeance… mais la vie est la plus forte, malgré tout. Et c’est l’espoir que l’on rencontre au fil d’un récit qui nous renvoie sans complaisance l’image de notre propre conscience.

Le message de ce survivant est à présent transmis. Il réveille en nous l’obligation de rester vigilant et l’urgence de résister à tous ces prédateurs de libertés qui imposent la haine et le mépris d’une idéologie aux contours définitivement inacceptables !

Extrait du livre.

Le train à peine arrêté, déjà retentissaient les aboiements des chiens et les hurlements gutturaux de la soldatesque nazie.

En plein bois au milieu de la nuit, ces beuglements nous déboussolèrent complètement et nous retournèrent les tripes.

Nous sentions que les instants qui allaient suivre, scelleraient notre destin, et annonceraient des catastrophes irrémédiables.

Mais que pouvions-nous y changer ?

Par les fenêtres nous vîmes avec terreur qu’un officier passait d’un wagon à l’autre, et ouvrait brutalement les portières en braillant comme les boches savaient le faire. « Alle Juden von sechzehn bis fünf und fünfzig jahren, raus aus dem Zug ! » (Tous les juifs de 16 à 55 ans sortez des Wagons). Les femmes, les vieux et les enfants devaient rester dans le train! A ces mots, ma pauvre et malheureuse maman m’ordonna de m’allonger sous la banquette et de me taire. Nicha, tante Esther et Maman me cachait de leurs jambes. Mon père était déjà parti. J’avais la tête du côté de la portière et je priais pour que l’on m’oublie. Soudain l’officier, qui était muni d’une puissante lampe torche, la dirigea sur mon visage. Le wagon était assez haut au –dessus de la voie. Furibond, il m’attrapa brutalement par l’encolure et, me tirant vers lui, me jeta hors du wagon. Je mesurais déjà un mètre soixante-quinze-, il me frappa plusieurs fois, très violemment, avec sa torche, en m’injuriant. « Du Schweinehund der du bist, also du bist ein Kind, schnell geh mit den Männern!“ (Chien de cochon que tu es, tu prétends être un enfant, va rejoindre les hommes, et en vitesse!)

Les femmes et les enfants hurlaient dans la nuit le nom des êtres chers qu’on leur arrachait. J’ai voulu me retourner pour apercevoir les miens, mais l’allemand me malmenait.

Parmi les cris affreux qui déjà s’éloignaient derrière moi, je crois avoir entendu ceux, déchirants, de maman qui hurlait : « Joseph, Henri, ne nous abandonnez pas, revenez ! » Je n’avais pas encore réalisé que cet allemand venait de me sauver la vie, sans le savoir, en m’arrachant dessous ma banquette. J’ai rejoint en courant le groupe où se trouvait mon père. Nous avancions en plein bois à la lueur des torches, au milieu des soldats formant une haie, mitraillettes braquées sur nous. A leurs pieds, les chiens aboyaient aussi fort que leurs maîtres.

C’était le cauchemar absolu, un scénario de film d’épouvante. A partir de cet instant, mon père et moi avons compris que nous étions tombés dans le piège diabolique que les nazis devaient avoir préparé de très longue date.  

Autre extrait

Au camp de Buchenwald :

La taille de l’immense place d’appel où nous étions parqués nous impressionna. Les maîtres du lieu ainsi que le nombres de kapos, s’affairaient à compter les morts et les survivants, ces miraculés rescapés. Hélas, au moment où allait nous diriger vers nos blocs, un kapo détacha du lot, ce qui restait de mon malheureux père, devinant le triste sort qui lui était réservé. Je pus le serrer sur mon cœur en lui donnant l’assurance que nous nous reverrions encore. Ce fut un vœu pieux. Mon père n’était plus que » l’ombre de lui-même. Je ne l’ai plus jamais revu. Finir ainsi après 37 mois de souffrances insoutenables.

Je n’avais même plus la force de verser des larmes, tout sentiment, toute émotion, toute capacité de réaction, tout cela était mort en moi.               

 

 

20:42 Écrit par dorcas dans Livres sur la Shoah | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wagon, camp, buchenwald |  Facebook |

24/01/2010

Le voyage dans les trains de déportation

Le voyage dans les trains de déportation 


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Plus d'une fois les Allemands firent prendre à leurs victimes des billets pour « Ober-Majdan »; c'est ainsi qu'ils avaient baptisé Treblinka.  On commençait à parler dans toute la Pologne de ce lieu horrible.  Dès lors les SS. évitèrent de prononcer le mot de Treblinka quand ils faisaient monter leurs victimes en voiture.  Mais leur comportement ne laissait aux voyageurs aucun doute sur le sort qui les attendait.  Ils étaient entassés à cent cinquante au moins, souvent à cent quatre-vingts et parfois à deux cents dans un wagon à marchandises, et pas une seule fois ils ne recevaient à boire pendant tout le trajet qui durait jusqu'à deux ou trois jours.  Ils étaient torturés par la soif au point d'en être réduits à boire leur urine.  Pour cent zlotys les gardiens promettaient une gorgée d'eau, mais le plus souvent ils n'apportaient rien.  On était si serré que parfois il fallait voyager debout.  En cours de route, surtout pendant les journées étouffantes de l'été, il mourait dans chaque wagon plusieurs personnes : des vieux et des cardiaques.  Comme on n'ouvrait pas les portes avant d'être arrivé à destination, leurs corps qui commençaient à se décomposer empoisonnaient l'air.  Si quelqu'un faisait flamber une allumette pendant la nuit, les gardiens ouvraient le feu.  Le coiffeur Abram Kon raconte que dans son wagon, ils blessèrent ainsi un grand nombre de personnes et en tuèrent cinq.
Pour ceux qui arrivaient des autres pays France, Bulgarie, Autriche, etc., le voyage était tout différent.  Ils n'avaient jamais entendu parler de Treblinka, et jusqu'au dernier moment ils étaient persuadés qu'on les emmenait travailler.  Les Allemands faisaient miroiter les commodités et les charmes de la vie nouvelle qui les attendait.  Certains convois arrivèrent chargés de gens qui avaient cru partir en pays neutre : ils étaient munis de passeports étrangers et avaient obtenu des autorités allemandes, en y mettant le prix, les visas nécessaires.
Un jour le train amena à Treblinka des citoyens du Canada, des Etats-Unis et d'Australie, que la guerre avait surpris en Europe : après bien des démarches et moyennant de gros pots-de-vin, ils avaient obtenu de partir en « pays neutre » ! Les trains venant d'Europe occidentale avaient des wagons-lits et des wagons-restaurants.  Ils étaient desservis par le personnel ordinaire : ici, pas de gardiens.  Les voyageurs emportaient des coffres volumineux, d'énormes valises, et de la nourriture en quantité.  Les enfants descendaient aux arrêts et s'informaient auprès des employés : serait-on bientôt à Ober-Majdan ?
De temps à autre il arrivait des convois de Bohémiens venant de Bessarabie et d'autres régions.  Des trains amenèrent aussi de jeunes Polonais, paysans et ouvriers, qui s'étaient soulevés ou avaient pris part à la guerre des partisans.
Il est difficile de dire ce qui est le plus affreux : d'aller à la mort dans d'horribles souffrances en sachant que chaque instant vous rapproche d'elle, ou bien de regarder par la portière d'un wagon de première classe dans, une ignorance complète de ce qui vous attend, tandis que de la station on téléphone déjà au camp pour annoncer l'arrivée du train et le nombre des nouvelles victimes.

de Vassili Grossmann

23:23 Écrit par dorcas dans Camp Treblinka | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemands, pologne, treblinka, wagon |  Facebook |

L'arrivée des trains

L'arrivée des trains 


déportation

Le train, ordinairement composé de soixante wagons, s'arrêtait dans le bois qui masquait le camp, où il était divisé en trois rames de vingt wagons chacune, que la locomotive, allant à reculons, Poussait successivement jusqu'au quai, à l'intérieur du camp; elle-même s'arrêtait juste devant les barbelés, ce qui fait que ni le mécanicien ni le chauffeur ne pénétraient dans le camp.  Lorsque la rame était déchargée,, le sous-officier S. S. de service sifflait les vingt wagons suivants qui attendaient à deux cents mètres.  Quand les soixante wagons étaient vides, la Kommandantur téléphonait à la station que le convoi suivant Pouvait se mettre en route.  Celui qu'on venait de décharger partait pour la carrière prendre du sable qu'il emportait à Treblinka ou à Malkinia.
On avait mis à Profit la situation géographique de Treblinka : les convois chargés de victimes arrivaient ici des quatre coins du monde : de l'ouest et de l'est, du nord et du sud.  Ils venaient de villes polonaises de Varsovie, de Miendzyrzec, de Czenstochowa, de Siedlce, de Radom, de Lomza, de Bialystok, de Grodno; ils venaient de Biélorussie, d'Allemagne, de Tchécoslovaquie, d'Autriche, de Bulgarie et de Bessarabie. Pendant treize mois, les convois se succédèrent en direction de Treblinka; chacun d'eux comptait soixante wagons, et sur chaque wagon des chiffres avaient été tracés à la craie : 150, 180, 200; ils indiquaient le nombre de personnes qui- s'y trouvaient.  Des employés du chemin de fer et des paysans tenaient en secret le compte de ces trains.  Karzimierz Skarzynski, un vieux de soixante-deux ans habitant Wolka (l'agglomération la plus proche du camp), m'a dit que certains jours il était passé jusqu'à dix trains devant Wolka sur la seule ligne de Siedlce, et qu'au cours de ces treize mois, bien rares avaient été les jours où l'on n'avait vu passer aucun train.  Or, ce n'était qu'une des quatre lignes qui mènent à Treblinka.  Lurjan Cukowa, mobilisé par les Allemands pour travailler à l'entretien de la voie conduisant au camp n° 2, affirme que du 15 juin 1942 au mois d'août 1943, il vit passer chaque jour de un à trois convois dont chacun comptait soixante wagons de cent cinquante personnes au moins.  Nous avons recueilli des dizaines de témoignages analogues.  Si même nous réduisons ces chiffres de moitié, nous pouvons dire qu'en l'espace de treize mois, environ trois millions de personnes furent amenées au camp.  Mais nous y reviendrons.


Le camp lui-même, avec sa ceinture extérieure, son quai, les dépôts où étaient rassemblés les objets ayant appartenu aux victimes et les autres locaux accessoires, occupait une superficie peu considérable : sept cent quatre-vingt mètres sur six cents.  Si pour un instant on avait des doutes quant au sort des millions d'êtres amenés là, si l'on pouvait supposer ne fût-ce qu'une seconde que les Allemands ne les assassinaient pas aussitôt arrivés, on se demanderait : où sont-ils donc ces hommes qui pourraient constituer la population d'un petit Etat ou d'une grande capitale d'Europe ? Pendant treize mois - pendant trois cent quatre-vingt-seize jours - les convois sont repartis chargés de sable ou bien à vide : personne n'est revenu du camp n° 2. Mais aujourd'hui la question se pose, terrible comme un glas : « Caïn, où sont-ils donc ceux que tu avais amenés ici ? »


Le fascisme n'a pu tenir secret le plus grand de ses crimes.  Mais ce n'est pas parce que des milliers d'hommes en ont été les témoins involontaires : sûr de l'impunité, Hitler résolut d'exterminer des millions d'innocents dans l'été de 1942, période des plus grands succès militaires fascistes; on sait aujourd'hui que c'est en 1942 que le chiffre des assassinats fut le plus élevé : les fascistes montrèrent alors ce dont ils étaient capables.  Si Adolf Hitler avait vaincu, il aurait su faire disparaître toutes les traces de ses crimes; il aurait su réduire au silence tous les témoins, eussent-ils été dix fois plus nombreux; aucun n'eût soufflé mot.  C'est pourquoi je m'incline une fois de plus devant ceux qui, en automne 1942, dans le silence du monde qui célèbre aujourd'hui sa victoire, ont arrêté, sur la rive abrupte de la Volga, l'armée allemande derrière laquelle bouillonnaient des flots de sang innocent, - devant les vainqueurs de Stalingrad, devant l'Armée rouge qui a empêché Himmler de faire le secret sur Treblinka.

De Vassili Grossmann : http://pagesperso-orange.fr/d-d.natanson/treblinka.htm#de...

22:56 Écrit par dorcas dans Camp Treblinka | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : train, wagon, ss, treblinka, allemands |  Facebook |

14/01/2010

Camp de Belzec

Le camp de Belzec

Les opérations de gazage à Belzec commencèrent à la mi-mars 1942. Des trains de 40 à 60 wagons, avec 80 à 100 personnes entassées par wagon, arrivaient à la gare de Belzec. On décrochait les wagons vingt par vingt, et les wagons étaient amenés de la gare dans le camp. Ordre était donné aux victimes de débarquer sur la plate-forme de la zone de réception. Les officiers allemands annonçaient aux déportés qu'ils étaient arrivés dans un camp de transit et qu'ils devaient remettre tous les objets de valeur qui étaient en leur possession. Les hommes étaient séparés des femmes et des enfants. Tous étaient forcés de se déshabiller et de courir dans le "tube", qui conduisait directement aux chambres à gaz (qualifiées de douches pour tromper les prisonniers). Une fois les portes des chambres fermées hermétiquement, les gardes de la police auxiliaire démarraient un moteur qui était installé dans une cabane à l'extérieur. Le monoxyde de carbone était acheminé par des tuyaux dans la chambre à gaz, et tous ceux qui étaient à l'intérieur mouraient. La procédure était ensuite répétée pour les déportés se trouvant dans les vingt wagons suivants.

Les membres des Sonderkommandos - les groupes de prisonniers gardés en vie pour le travail forcé dans la zone d'extermination - enlevaient les corps des chambres à gaz et enterraient les victimes dans les fosses communes. En outre, ces prisonniers triaient les effets personnels des victimes en vue de leur transport en Allemagne, et nettoyaient les wagons de marchandises en vue des prochains convois de déportation.

LES DEPORTATIONS VERS BELZEC
 
Entre mars et décembre 1942, au moins 600 000 personnes furent déportées vers Belzec et assassinés. La plupart des victimes étaient des Juifs des ghettos du sud de la Pologne. Les Allemands déportèrent aussi à Belzec des Juifs d'Allemagne, d'Autriche, de Bohème-Moravie. Plusieurs centaines de Tsiganes furent également déportées dans ce camp et assassinés.

Au début d'octobre 1942, les Allemands commencèrent à exhumer les corps des prisonniers exterminés et à les brûler dans des fours à ciel ouvert faits de traverses de voie ferrée. Ce "nettoyage" continua jusqu'à la fin du printemps 1943, et ce jusqu'à ce que tous les prisonniers assassinés dans le camp furent brûlés.

Le camp d'extermination de Belzec fut démantelé en juillet 1943. Les prisonniers restants, qui avaient été assignés comme main d'oeuvre du camp, furent soit abattus à Belzec, soit déportés vers le camp d'extermination de Sobiboret assassinés.

Une fois le camp de Belzec démantelé, les Allemands installèrent une ferme sur le site et y plantèrent des arbres et des cultures pour camoufler la zone. Les anciens gardes de la police auxiliaire du camp cultivaient la terre. L'armée soviétique libéra la zone du camp de Belzec à l'été 1944.

23:47 Écrit par dorcas dans Camp Belzec | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemands, camp, extermination, wagon |  Facebook |