14/09/2010

Yom Kippour dans les camps de concentrations

Yom Kippour dans les camps de concentrations

Rabbi Israël Spira , le Rabbi de Bluzhev était Rav de Prochnik, en Pologne, jusqu'à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Il a livré quelques-uns uns de ses souvenirs au Jewish Observer de Juin 1978.



di0036-rav-spira.jpgCela se passe dans le camp de travail de Lemberg Yanowsky, quelques jours avant Yom Kippour. Comme ailleurs, dans les autres ghettos et camps de travail, les tortionnaires nazis avaient choisi des juifs pour surveiller les travailleurs juifs et les pressuriser jusqu'à leur ultime souffle.

Le chef surveillant à Lemberg, était un juif nommé Schneeweiss, dont la cruauté n'avait d'égal que la haine que lui rendaient ses frères. Comme ses semblables à la botte des nazis, son plaisir avide de satisfaire ses maîtres pour en tirer quelques croûtons de pain supplémentaires ou quelques jours de vie de plus, le menait à être encore plus cruel qu'eux-mêmes. Les nazis quant à eux se délectaient de ces juifs qui opprimaient d'autres juifs.

Yom Kippour arrivait. Certes on pouvait s'arranger avec le jeune. Il était clair que jeûner représentait un risque fatal, les rations quotidiennes suffisant à peine à nourrir les travailleurs. D'ailleurs les Rabbins consultés sur le sujet étaient unanimes: "La Torah ordonne de manger dans de telles conditions, et interdit de prendre le risque de mourir de sous nutrition. Nous n'avons pas le droit de hâter la mort, même si nous sommes trop petits pour comprendre le sens de notre vie dans de telles conditions".

Malgré ceci il y avait quelques entêtés pour qui un jeune de Kippour, une paire de Tefiline, un morceau de Matsah ou une sonnerie de Choffar, quelques gouttes d'huile pour allumer une lampe de Hannoucah, un Minyan … valaient suffisamment pour risquer de prendre une balle, ou simplement une bastonnade.

Ils étaient regroupés autour de leur chef spirituel dans le camp Yanowski de Lemberg. "Rav Spira, Yom Kippour arrive. Qu'allons nous faire, Comment est ce possible de le profaner et de travailler ce saint jour comme un autre jour?"

Le Rabbi était toujours ému de voir le courage de ses juifs. Il leur promit de faire quelque chose. Il partit à la rencontre de Schneeweiss. "Monsieur le Surveillant Chef, vous savez certainement que Kippour approche. Je suis Rabbin, et il m'importe de respecter ce saint jour. Un groupe de mes disciples est avec moi. Nous ne vous demandons pas de nous exempter de travail, mais de nous donner un travail qui ne soit pas une transgression des interdictions de travailler de ce jour. Nous sommes prêts à faire plus de travail les jours suivants pour que les quotas soient respectés."

 

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A vrai dire, parler ainsi à Schneeweiss était déjà un acte de courage, car il était bien peu ami des juifs pratiquants, et avait de plus un pouvoir de vie ou de mort sur ses travailleurs. Il aurait pu utiliser cette demande comme un acte de rébellion, et se faire valoir un peu plus aux yeux de ses maîtres, en dénonçant "la paresse des rabbins qui cherchent tous les moyens de saper la victoire de la race supérieure avec des prétextes fallacieux".

Prière de Kippour dans l'un des camps de la mortSchneeweiss laissa entendre qu'il réfléchirait. Le lendemain, il fit savoir au Rabbi qu'il était disposé à laisser un nombre restreint de travailleurs nettoyer les appartements des officiers du camp.

Mais en aucun cas il ne les défendrait si les allemands s'apercevaient de quoi que ce soit. Dans tous les cas, il ne devait pas rester un grain de poussière à la fin de la journée, sous peine de…

C'est donc un office de Kippour inhabituel que dirigea le Rabbi de Bluzhev cette année là, avec quatorze disciples. Il était debout sur un rebord de fenêtre, nettoyant les vitres, tandis que les élèves balayaient, époussetaient, mettaient de l'ordre. Ceci en récitant les prières du jour comme s'il était le chantre devant toute la communauté. A midi, le chariot du repas fut apporté. Nul n'y prêta attention, tant ils étaient occupés à prier - ou à balayer.

Lorsque les Allemandsvinrent contrôler le travail de leurs hommes de ménage de ce jour, tout fut excellent. Jusqu'au moment où ils tombèrent sur le chariot. "Juifs, bouffez ça tout de suite!"

Rabbi Spira se dirigea vers les officiers et leur expliqua qu'aujourd'hui c'est le saint Jour de Kippour, qu'ils ont travaillé loyalement malgré ceci, que le travail a été très bien fait, et qu'ils demandent à être dispensés de manger puisque leur loi le leur interdit, et que ceci ne les empêchera pas de poursuivre leur travail dans les meilleures conditions. Les officiers étaient furieux. Ils firent venir Schneeweiss. Le surveillant Chef s'approcha en tremblant. "Ces chiens de juifs refusent de manger. Occupe-toi d'eux. On revient dans deux heures, et s'ils n'ont pas mangé, on te descend."

 
Juifs humiliés à l'interieur de la synagogue de Baden-BadenSchneeweiss se redressa, ouvrit sa chemise et leur répondit: "Je n'ai pas l'intention de les forcer à manger. Moi-même je jeune aujourd'hui. Si vous voulez me tuer, tuez-moi tout de suite." Un allemand sortit son arme, mais Schneeweiss resta ferme. Un coup partit, et Schneeweiss s'écroula par terre.

Ainsi le maudit Schneeweiss était devenu Schneeweiss le martyr, le saint. Les allemands se tournèrent alors vers les prisonniers juifs, qui étaient prêts à subir le même sort. "Continuez à travailler. La nourriture sera jetée, et vous ne recevrez rien jusqu'à demain matin. Au boulot!"

 

source : http://www.universtorah.com/ns2_dossier.php?idd=1079